
Adrian Sejrani, alias Raclette Guy, a développé une passion sans bornes pour l’art du fromage fondu alors qu’il n’y connaissait quasi rien il y a trois ans. L’habitant de Roche a raclé en sautant à parapente, le long d’une via ferrata, sur une calèche et sur une plage. | Colla Images
Au moment de demander si un Chablaisien vaudois compte parmi les quelque 300 racleurs qui officieront ce samedi lors du deuxième acte de «The plus grande raclette of the world» à Martigny Expo, la réponse a été des plus intrigantes: «Il n’y en a qu’un, mais pas n’importe qui! Adrian a fait le show l’année dernière. C’est un passionné!»
Et il ne faut que quelques secondes pour s’en convaincre. Adrian Sejrani, de Roche, est impatient de remettre ça après avoir contribué au record du monde du 5 avril 2025 – 4’893 personnes avaient avalé 2’037 kilos de fromage – inscrit au Guinness Book. Cette année, les près de 4’000 billets de l’édition de ce week-end sont partis en 17 minutes sur la plateforme QoQa.
«J’ai demandé à être dans le coin VIP comme l’an dernier, raconte le Rotzéran de 33 ans qui a grandi à Montreux. Je suis très honoré qu’ils aient accepté, d’autant que les non-Valaisans sont peu nombreux. C’est un événement génial! L’an dernier, j’avais une caméra sur la tête, ça amusait beaucoup de monde. Je dois être le premier influenceur-raclette», plaisante le chauffagiste de formation qui entreprend actuellement un deuxième apprentissage à Aigle dans une entreprise de luminaires.
Une passion née… en Allemagne
Le trentenaire se réjouit plus encore d’y retrouver des amis, notamment Eddy Baillifard, alias «le pape de la raclette», auprès duquel Adrian a appris l’art de racler. «Je n’y connaissais rien il y a trois ans, j’étais seulement familier de la raclonette. Étant kosovar d’origine, je ne me sentais même pas légitime. Pour mon premier cours, il m’a embarqué près des Marécottes dans le cadre d’un trail. À peine fini, on est partis dans le val de Bagnes pour la Nuit de la raclette. J’ai raclé 17 heures ce jour-là!»
Mais où a-t-il donc chopé le virus? Étonnamment, en Allemagne. En 2023, il entreprend un tour de plusieurs mois, mais à Cologne, sa voiture tombe en panne et une âme charitable l’héberge plusieurs jours sans vouloir entendre parler de son argent. Un soir plus frisquet qu’un autre, Adrian lance que c’est un temps à manger une raclette, l’air de rien. «Mon hôte ne savait pas ce que c’était. Quand je lui ai montré une vidéo, il m’a dit espérer un jour avoir les moyens d’aller en Suisse pour en manger une. Deux jours plus tard, après un passage par Sierre et Bagnes, je suis revenu avec un four et un fromage. Puis le mois d’après. Et encore le mois d’après, sur un stand de marché. Et c’était parti!»
L’appétit venant en mangeant, l’anecdote devient fascination, jusqu’à devenir une quête de défi permanent. L’an dernier, lors de l’Acro Show à Villeneuve, il décide carrément de racler en sautant en parapente. «J’ai trouvé un pilote assez fou pour accepter. Par connaissances interposées, on avait construit un petit dispositif en Plexiglas pour abriter le four dans l’atelier du centre bouddhiste du Mont-Pèlerin! Le panier à patates était vissé dessus. J’entends encore Nico me dire qu’à trois, je dois faire la course de ma vie, avec la meule et le four. Des patates partaient dans tous les sens, mais on a mangé nos raclettes en plein vol!» Tant qu’à faire, il étend le concept à une via ferrata, au barrage de Moiry. «Moi qui, à la base, souffre de vertige…»
C’est donc peu dire que pour ce féru d’histoire, qui a le cœur sur la main et se dit volontiers rêveur, l’art du fromage fondu est bien plus qu’une recette ou un plaisir gustatif. «Sur les réseaux sociaux, on me connaît comme le Raclette Guy, lance-t-il fièrement. J’organise des petits événements dans plein de cantons et à l’étranger (ndlr: à Gstaad, Milan, Paris, Saint-Tropez), mais rien de lucratif, juste le plaisir de réunir des gens, de partager, et de combiner mes passions en faisant découvrir le fromage à raclette et l’histoire du Valais, en jetant des ponts entre les cultures. Mon plus grand projet, ce serait de faire tomber le Röstigraben grâce à la raclette.»
