
Yannick Bellon a repris la direction de l’ESS de Morgins en 2020. Le moniteur a fait ses classes en compétition mais aussi en Nouvelle-Zélande. | L. Grabet
Yannick Bellon a souvent pris les bons virages et sa passion pour le ski y est pour quelque chose. Le directeur de l’École suisse de ski (ESS) de Morgins est profondément attaché à sa vallée. Il remarque, amusé, qu’il s’écoule parfois plusieurs semaines avant qu’il ne redescende sous la grisaille de la plaine. Comme tant d’autres jeunes du val d’Illiez, le Chorgue a été mis sur les skis avant ses trois ans par son père. «C’était dans notre jardin. Il paraît que je me débrouillais pas mal…» Le gamin avait de qui tenir. Son grand-père maternel, René Solioz, était membre fondateur du ski club local.
«Mes parents m’emmenaient skier avec eux, puis mon père m’a offert des cours privés avec Hermann Schwery qui dirigeait alors l’ESS et était un bon copain via l’apiculture. C’est lui qui m’a appris le pédalage volant, soit une sorte de virage sauté encore au programme du brevet fédéral de prof de ski.» Et le Valaisan de 49 ans de nous en faire une démonstration avec les Dents-du-Midi majestueuses en fond. À 8 ans, son papa l’inscrit tout naturellement au ski club. Là, il côtoie un certain Didier Défago, futur champion. «Déjà très crocheur, il n’hésitait pas à rallonger ses entraînements».
Deux hivers par année
«J’ai gagné ma première course vers 10 ans à Vichères-Bavon. C’était un Géant et je me suis d’abord demandé, surpris, s’il n’y avait pas eu une erreur de chronométrage.» Quelques autres suivront et pas mal de places d’honneur aussi, au point que le jeune Yannick, aîné d’une fraterie de trois, intègre à 15 ans le groupe d’espoirs de Juniors Valais. Longtemps, l’ado se rêve champion, mais se frotter sur certaines courses FIS à des compétiteurs de la carrure de Paul Accola l’amène à comprendre qu’il lui manque un petit quelque chose. «À 18 ans, j’ai donc arrêté la compétition pour passer un diplôme à l’École de commerce de Martigny en section sports et arts. C’est à ce moment-là aussi que le directeur de l’ESS de l’époque Martial Donnet a eu la bonne intuition. Il m’a encouragé à passer ma patente de moniteur tant que j’étais en pleine forme. Et il a eu raison, car tant d’anciens espoirs déçus se détournent du ski.»
La vie de Yannick Bellon, elle, va bien tourner autour de ce sport. Mais il ne le sait pas encore, alors qu’il pratique le foot à un bon niveau au FC Monthey. En 1995, il passe son brevet et l’année suivante part enseigner en Nouvelle-Zélande à Queenstown. Là-bas, l’école de ski était gérée par le Leysenoud Michel Marchand qui avait gardé des attaches dans le Chablais. «Je devais y passer une saison et j’en ai finalement passé dix! J’enseignais l’hiver à Morgins et de juin à fin octobre, je prenais l’avion pour vivre un second hiver là-bas où je me suis mis à entraîner des jeunes.»
Un couteau suisse
De 1997 à 2007, le Chablaisien sera aussi le coach du ski club de Morgins-Troistorrents. L’expérience accumulée lui vaudra de passer chez Ski Valais les dix années suivantes, grâce à une formation ad hoc. Côté privé, c’est aussi par le ski que Yannick Bellon fait la connaissance de sa compagne. «C’était en 1999. Barbara est napolitaine. Elle était la seule adulte dans mon groupe d’enfants. Depuis, elle est devenue une bonne skieuse», résume pudiquement le quadragénaire.
En 2020, le Covid vient perturber les entraînements de ses protégés, «lesquels ne pouvaient se faire que par vidéo». À la même époque, le poste de directeur de l’ESS se libère. Yannick Bellon postule et il est retenu. À son arrivée, il modernise les ventes en ligne des cours, met en place les cours à la saison qui continuent de bien fonctionner avec 230 inscrits cet hiver et des activités estivales, telles que les initiations VTT ou la chasse à l’arc. Le Chorgue travaille avec une trentaine de moniteurs qui accumulent 200 à 300 heures de cours par hiver.
L’ESS de Morgins est une petite structure, gérée par une association de membres. Yannick Bellon y est donc forcément multitâche, ce qui n’est pas pour lui déplaire. «Je suis amené à jouer les mécaniciens sur le tapis roulant du jardin des neiges, à faire marcher notre canon à neige la nuit, à attribuer le bon prof au bon élève ou encore à payer les salaires…», liste-t-il, un sourire aux lèvres. Mais lui-même a peu d’occasions d’enseigner. «À Noël, j’ai pu le faire et ça a été un réel plaisir. J’ai toujours aimé transmettre ce que le ski m’a appris et redécouvrir le plaisir de la glisse à travers les progrès d’un élève débutant.»
