Le sport féminin, cartes sur table

Six intervenants – présidents et présidentes de clubs, anciennes athlètes, sportives – ont partagé leurs regards et expériences pour favoriser le sport féminin.  | L. Menétrey

Monthey
Organisé par Chablais Région, un forum a réuni six invités pour discuter des leviers favorisant la place du sport féminin en Suisse. La pionnière du football Madeleine Boll était de la partie.

«En 2025, le sport féminin a été mis à l’honneur comme il le mérite», pose d’emblée Arnaud Dubois, municipal montheysan et président de la Commission sport et loisirs de Chablais Région. L’Euro féminin en est l’exemple phare. L’évènement international, tenu pour la première fois sur le territoire suisse, a marqué un tournant pour le développement du sport féminin dans le pays. C’est dans ce contexte que l’organisme de développement intercantonal Chablais Région a tenu une table ronde, jeudi dernier, à Monthey.

Face à une salle comble, six intervenants – trois femmes, trois hommes – ont croisé leurs regards sur les solutions et initiatives permettant de consolider durablement la place des femmes dans le paysage sportif helvétique. Madeleine Boll, ancienne joueuse de football nationale et internationale, a fait le déplacement pour partager son expérience du terrain.

Première femme suisse licenciée, elle évoque un parcours souvent semé d’embûches. Elle a rappelé l’importance d’infrastructures et de dirigeants engagés. «Je souhaite que les jeunes filles se disent que tout est possible. Si aujourd’hui elles vont frapper à une porte, le lendemain elles peuvent jouer.»

Face aux injonctions

Habituée des courses à vélo sur des milliers de kilomètres, l’ultracycliste Marjorie de Goumoëns s’engage à rendre son sport plus accessible aux femmes en organisant des sorties vélo. Elle-même a longtemps dû affronter les remarques stéréotypées. «On m’a déconseillé plein de sports. La natation par exemple, parce que ça fait de trop grosses épaules. On a ce rappel constant qu’on doit rester jolie et fine», souffle-t-elle.

Pour répondre à ces freins, cette sportive propose des sorties mixtes, mais aussi exclusivement féminines. Elle regrette toutefois les réactions négatives de certains hommes se sentant mis à part. «Je leur réponds que lors des sorties exclusives, ce sont d’autres femmes qui viennent, qui ne seraient jamais venues aux mixtes.» De manière plus globale, elle impute les progrès de ces dernières années aux avancées du féminisme.

De son côté, Noémie Voeffray-Remacle préside l’un des trails les plus longs au monde, le Swiss Peaks Trail (700 km pour son plus grand parcours). Elle observe encore de nettes différences entre les participants et participantes. «Une étude montre que les femmes n’osent pas s’inscrire à de telles distances, car elles ne se sentent pas capables. Pourtant, elles sont statistiquement plus à même de terminer la course qu’un homme», souligne-t-elle.

Quant au président de l’équipe féminine de basketball du BBC Troistorrents, Xavier Mottet, il illustre les inégalités persistantes avec des exemples vécus par ses filles footballeuses. «Quand il pleut, elles n’ont pas accès au terrain synthétique, les garçons sont prioritaires. Ou encore, ça fait une année qu’elles attendent leurs trainings, les garçons les ont depuis longtemps.» Des exemples anecdotiques en apparence, mais qui en disent long selon lui.

Briser le plafond de verre

Au niveau cantonal, les chiffres de l’État de Vaud témoignent encore d’une sous-représentation des dirigeantes dans les clubs: 31% de femmes parmi les membres, 34% actives au sein des comités et 24% présidentes de ces mêmes clubs. «Pendant des années, on en parlait, on en parlait, mais on ne faisait rien… Depuis trois ans, notre service a été dans le concret», explique le Chablaisien Julien Echenard, chef du secteur développement et promotion du sport à l’État de Vaud.

En 2024, le Canton a créé «Dirigeantes sportives», un programme gratuit visant une meilleure représentation féminine dans les comités de clubs. L’intervenante Thaïs Brana, présidente du club de natation les Marsouins à Aigle, en a bénéficié. «Ça m’a permis de gagner en légitimité», affirme-t-elle.

Au niveau communal, Floriane Jeannin, responsable des sports à la Ville de Nyon, a exposé les initiatives de celle-ci, qui a beaucoup œuvré pour le sport féminin depuis 2019. En dix ans, le nombre de femmes a quasi doublé au sein du service des sports, et a une femme à sa tête depuis 2019.

En plus de la représentativité au sein de la gouvernance, diverses initiatives ont été mises en place: manifestations sportives avec cours gratuits pour les femmes, subventions supplémentaires pour les équipes féminines, cours de football et fan zones durant l’Euro 2025, etc. De quoi inspirer les quelques représentants des Communes chablaisiennes présents. À l’issue de cette table ronde, un message clair se dégage: c’est en multipliant les initiatives, grâce aux voix et gouvernances féminines, que le sport féminin pourra poursuivre son ascension.

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