«Leader à dix journées de la fin, on se met forcément à rêver»

À l’approche de la fin du championnat, le vice-capitaine de Servette, Steve Rouiller, rêve de titre. Les supporters du club genevois l’attendent depuis 1999. | Servette Football Club

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Malgré sa défaite contre Yverdon ce week-end, Servette reste en tête du championnat. Et son vice-capitaine chablaisien l’assure: il faudra compter sur Servette jusqu’à la fin.

Steve Rouiller, êtes-vous remis de la défaite contre Yverdon (2-3) ?
– C’est une déception, frustrante, surtout chez nous, alors que le club fêtait son 135e anniversaire, mais avec mon expérience, j’arrive à switcher assez vite. Maintenant, il faut avancer.

Comment expliquer un tel non-match, alors que vous restiez sur une série de cinq victoires consécutives ?
– En première mi-temps, nous avons joué sur un mono rythme. Deux buts résultent d’erreurs évitables, Yverdon a pris confiance et nous n’avons pas su passer à la vitesse supérieure.

Malgré cela, vous restez leader. Après la Coupe remportée la saison dernière, pensez-vous au titre ?
– On ne se met pas la pression là-dessus, mais bien sûr qu’on a envie de rester tout en haut. Leader à dix matches de la fin, on se met forcément à rêver!

Qui sont vos principaux concurrents ?
– Principalement YB qui remonte très fort et Bâle qui possède beaucoup d’arguments. Mais il faudra compter avec nous jusqu’à la fin.

On a l’impression que dans ce championnat, tout le monde peut battre tout le monde. Dans une récente interview, Giorgio Contini, l’entraîneur d’YB, disait que le niveau du foot suisse n’avait jamais été aussi bas. Faut-il s’inquiéter ?
– C’est un championnat très spécial dans la mesure où, contrairement aux dernières saisons, il n’y a pas une équipe comme YB qui surclasse les autres, mais non, selon moi, le niveau n’a pas baissé.

Leader, on vous reproche pourtant un jeu trop pauvre, on attribue une partie de la réussite de Servette à la chance. Qu’en pensez-vous ?
– Les gens ne sont jamais satisfaits à 100%. Si on gagne, c’est surtout grâce à notre état d’esprit, à notre solidité, même si notre jeu pourrait être plus chatoyant. Ce qui compte dans le foot, c’est de gagner et les résultats sont là.

En quoi réside la force principale de votre équipe actuellement ?
– Dans notre stabilité assez unique dans le foot suisse. Depuis la remontée en 2019, nous avons gardé la même colonne vertébrale avec Cognat, Severin, Stevanović, Antunes et moi-même. Nous nous connaissons par cœur et nous sommes toujours là pour entourer les nouveaux.

Précisément, votre entraîneur Thomas Häberli a récemment joué davantage la carte des jeunes avec Ndoye, Ouattara, Varela.
– Oui, il fait jouer la concurrence. Les jeunes titillent les anciens et amènent de la fraîcheur. C’est positif.

Finalement, on connaît assez peu Thomas Häberli. Quel genre d’entraîneur est-il ?
– Ce n’est pas un coach qui pousse des coups de gueule dans le vestiaire. Il s’appuie plutôt sur l’avis des joueurs et mise sur la vie du groupe, tout en étant un grand compétiteur. Il a su apporter sa touche personnelle tout en surfant sur notre dynamique, sans tout chambouler.

Sentez-vous l’enthousiasme monter à Genève à l’approche de la fin de la saison ?
– Il y avait 15’000 spectateurs samedi dernier et c’est bien. Les supporters attendent ce titre depuis si longtemps (ndlr: Servette a été champion pour la dernière fois en 1999) et ils sentent que cette année on peut le ramener.
Vous êtes à la fois le patron de la défense, vice-capitaine et leader de cette équipe.

Vous n’avez jamais été aussi fort ?
– Je me sens bien physiquement, j’ai de la constance et je ne lâche rien. J’ai toujours été comme cela. Dans le vestiaire, même si je ne parle pas beaucoup, les autres savent qu’ils peuvent compter sur ma sagesse, ma bienveillance et mon expérience. Comme je sui le plus ancien de l’équipe, je suis un peu un papa.

Et puis vous marquez cinq buts cette saison et des très importants. Plus jeune vous avez joué avant-centre, ça vous sert aujourd’hui ?
– J’ai joué à ce poste jusqu’à 20 ans, à Monthey et Sion. C’est Christian Zermatten, l’entraîneur des M21 de Sion, qui m’a fait passer derrière d’un match à un autre. Il sentait, à juste titre, que c’est là que j’avais le meilleur avenir. Devant la cage, j’ai gardé mon instinct de buteur. D’ailleurs, pour l’entretenir, je m’exerce souvent à tirer au but, à entretenir mon jeu de tête à la fin des entraînements.

Meilleur défenseur du championnat, selon Blick, vous n’avez pourtant pas été retenu en équipe suisse. Pas trop déçu ?
– Non, car je ne m’y attendais pas vraiment.

Vous avez trois garçons de 2 ans et demi, 6 et 8 ans. Vos plus fidèles supporters ?
– Avant les matches, ils me disent souvent: «Faut que tu marques papa!» Les deux plus grands jouent déjà avec Meyrin. Antoine, l’aîné, ne pense qu’à marquer.

À 34 ans, songez-vous à une reconversion, peut-être ici ?
– Je me sens bien à Genève. J’espère rester dans le milieu du foot, et oui à Servette peut-être!