
La traque des nids demande du temps et beaucoup d’énergie aux apiculteurs bénévoles engagés sur le terrain. | Q. Voellinger
«Beaucoup d’entre nous sont épuisés, frustrés par l’ampleur de la tâche et le peu de reconnaissance et de moyens mis à disposition par les autorités.» Après une nouvelle année de lutte acharnée contre le frelon asiatique, le moral est bas chez les apiculteurs bénévoles qui le traquent dans le canton de Vaud. «La pause hivernale nous fera le plus grand bien, car une année encore plus difficile nous attend l’année prochaine», relève la Blonaysanne Amélie Héritier, vice-présidente de la Fédération vaudoise des sociétés d’apiculture.
C’est que le tableau de chasse est impressionnant. Alors que 40 nids de ce prédateur d’abeilles avaient été débusqués en 2023, le bilan de cette année s’établit actuellement à 153 nids. «L’Est vaudois est touché de manière moins dense que l’Ouest», précise Quentin Voellinger, le président de cette même association, qui lutte avec la «task force» vaudoise. «Mais le frelon progresse dans le terrain. Là où des nids n’ont pas été trouvés et détruits, on doit s’attendre à une forte progression au printemps.»
Difficile pour l’heure d’imaginer quelle sera l’ampleur de la situation l’an prochain. «L’augmentation évolue en principe de manière exponentielle. Pour l’instant, nous savons que nous allons devoir au minimum doubler les forces et le matériel de recherche et de destruction», estime-t-il.
Alerte à Saint-Gingolph
Le Valais enregistre ses premiers nids, dans le Chablais plus précisément. «Le gros point chaud, c’est Saint-Gingolph», indique le Vionnéroud Charly Bressoud, membre de la task force valaisanne, laquelle est appuyée par le Service de l’agriculture. Au total, neuf nids ont été localisés dans le village frontière et huit d’entre eux ont été détruits cet automne. «Sa forte présence s’explique en raison de la proximité avec la Haute-Savoie, là où il est déjà bien implanté.»
Mais l’espèce invasive remonte déjà peu à peu le Rhône et ses vallées latérales, puisque des individus ont été piégés cette année à Champéry, à plus de 1’200 mètres d’altitude. «La situation est alarmante. Il y a actuellement une phase de saupoudrage, et bientôt ce sera l’explosion», prédit le Chablaisien. Et sa progression est parfois facilitée par les activités humaines. Un exemple? «Il se retrouve sur des caisses à vendanges, où il vient se ravitailler en sucre. Le cas a été observé dans des contenants qui devaient partir de Vionnaz à Leytron.»
Pour 2025, la faîtière des apiculteurs vaudois attend davantage de soutien du Canton. «Nous estimons que les personnes qui seront engagées dans cette lutte devront avoir droit à un revenu pour le travail de spécialiste, le bénévolat n’étant plus envisageable. Si rien n’est fait, il sera difficile de poursuivre les objectifs», prévient Quentin Voellinger.
