Les apprentis du CEPV privés de leur salle de sport

Les deux maîtres d’éducation physique Jean-Marc Roduit et Djamel Merzkani (de gauche à droite) regrettent la perte de leur salle à l’Aviron au profit des écoliers du collège temporaire.   | N. Desarzens

Vevey
Avec l’installation du collège temporaire sur le parking du SIGE, la priorité est donnée à ses écoliers. Cette situation met en lumière la pression toujours plus grande sur les infrastructures sportives du canton.

«On nous met à la porte! Plus de 35 ans que je donne des cours dans cette salle et maintenant, je dois trouver des solutions pour une centaine d’élèves, et on nous dit de nous débrouiller.» Maître d’éducation physique au Centre d’enseignement professionnel de Vevey (CEPV), Jean-Marc Roduit fulmine. En cause: les autorités veveysannes l’ont informé en février qu’ils rompaient la convention liant le CEPV et la salle de sport de l’Aviron pour la rentrée prochaine.

Cet espace, que ces apprentis occupent trois jours par semaine, sera désormais investi par les écoliers du collège provisoire installé sur le parking du SIGE. Avec son collègue Djamel Merzkani, Jean-Marc Roduit va devoir organiser ses cours «extra muros» dès le 18 août.

«Nous sommes les victimes collatérales de deux choses, déplore Jean-Marc Roduit. D’une part, de la non-construction du collège de Copet, d’autre part, du manque d’investissement du Canton de Vaud en termes d’infrastructures sportives.»

«Les élèves du cycle post-obligatoire en font les frais, plus particulièrement les apprentis par rapport aux autres élèves, embraye Djamel Merzkani. Nous sommes bien sûr capables d’organiser des activités sportives en dehors des bâtiments scolaires, mais nous nous retrouvons au pied du mur, sans plan B. Nous ne sommes pas soutenus dans la recherche active de solutions, alors que nous sommes à moins de trois mois de la rentrée.»

Priorité aux écoliers

La problématique du manque de salles de sport dans l’enseignement postobligatoire est connue depuis de nombreuses années (voir encadré). Dans ce cas précis, la Ville de Vevey se défend d’une quelconque volonté de supprimer l’éducation physique pour les apprentis. «Selon les directives et recommandations du Service de l’Education physique et du sport (SEPS), tous les sites scolaires doivent disposer d’un équipement sportif rationnel», explique la municipale chargée du sport Laurie Willommet.

Cette résiliation s’explique donc par le besoin de privilégier les élèves de l’école obligatoire, en accord avec la loi. «Le programme minimum comprend une salle de gymnastique pour 5 à 10 classes. Dès la rentrée scolaire 2025-2026, le collège provisoire Aviron accueillera 10 classes d’élèves déplacés du Clos, soit plus de 200 élèves, poursuit l’élue. Ces écoliers devront dès lors pouvoir utiliser les salles de l’Aviron à proximité immédiate du site.»

Début de solution ?

Quid de la centaine d’apprentis du CEPV? Contactée, la directrice du CEPV a préféré laisser la parole au Canton. «En raison de l’augmentation importante des effectifs à l’école obligatoire, la Ville de Vevey a dû se résoudre à résilier, à brève échéance, l’accord d’utilisation de ces salles de sport communales qu’elle avait de longue date avec le CEPV», nous confirme le directeur de la Direction générale de l’enseignement postobligatoire (DGEP).

«Des séances de coordination constructives ont eu lieu entre le CEPV et le Secteur sport pour orienter les activités», selon la municipale socialiste. Ainsi les terrains de football et la piste d’athlétisme de Copet, la piscine de Vevey Corseaux-Plage, le club d’aviron ou encore la salle de musculation et le dojo de taekwondo pourront accueillir ces élèves. Et le responsable du secteur sport Piotr Wiacek de préciser que «le sport pour les apprentis peut se faire sous forme de blocs de périodes ou de joutes sportives, comme dans beaucoup de cas dans le canton.»

Mais cette piste ne convainc pas les deux professeurs de sport. «Avec ces activités, on fait davantage de l’animation que de la réelle pédagogie», réagit Djamel Merzkani. Quant à savoir si les élèves en formation professionnelle pourront tout de même utiliser les salles de sport, l’édile socialiste précise que «lorsque les classes des établissements scolaires de Vevey auront confirmé leurs horaires, les créneaux disponibles restants leur seront soumis en complément».

Combler le retard

Sous l’obligation d’une loi fédérale, les apprentis doivent suivre une période hebdomadaire de sport par jour de cours. Or, le manque d’infrastructures sportives rend la mise en application du cadre légal difficile au sein des écoles professionnelles. Une situation dont est «pleinement consciente» la DGEP, qui assure «que tout est mis en œuvre pour combler ce retard».

En formation professionnelle, selon ses chiffres, environ 40% des périodes étaient dispensées. Alors qu’en formation gymnasiale, ce chiffre augmente pour atteindre 80% des périodes d’éducation physique.

Pour une politique sportive ambitieuse

Le judoka et député PLR Sergei Aschwanden a fait de l’éducation physique à l’école un de ses chevaux de bataille. Il intervient d’ailleurs régulièrement sur cette situation de pénurie jugée «scandaleuse» dans l’hémicycle du Grand Conseil. Sa dernière intervention en date: l’initiative populaire «Pour une politique sportive vaudoise ambitieuse!», qui avait abouti en août en 2022. Elle avait récolté près de 24’000 signatures, deux fois plus que le minimum requis. Elle réclame que le Canton consacre au minimum 100 millions par an au sport sous toutes ses formes.

«Au niveau des gymnases, le Canton a pris conscience de l’enjeu et des investissements sont en cours pour répondre aux exigences de la loi fédérale et cantonale, réagit l’élu vaudois et directeur de la Porte des Alpes. La situation des écoles professionnelles est catastrophique. La filière de l’apprentissage reste le maillon faible pour l’éducation physique à l’école.»

Le contre-projet du Conseil d’État à l’initiative vient d’être accepté ce mardi au parlement. Et Sergei Aschwanden de poursuivre: «Le crédit d’investissement de 150 millions de francs pour la construction d’infrastructures sportives d’importance régionale constitue une avancée majeure.» Le contre-projet inclut également un cachet de 80 millions pour les manifestations sportives. Sur huit ans, l’État prévoit d’octroyer un montant avoisinant les 590 millions en plus pour le sport vaudois.