Les Argentins triomphent encore à Montreux

Grand vainqueur, l’Argentine est venue à bout de l’Italie 2-0 en finale.  | A. Capel

Rink hockey
En battant l’Italie en finale, les Sud-Américains ont remporté la Coupe des Nations pour la deuxième fois consécutive. De leur côté, les joueurs du Montreux HC ont eu la chance de se frotter aux meilleures équipes du monde.

«Campeon, campeon!» Fous de joie, les Argentins chantent et dansent dans leur vestiaire pour fêter, après 2024, leur deuxième succès consécutif dans la Coupe des Nations, réunissant à Montreux le gratin mondial. En finale de cette 70e édition, à la salle du Pierrier, ils viennent de dominer l’Italie 2-0. 

Légende de ce sport, sept fois vainqueur comme joueur de la Ligue des Champions avec le Barça, José Luis Páez, l’entraîneur, ne peut retenir ses larmes. «C’est fou ce qui nous arrive», lance-t-il. Bautista Acevedo, le gardien remplaçant, qui joue à Quévert en Bretagne, nous explique dans un français parfait à quel point ce sport est populaire dans son pays. «Bien sûr que cela n’a rien à voir avec la folie du foot, mais dans la région de San José notamment, le rink hockey arrive juste derrière. Aujourd’hui, tous les joueurs de l’équipe nationale évoluent en Europe, notamment au Portugal, dans le meilleur championnat au monde.» 

L’Albicelesteen mode patron

Plus vifs, plus incisifs, plus efficaces, les Argentins l’ont logiquement remporté en finale dimanche. À la 8e minute, Danilo Rampulla, le joueur du Sporting Lisbonne, a ouvert le score en ajustant la lucarne. Porteur du numéro 10, rendu célèbre en Argentine par Messi et Maradona, il se distingue lui aussi par des coups de génie, des inspirations venues d’ailleurs. La deuxième mi-temps a pris l’allure d’un long monologue aussi lancinant que stérile des Italiens. À quelques secondes de la fin, dans un ultime baroud d’honneur, ils ont sorti leur gardien ce qui a permis aux Sud-Américains de porter l’estocade.  

On s’attendait bien sûr à une finale Portugal et Espagne, les grands dominateurs du rink hockey mondial, vainqueurs 36 fois à eux deux de la Coupe des Nations, 19 pour le Portugal et 17 pour l’Espagne. Mais ils ont été éliminés dès les demi-finales, les Ibériques par l’Argentine 1-3 et les Lusitaniens par une épatante équipe d’Italie, au terme de prolongations homériques 6-4. «Jeunes et bien organisés, les Italiens ont fait un gros, un très gros match», admire Marc-Henri Guibert, le président du comité d’organisation. 

Les deux favoris ont donc dû se contenter de disputer la finale pour la 3e place, dans une ambiance incandescente, bien plus que celle de la finale, grâce aux centaines de supporters portugais avec leurs tambours et leurs trompettes. Quand les leurs ont signé le 3-2 décisif peu avant le coup de sifflet final, la salle du Pierrier a chaviré, comme rarement. 

Pratiqué à ce niveau, le rink hockey est très spectaculaire. À l’inverse de son équivalent sur glace, il n’y a pratiquement aucun accrochage, aucun temps mort, les passes au millimètre s’enchaînent à une vitesse hallucinante, les actions vont d’un camp à l’autre et les gardiens, harnachés comme des RoboCop en position accroupie, subissent un feu continu. Un spectacle d’une fluidité aérienne. 

Face aux meilleurs

Comme à chaque Coupe des Nations, les joueurs du Montreux HC – qui militent en LNB dans le championnat suisse – ont eu la chance de se frotter à l’élite mondiale quatre jours durant. Sans surprise, ils ont été nettement battus par les deux finalistes, 7-1 contre l’Argentine, 6-1 face aux Italiens, mais sans jamais être ridicules. 

«Face aux Italiens, nous n’étions menés que 1-0 à la mi-temps, en faisant presque jeu égal. On apprend beaucoup, on grandit contre des joueurs de ce niveau», commente Rui Cova, l’entraîneur-joueur. Technicien en génie civile, Maxime Duvoisin (26 ans) a disputé sa quatrième Coupe des Nations, des étoiles dans les yeux. «C’est un peu comme si le Vevey-Sports en foot affrontait le Barça. Des amateurs contre des pros! Le plus impressionnant chez eux, c’est la vitesse et l’engagement physique total.» 

Dès samedi, en play off de LNB, à un tout autre niveau, les Montreusiens tenteront, archi-dominateurs de la saison régulière, quatorze victoires en autant de matches, de remonter enfin en LNA après trois ans de purgatoire. «On est confiants, on a travaillé toute la saison pour ça», glisse Rui Cova. 

Un club mythique

Évidemment qu’eu égard à son histoire, la place du Montreux HC, fondé en 1911, se trouve dans l’élite. «À l’époque, ce sont les touristes anglais en villégiature sur la Rivera qui ont introduit ce sport chez nous avec le Pavillon du Petit Palais comme terrain de jeu», raconte Marc-Henri Guibert. La première de la Coupe des Nations a eu lieu en 1921, soit deux ans avant celle de la Coupe Spengler (ndlr: hockey), autre rendez-vous mythique du sport helvétique. Et c’est à Montreux que la Fédération internationale a vu le jour en 1924. «Nous sommes le berceau du rink hockey», poursuit le président du tournoi. 

Voilà cinq ans, ce pisciculteur a succédé à Ernest son père à la tête du prestigieux événement doté d’un budget de quelque 300’000 francs. «Les sponsors, la Commune, le Canton, le tourisme, tout le monde joue le jeu», se réjouit-il. Longue vie donc à la Coupe des Nations. 

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