Les autorités de la Riviera veulent bannir les sacs plastiques des étals

Appréciés pour leur côté pratique et distribués librement, les sachets plastiques contaminent la filière des déchets compostables.

Fruits et légumes
Les Municipalités des neuf communes demandent aux grandes surfaces de ne plus distribuer de sachets. Ces derniers finissent trop souvent dans les containers à compost.

Il y a trop de plastique dans les déchets compostables collectés sur la Riviera. Beaucoup trop. Alors face à ce qui semble être devenu un problème insoluble, les neuf Municipalités de la région ont décidé de faire entendre leurs voix. En janvier dernier, elles se sont unies pour adresser un courrier aux directions des grandes surfaces helvétiques. Une lettre qui pointe du doigt les sacs plastiques «librement distribués dans les rayons fruits et légumes». Selon les Exécutifs, ces sachets doivent purement et simplement être retirés des magasins.
«Nous avons décidé de chasser le problème à la source», commente Irina Gote, municipale montreusienne et présidente de Gederiviera, le périmètre de gestion des déchets urbains. Car c’est peu dire que le tableau n’est pas reluisant. «L’an dernier, plus de 98% des biodéchets collectés en porte-à-porte sur les territoires de Montreux, Veytaux, Vevey et La Tour-de-Peilz étaient considérés comme souillés. Le détritus le plus souvent retrouvé, c’est le sac plastique.» Une situation qui empire avec le temps puisque ce chiffre était de 97% en 2023.

Une facture qui s’alourdit
Outre le fait d’abîmer une filière qui vise notamment à fabriquer du compost destiné aux champs et jardins de la région, la problématique de la contamination au plastique coûte cher aux Communes. En clair, plus les déchets compostables sont «souillés», plus leur traitement à l’usine Satom de Villeneuve sera onéreux. «Cette dernière a dû engager du personnel supplémentaire pour trier manuellement les arrivages avant leur valorisation», souligne la présidente de Gederiviera.
«Lorsque les déchets organiques sont considérés comme propres, leur transformation est facturée 130 francs la tonne par la Satom, reprend Irina Gote. Mais ce montant grimpe à 250 francs quand ils sont déclassés, c’est-à-dire trop souillés.» Ainsi, l’an dernier, sur les 2’117 tonnes de déchets organiques venues des ménages de Montreux, Veytaux, La Tour-de-Peilz et Vevey, 1’934 tonnes ont été déclassées. «Cela représente un surcoût de près de 165’000 francs», déplore l’édile montreusienne.

Containers scellés, gérances averties
Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé de sensibiliser la population aux bonnes pratiques. «Nous avons mené passablement de campagnes de communication. Et lorsqu’au pied d’un immeuble, notre brigade de propreté remarque un container renfermant des déchets plastiques, ce dernier est scellé et un courrier est envoyé à la gérance pour qu’un rappel soit fait aux habitants.»
«À présent, nous devons trouver d’autres moyens de réduire cette pollution, poursuit Irina Gote. C’est pourquoi nous nous adressons directement aux distributeurs de ces sacs plastiques, à savoir les grandes surfaces. C’est une problématique très vaste, mais tout le monde doit être partenaire et se soutenir.»

Des sacs «concrètement utiles»
Contactées, les entreprises Coop, Migros et Denner disent comprendre et partager les préoccupations des Communes de la Riviera. Mais alors, pourquoi vouloir maintenir la libre distribution de ces sacs à côté des étals de bananes et autres pommes de terre? «Nous offrons en principe la liberté de choix à notre clientèle, répond Kevin Blättler, porte-parole de la Coop, qui relève: «Depuis l’introduction du multi-sac réutilisable en 2017, nous constatons une baisse de la demande de sacs en plastique pour les fruits et légumes.»
Migros met également en avant ce sac réutilisable, ainsi que les sacs compostables disponibles à la caisse de sortie. «Cependant, nous reconnaissons que la transition vers des solutions plus durables est un processus progressif, nécessitant une sensibilisation continue et l’adhésion de notre clientèle», indique sa porte-parole Estelle Hain.
Du côté de chez Denner, on estime que les sachets décriés sont «concrètement utiles» pour protéger les aliments. Par la voix de Thomas Kaderli, le détaillant annonce qu’il examinera les mesures à prendre pour sensibiliser sa clientèle aux «méfaits d’une élimination inappropriée».

«OK Compost» et rien d’autre

Les autorités rappellent que seuls les sacs compostables pourvus d’un quadrillage et estampillés «OK Compost» peuvent être jetés avec les déchets organiques. Ces derniers sont fabriqués à partir de matières premières végétales. En revanche, il faut éviter les sacs dits «biodégradables», qui ne se décomposent pas à la même vitesse et polluent le compost.