
Kaelan Teriaca, Pauline Blintz et Mila Maurer sont les trois étudiants qui ont imaginé le parcours dans le cadre de leurs études de géographies à l’UNIL. | K. Di Matteo
«En plein soleil! Prenez à boire en suffisance.» Le livret «Sentier des avalanches» est très clair. Si vous vous engagez sur une des deux boucles de 7 km chacune au départ des Mosses ou des Diablerets, vous évoluerez en terrain totalement découvert.
On ne s’étonne pas, dès lors, que les coulées de neige qui ont rythmé l’histoire de la vallée y aient trouvé un terrain propice pour parfois semer la désolation et marquer l’imaginaire collectif. C’est du reste la raison d’être du «Sentier des avalanches». Comment ces dernières ont-elles marqué le paysage? Comment les habitants ont-ils adapté leur bâti pour continuer à exploiter ces pentes en minimisant les risques?
Pour le savoir, nous nous sommes glissés dans le groupe aux allures de course d’école qui a inauguré le tracé le 25 juin dernier, au départ de la gare des Diablerets. À la manœuvre, Pauline Blintz, Mila Maurer et Kaelan Teriaca, les trois étudiants en géographie de l’Université de Lausanne qui ont conçu l’itinéraire dans le cadre de leur travail de master.
Le trio a répondu à l’appel à projets lancé l’été dernier par le Centre interdisciplinaire de recherche sur la montagne (CIRM). Ce dernier a retenu leur travail et contribué à en financer une partie, à l’instar de la Fondation ormonanche VD3209, très active dans les projets locaux de préservation et de mise en valeur du patrimoine. Les deux Communes d’Ormont-Dessus et Ormont-Dessous ont également apporté leur soutien. «Et voici aujourd’hui le fruit de notre labeur de dix mois», a lancé Kaelan au moment de débuter la balade.
Prolonger l’exposition
Sous sa casquette, Virginie Duquette, conservatrice du Musée des Ormonts (où la balade se terminera deux heures et demie plus tard à Vers-l’Église), sautille d’excitation à l’idée d’inaugurer ce sentier et d’en détailler chaque point d’intérêt.
Le thème des avalanches lui tient à cœur, elle qui a conçu l’exposition «AVALanche», en cours au musée jusqu’en avril 2026. «Je leur ai mis à disposition les 240 gigaoctets de données textes et photos que j’avais collectés. Ils ont fait un super travail de synthèse», lance-t-elle.
Après quelques minutes, le groupe d’une trentaine de personnes s’élance dans la montée vers le Lavanchy, le replat qui amorcera la redescente vers Vers-l’Église. Les plus motivés auront le choix de continuer à crapahuter plus en amont pour rejoindre celle des Mosses. Une belle petite montée, direction La Dia.
Jusqu’au Lavanchy, les mollets sont déjà mis à contribution le long du sentier qui suit peu ou prou des segments de Vaud Rando, même si le «Sentier des avalanches» a sa signalétique propre. On slalome entre des chalets vieux et moins vieux pour atteindre les premiers triangles jaunes portant les numéros de chapitre auxquels ils renvoient dans le livret, qu’il soit physiquement dans vos mains ou téléchargé sur un téléphone portable.
On y apprend, exemple à l’appui sous les yeux, l’existence des forts de protection, ces remblais de terre, parfois adossés à des murs en béton, prévus à l’arrière des habitations pour dévier les avalanches. De même, les cases (ou buges) ont adopté des toits en tôle permettant à la coulée de «glisser» par-dessus la construction.
À plus grande échelle, des digues de canalisation des avalanches ont été construites après celles, mémorables, de 1984, pour préserver des zones d’habitations entières. Jusqu’aux paravalanches, que l’on distingue sur les cimes. L’un des trois gros panneaux explicatifs du parcours l’explique.
Au loin, de l’autre côté de la vallée, le secteur Creux de Champ expose ses flancs meurtris par les coulées de 2021. Au même titre que d’autres zones fortement touchées, il a droit à son chapitre. Le coup d’œil permet de constater combien la nature y a repris son travail de colonisation. Les feuillus plus aisément, «car ils plient sous l’avalanche, tandis que les résineux cassent, et se régénèrent donc plus lentement», explique Virginie Duquette.
Du reste, la forêt et la biodiversité ne sont pas oubliées dans les textes. «Et c’est intéressant de voir comment les bois dévastés deviennent des périmètres de régénération», ajoute la conservatrice. A contrario, deux fiers survivants de 1984, une quinzaine de mètres de haut, donnent des éléments sur la trajectoire de la coulée.
Une histoire à préserver
À l’heure des discours et des remerciements sur la place de Vers-l’Église, Kaelan Teriaca a renvoyé les personnes intéressées vers le site Internet des Alpes vaudoises, en attendant de convaincre Swiss Rando de référencer l’itinéraire sur sa plateforme.
Pauline Blintz a ajouté que «si ce sentier est prévu exclusivement pour l’été, une réflexion est en cours pour qu’une partie de la boucle des Mosses soit faisable en raquettes.» Musique d’avenir.
À ceux, enfin, qui poseraient la question de l’utilité d’un énième sentier didactique de montagne, Virginie Duquette a donné une réponse très claire: «On tend à faire passer la montagne pour un espace de jeu, un Parc Disney à ciel ouvert, et mon cœur vacille. Nous avons l’immense responsabilité de transférer ces connaissances à nos jeunes, sinon nos paysages ne sont que des cartes postales vides. Le paysage raconte des histoires. Je me rappelle d’un enfant qui m’a demandé si les paravalanches, ces <lignes blanches dans la montagne>, étaient des vignes. Cela peut prêter à sourire. C’est surtout l’occasion de nourrir cette belle curiosité.»
alpesvaudoises.ch/fr/V227663/col-des-mosses/sentier-des-avalanches
Livret disponible aux Offices du tourisme locaux et au Musée des Ormonts, à Vers-l’Église.
