Les caméras sèment la zizanie politique

La campagne en vue du scrutin du 29 juin crée de vives tensions au sein du landerneau politique de la Ville.  | N. Desarzens

Vevey
La population se prononcera le 29 juin sur un dispositif pour lutter contre le deal de rue, notamment l’installation de 44 caméras de vidéosurveillance dans le quartier de la gare. Cette votation crée une ambiance délétère parmi les élus.

«C’est la première fois que je ne sais pas quoi voter.» Au milieu des étals de fruits et légumes en ce samedi matin, cette Veveysanne est bien empruntée. Et ce n’est pas la seule personne à être indécise à quelques jours du scrutin sur l’installation d’un dispositif de vidéosurveillance et la mise en œuvre de mesures complémentaires.

Une trentenaire se montre plus sceptique. «Je suis contre. Il faut agir sur la prévention de consommation de stupéfiants.» Une retraitée interpellée devant le stand d’une fromagerie, elle, se dit être rassurée par l’installation de caméras. «Ceux qui n’en veulent pas ont des choses à cacher.» «Je suis pour davantage de sécurité aux abords de la gare de Vevey, car je suis inquiète pour mes petits-enfants qui passent dans le quartier», abonde une grand-maman. Quelques pas plus loin, un Genevois objecte: «Expérience faite, le problème se déplace.»

À dix jours du référendum populaire, il est compliqué de savoir de quel côté va pencher la balance. Si la population semble s’accorder sur l’existence d’une réelle problématique à la gare, les citoyens abordés au marché semblent saisir la complexité du phénomène du deal de rue.

Climat politique sous tension

Si les réponses glanées en ce samedi matin étaient exemptes de toute animosité, cela ne semble pas être le cas au sein du monde politique veveysan. Hautement sensible, la question de l’installation de ce dispositif de vidéosurveillance divise et provoque des échauffourées, surtout sur les réseaux sociaux.

«Vivement le dimanche 29 juin», nous a glissé un élu. «L’aile gauche de ce parlement semble avoir implosé», a-t-on encore entendu. Une tension qui illustre une campagne pré-électorale à marche forcée. Soumis au devoir de réserve, l’Exécutif semble un peu crispé et las de cette situation.

Le syndic en campagne ?

C’est au sein de l’Exécutif que les tensions sont les plus vives. La rupture de collégialité du syndic Yvan Luccarini, actée le mardi 29 avril, a dynamité le débat et chamboulé le collège municipal. Dans les coulisses, on nous dit que l’atmosphère de travail est pesante, et que le syndic «fait cavalier seul».

Prise de position dans des communications de son parti, relais de la campagne sur les réseaux sociaux: le syndic de Vevey prend activement part à la votation et s’oppose ainsi à ses collègues municipaux. «Cela crée un déséquilibre injuste, car l’Exécutif n’est pas censé prendre position, par devoir de réserve», nous a-t-on encore dit sous anonymat. Déjà agressive, la campagne prend une tournure encore plus compliquée.

Directeur général des Affaires Institutionnelles (DGAIC), Jean-Luc Schwaar précise qu’une autorité organisant un scrutin ne peut intervenir dans la campagne que si des motifs le justifient et, surtout, son intervention doit répondre aux principes d’objectivité, de transparence et de proportionnalité. «Il est en revanche possible pour les membres de ladite autorité de participer à une campagne à titre privé, précise-t-il. Il faut pour ce faire qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur leur positionnement.» Et d’ajouter que la limite entre ce que peut faire un élu à titre individuel et ce qu’il ne peut pas faire dès lors qu’il est identifié comme membre d’un collège est effectivement «parfois difficile à tracer».

Pour Yvan Luccarini, la distinction entre sa fonction et sa personne est ainsi très claire. «Je ne fais pas campagne avec les moyens officiels de la Commune, et je ne cache pas mon rôle de syndic. On ne peut rien me reprocher, à part si l’on a envie de créer une polémique.» La divergence au sein du collège n’est, selon lui, pas une première. Il préfère relativiser. «La situation va se décanter après le vote populaire, et cela ne va pas empêcher une bonne collaboration au sein du collège à l’avenir.»

Guerre d’usure

L’attitude du chef de la Ville fait grincer des dents. «Il fait campagne, avec sa casquette de syndic. Cette liberté prise, alors qu’un devoir de réserve est normalement de rigueur, est plus que contestable», nous a-t-on confié au marché.

Le camp du «non» a un autre atout de taille en la personne de Pierre Chiffelle. Membre de décroissance alternatives, cet ancien conseiller d’État et avocat exploite toutes les possibilités juridiques pour entraver le scrutin. En fin connaisseur des ficelles légales, il a déjà effectué deux recours sur l’arrêté de convocation, sur le contenu de la brochure électorale, ainsi que sur la publication du rapport d’analyse du mandataire externe sur le dispositif de vidéosurveillance.

Une manière de faire qui confine à une «guerre d’usure», selon certains collaborateurs de la Ville. En cas de résultats serrés, les deux camps se réservent le droit de faire recours.