Un mois de vide dans le désert pour refaire le plein de sens

Durant un mois, la caravane se déplace. 15 km de marche quotidienne sont notamment au programme.  | Caravane Thérapeutique Itinérante

Jeunes en rupture
L’Association Caravane Thérapeutique Itinérante propose des séjours au Maroc avec des pros. Un outil pour certaines institutions, comme Malévoz.

Là-bas, le désert est le premier thérapeute. «On met de la distance pour prendre de la distance.» Tom Juillard sait de quoi il parle. Il a éprouvé le concept de Caravane Thérapeutique Itinérante (CTI) il y a quelques années, avant même que l’association ne voie officiellement le jour en décembre 2023. De quoi parle-t-on? D’une expérience d’un mois dans les dunes du Maroc, sans moyen de connexion, juste face à soi-même, accompagné de professionnels, pour tenter de revivre et de se retrouver. «On change de cadre pour une remise à zéro», ajoute Tom.

Fort de son expérience, le jeune homme de Muraz, 27 ans, est devenu chargé de communication de l’association valaisanne. Lui était parti à la suite d’un burn-out. D’autres, comme ceux qui sont revenus du séjour d’octobre (dont un jeune hospitalisé à l’hôpital de Malévoz à Monthey) ou sur le point de partir en janvier, se sont inscrits pour s’extraire d’un environnement toxique: tensions familiales, délinquance, addictions, détresse affective, surpoids, dépression.

Très intensif

Le noyau dur de CTI est composé de cinq professionnels issus des milieux du social, médical et juridique, dont Roger Brennwald, le président, socio-thérapeute, ancien de la Fondation Addiction Valais durant 18 ans et expérimenté dans les voyages en désert. «Les 30 jours sont complétés par un suivi de 4 à 18 heures, pour faire un bilan et fixer des objectifs, explique le Valaisan qui réside en France voisine. On n’arrive pas à Genève en leur disant <C’était sympa, au revoir>.»

Avant cela, les 30 jours ne sont pas une partie de plaisir. «On parle de 15 heures de thérapie par jour, 450 au total, reprend Roger Brennwald. Certains arrivent motivés, et après 3-4 jours, aimeraient rentrer…»

Les journées de 6h à 20h se déclinent entre les nuits à la belle étoile, la participation à la vie de camp, des séances d’activité physique et spirituelle (marches silencieuses, méditation, chant, etc.). «On fait 15 km de marche par jour, de camp à camp, on change tous les jours.»

Et chacun sa façon de se recentrer. «Le must, c’était le tir à l’arc, explique Léo, victime d’une dépression sévère qui a détérioré la relation avec sa mère et lui a fait prendre énormément de poids. La routine de la gym du matin aussi. Mais le paradis, c’était la fraîcheur de la mandarine à la fin de la marche!»

Deux autres participants, l’un dépressif, l’autre dépendant au cannabis, se disent aussi reconnaissants. Le premier «pour la reprise d’une activité physique et les groupes de parole où on exprime ses émotions», le second «pour l’atelier d’écriture imaginaire où on crée un personnage, un archétype, pour imager ses combats».

L’enjeu? Être reconnus

Au-delà de l’investissement personnel, les séjours ont un coût: entre 11’500 et 13’500 francs, selon la durée du suivi. «Aujourd’hui, les séjours sont payés par les bénéficiaires ou leurs familles, explique Roger Brennwald. Notre objectif en 2025 est d’être reconnus et placés sur la liste de la Convention intercantonale relative aux institutions sociales.» Sans parler du rêve absolu: «Être agréé par les caisses maladie comme thérapie alternative.»

Pour Tom Juillard, CTI peut y prétendre. «Nous nous inscrivons comme une solution en sortie d’hôpital. Il faut que les établissements psy, comme Malévoz, sachent qu’ils peuvent nous appeler. On se place comme un outil dans leur mallette.»

Plus d’infos: www.la-caravane.ch

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