
Le nom de la coopérative Les Coloriés s’inspire d’un roman d’Alexandre Jardin et évoque les «couleurs de la vie» qui animent le collectif. | M. Challandes
L’entrée donne sur un vaste escalier en bois qui relie les différents étages. Ouvert jusqu’au toit, l’espace, autrefois occupé par la grange, dessert aujourd’hui les parties communes et les logements. C’est au premier, dans la cuisine ouverte, que l’on s’installe avec les habitants présents ce vendredi pour revenir sur cinq ans de vie ensemble, les dix de la coopérative et les défis de ce mode de vie, partagé par des adultes de 33 à 53 ans et des enfants de 8 mois à 15 ans.
«Je connais presque mieux le quotidien de mes voisins que celui de ma famille. Une amitié s’est créée, mais ce ne sont pas vraiment des amis. C’est un rapport très particulier, assez unique», souligne Valeria*, qui a rejoint la coopérative par amour. «C’est une petite entreprise», résume Noémie.
Deux fois par mois, une séance plénière réunit au moins une personne de chaque unité pour faire le point sur les projets et les tâches à réaliser. Des groupes de travail avancent en parallèle sur des sujets spécifiques. «On a beaucoup progressé sur la durée de ces réunions depuis deux ans, détaille Cyril. Tout est bouclé en environ une heure.»
Peu de changements
Cette évolution est facilitée par le fait que les familles ont appris à se connaître. En cinq ans, une seule a changé, les autres sont présentes depuis les débuts du projet.
«On n’avait jamais vraiment réfléchi au processus pour choisir une nouvelle famille. Notre désir était surtout qu’elle comprenne la réalité d’une coopérative de cette taille, avec onze adultes qui ont beaucoup de responsabilités et consacrent beaucoup de temps au collectif», explique Cherene. «Tout le processus de sélection a pris deux mois, ajoute Cyril. Un projet comme le nôtre est assez expérimental. Il y a environ 2% de coopératives en Suisse, mais 1,99% représente des structures de grande taille où les habitants ne se connaissent pas forcément. Je pense qu’il existe une centaine d’immeubles du même format que nous en Suisse.»
L’un des avantages des Coloriés est de pouvoir faire avancer rapidement les projets. Au jardin, par exemple, une réalisation peut prendre une saison, mais elle voit ensuite réellement le jour à l’image des murs en pierre et de la piste de pétanque. «L’effet de groupe est un gros point fort.»
Si les enjeux sont aussi personnels que collectifs, les projets ne manquent pas. «Partager les ressources, les tâches, les espaces et les finances, pour moi, c’est une réponse à la crise dans laquelle on est. Ça reste un défi humain, mais c’est aussi une manière de réapprendre à coopérer», retient Noémie.
*Les habitants ont souhaité que seuls leurs prénoms soient mentionnés.
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