
Cédric Stadler, directeur de l’entreprise aiglonne éponyme. | L. de Senarclens – 24 heures
«En 1973, quand mon père a pris la succession de mon grand-père 30 ans après qu’il a fondé Champignons Stadler, la Romandie comptait 12 grandes entreprises de culture de champignons de Paris. Aujourd’hui, nous sommes les derniers», constate Cédric Stadler. La filière, qui dénombre une quinzaine de producteurs en Suisse, toutes spécialités confondues, est inquiète pour l’avenir de la profession.
«Nous sommes confrontés à des défis croissants. Parmi lesquels, la hausse des importations qui exerce une pression très forte sur les entreprises, poursuit celui qui est aussi président de l’Union suisse des producteurs de champignons (USPC). Le marché suisse, concurrencé traditionnellement par la Hollande et l’Allemagne, est inondé de champignons venant de pays émergents, principalement la Pologne.»
Les producteurs suisses pointent des inégalités criantes face à la concurrence étrangère. «Cette dernière bénéficie de soutiens financiers pour la modernisation de ses installations et de ses machines jusqu’à 40% au sein de l’Union européenne. A contrario, les entreprises suisses doivent engager des millions de francs pour réaliser des investissements de remplacement et rester compétitives», poursuit le président.
En Suisse, la branche mycicole est affiliée à celle de l’agriculture, mais ne dispose pas de paiements directs, de convention collective, de soutien à l’exportation, et de protection des frontières – qui pourrait être garantie par des droits de douanes. La production de champignons est de surcroît une niche sur le marché libre. «Le fait que le consommateur suisse mange seulement 2 kilos par an, dont 1,5 de champignons de Paris, n’est pas très porteur», ajoute Cédric Stadler.
Et si cela ne suffisait pas, viennent s’ajouter dans le panier: des coûts de production et de transport de plus en plus élevés, l’explosion des frais de matières premières, comme l’indispensable paille, et des salaires plus importants que partout ailleurs sur le continent.
Vers le lobbying
Depuis des années, l’USPC s’active pour davantage de reconnaissance au niveau de la législation et de la constitution d’hypothétiques droits de douanes, afin de pérenniser la production suisse et de préserver les emplois (environ 500 personnes). «Nous sommes même à un tournant décisif. Mais à chaque initiative, nous avons l’impression de buter face à un mur, essuyant refus après refus, déplore l’entrepreneur aiglon. Nous avons donc décidé de changer notre fusil d’épaule et de nous adresser directement aux politiques.» Une délégation du comité de l’USPC a rencontré récemment Erich Ettlin, unique conseiller aux États d’Obwald, pour le sensibiliser à la problématique vécue actuellement, et à la recherche de solutions pour pérenniser la branche, entre croissance et innovation.
Forte de ce premier soutien, la faîtière va passer la surmultipliée auprès des milieux politiques, des organisations agricoles et de la distribution pour qu’ils renforcent leur appui, afin d’assurer la compétitivité de la filière mycicole suisse. Avec notamment un argument: la consommation. «Pour que la production suisse de champignons puisse endosser un rôle pour l’approvisionnement de la population, il faut s’équiper. Il faut pouvoir se battre à armes égales face aux producteurs étrangers et obtenir l’assurance de la distribution qu’elle misera sur la production indigène, sûre, durable et respectueuse des ressources», conclut l’organisation.
Armin Stadler fonde son entreprise dans l’ancienne parqueterie d’Aigle en 1943. La société produit actuellement 940 tonnes de champignons de Paris BIO blancs et bruns par an, employant 80 personnes, principalement des femmes. Outre les champignons de Paris de culture – dont l’écrasante majorité de la récolte est achetée par les grandes chaînes de magasins alimentaires suisses, mais aussi primeurs et restaurants –, elle commercialise des espèces sauvages: bolets, chanterelles et morilles.
Vers 1670, La Quintinie, jardinier de Louis XIV commence la culture de mycelium sur couches, en plein air, à Versailles. En 1810, le maraîcher Chambry transfère le tout dans des carrières au sud de la capitale, pour les protéger des aléas climatiques. Il humidifie et aère les couches en ventilant les sites de culture. C’est bien plus tard, sous Napoléon Ier, que la culture du champignon s’est développée dans les catacombes de Paris, ce qui lui valut son nom. Il est produit dans la Ville Lumière jusqu’en 1895, où les travaux du métro mettent un terme à sa culture. Elle est alors délocalisée dans le Val de Loire où l’on produit l’écrasante majorité du champignon français «de Paris». Source: geo.fr
