Les fanfares luttent pour trouver l’harmonie

La fanfare de père en fils: Philippe et Mathieu Rosset peaufinent le Giron de la Veveyse qui aura lieu au collège de Chardonne.  | K. Di Matteo

Musique et tradition
La tenue prochaine des girons de la Veveyse, du district d’Aigle et du Bas-Valais est l’occasion de prendre le pouls d’une institution bien ancrée, mais à l’avenir parfois incertain.

Voici venir la saison des girons et des fanfares! Avec trois rendez-vous quasi coup sur coup: le 73e Giron des musiques de la Veveyse (22-25 mai) à Chardonne, le 91e Festival des musiques du Bas-Valais à Salvan (23-25 mai) et le 65e Giron des musiques du district d’Aigle, à Leysin (14 et 15 juin). 

Au programme, trois week-ends de retrouvailles, de convivialité et d’échanges autour de la passion des cuivres et des notes en cascade. Mais aussi la perspective de rentrées financières pour les sociétés organisatrices, afin de compléter les indispensables aides communales et les bénéfices des différentes actions organisées en cours d’année. Enfin, les ensembles s’offrent une vitrine de choix dans leur quête, parfois délicate, de relève.

Destins divers

Le monde de la fanfare est souvent une affaire de famille(s), celles qui étoffent les effectifs de génération en génération. C’est notamment le cas à Chardonne où Philippe Rosset est président du comité d’organisation du giron et son fils Mathieu président de la fanfare de Chardonne-Jongny. 

Pour l’heure, les deux hommes, en pleine préparation du giron qui rassemblera neuf fanfares, dont une grosse moitié de fribourgeoises, se disent relativement sereins pour l’avenir. «Notre fanfare compte 31 musiciens et l’école de musique est bien remplie, explique Mathieu. Je sais que sur les 15-20 élèves, tous ne feront pas le saut de la fanfare, mais si 5-6 se lancent, ça sera déjà bien.»

«Ce n’est pas autant le feu comme dans le canton de Fribourg, mais nous sommes bien lotis par rapport à d’autres», reconnaît son papa. «Les fanfares de Châtel-Saint-Denis et Remaufens ont tout de même dû se rapprocher», nuance Mathieu, histoire d’illustrer que le combat est le même partout.

Une Montheysanne en difficulté

À la Lyre de Monthey, 120 ans d’âge, la présidente Natascha Burger se dit pour sa part «stressée» par la diminution progressive des effectifs. «Officiellement, nous sommes 20 musiciens, mais nous bénéficions de 7-8 <renforts> depuis quelques années, sinon nous n’arriverions pas à tourner. Nous organisons d’ailleurs ce samedi un moment découverte entre 10h et 14h sous les platanes de la place du Marché. Nous cherchons une relève pour survivre.»

La formation a bien tenté le virage vers un répertoire plus moderne, mais l’affaire reste compliquée. Et fusionner avec l’Harmonie, l’autre ensemble de Monthey? «Ce n’est pas à l’ordre du jour. La formation, les répertoires et le style sont differents et de ce fait, je ne suis pas optimiste quant au résultat. À Collombey, les deux fanfares ont fusionné et ce n’est pas pour autant qu’ils sont 60.»

A contrario, à Collonges, 15 km plus à l’est, la fanfare du village de 800 habitants affiche une santé insolente. «Nous comptons 50 membres actifs de 10 à 83 ans et une grosse école de musique, avec 27 élèves, détaille David Blanchut, président de la Collongienne. Nous avons la chance d’avoir un noyau dur de copains et copines d’école, dont les enfants suivent le mouvement.»

Pour le Valaisan, le succès tient également à une évolution du répertoire. «La deuxième partie de notre concert annuel prend la forme d’un show, avec beaucoup de mouvements sur scène, et ça plaît aux jeunes.» Autre ingrédient de la recette miracle: la régularité des bons résultats aux concours.

Tenter d’innover

Un tel cercle vertueux, Christelle Afonso Giobellina, présidente de la Rose des Alpes – organisatrice du Giron du district – en rêverait à Leysin. «On ne va pas se mentir, c’est plus difficile qu’à une époque, admet-elle. Mais avec le soutien énorme de la Commune, on survit.» 

À ses côtés, Jean-Marc Udriot ne veut pas entendre parler de sa casquette de syndic, uniquement de celle de président du comité d’organisation du giron. «Je suis un laïc, je ne sais pas lire les notes, mais j’ai toujours adoré et soutenu. On oublie l’importance d’une fanfare. Le 1er août, Noël, lors de la soirée des aînés, etc., elle est toujours là. Mais ce n’est pas un acquis.»

D’où la nécessité de réussir un bon giron. Pour fédérer, exister, susciter des vocations. Et garantir la couverture des 100’000 francs de budget. «Du coup, on innove!, lance Christelle Afonso Giobellina. Nous avons programmé les Oesch’s die Dritten (ndlr: formation alémanique à succès de musique populaire) et une soirée Back to 80’s. Histoire d’attirer un autre public.»

« La société change, il faut vivre avec elle »

Monique Pidoux Coupry (photo), présidente de la Société cantonale des musiques vaudoises (SCMV) ne nie pas les difficultés du monde de la fanfare. «La baisse des musiciens est manifeste et les sociétés sont davantage en difficulté, reprend-elle, même si certaines ont su rebondir. La SCMV compte 92 sociétés (soit plus de 3’000 musiciens), contre 120 il y a une trentaine d’années.» Un phénomène qui va de pair avec un autre, étendu à l’ensemble du monde associatif: la plus grande difficulté à trouver des gens s’engageant sur le long terme. «C’est un souci de société, et on ne va pas la changer, il faut vivre avec elle. D’où la réflexion en cours à la SCMV.» Dans le Bas-Valais, Dominique Robyr note une amélioration depuis quelques années en termes de qualité. «Notamment au niveau des formations de cuivres et percussions, précise le président de la Fédération des musiques du Bas-Valais (ndlr: 23 fanfares, 900 musiciens du Chablais à Martigny, plus les vallées latérales). Le Bas-Valais a longtemps été le parent pauvre. Il y a 5-6 ans, il y a eu un genre de réveil, avec des profs du Centre qui sont venus enseigner, et plein de jeunes sont en mesure de régater aujourd’hui. La survie vient toujours des écoles de musique.» Sans oublier le problème des finances. «Musicien, ça coûte très cher entre la formation, les instruments et les costumes. Ce sont des budgets importants. D’où les girons et carnets de fête.» Reste que les inégalités peuvent être grandes. La transmission de père-mère en fils-fille n’est plus un automatisme et certaines Communes sont plus généreuses que d’autres. Au final, l’érosion continue, inexorablement. «Chaque année, 1-2 sociétés arrêtent en Valais.»

Par ici le programme

Vous aimez la fanfare et ne savez pas quoi faire fin mai ou mi-juin? Les girons cherchent des bénévoles.

73e Giron des musiques de la Veveyse,
à Chardonne, du 22 au 25 mai
chardonnejongny2025.ch

91e Festival des musiques du Bas-Valais,
à Salvan, du 23 au 25 mai
salvan2025.ch

65e Giron des musiques du district d’Aigle,
à Leysin, les 14 et 15 juin
fanfarelarosedesalpes.e-monsite.com

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