Les Fils du Facteur et leur flamboyante mélancolie

De retour dans leur ville après une grande tournée estivale aux quatre coins de la francophonie, Les Fils du Facteur s’apprêtent à renouer avec la scène veveysanne, avec un concert doublé en langue des signes ce vendredi 11 octobre au Théâtre Le Reflet. De gauche à droite: Olivier Raffin (claviers), Emilien Colin (accordéon, keytar), Sacha Maffli (chant, guitare) et Antoine Passard (batterie). | N. Thévoz

Sortie musicale
Trois ans après leur dernier album «Jusqu’ici ça va», le groupe veveysan est de retour avec un cinquième opus, «C’est encore loin la mer». Plongée dans un univers doux-amer.

«La perfection c’est l’illusion / qui gâche le monde réel / … / Viser la lune ça sert à rien». Tourner en dérision les diktats de notre société de la performance, le tout sur des nappes de synthé et une ligne de basse entraînante. En ouverture, le titre «Lune» donne la couleur de ce nouveau disque de chanson française, mais suisse, des Fils du Facteur. Une chanson comme un bonbon acidulé; une saveur mordante et douce à la fois. Un goût de reviens-y.
Dans cette exploration musicale, Les Fils du Facteur prouvent que l’on peut chanter et danser sur tout. Toujours enclins à instiller des notes humoristiques, les musiciens s’aventurent cette fois sur des chemins plus sombres. Emprunts de mélancolie, ces nouvelles compositions racontent des amours défaits et autres épreuves de la vie. Des histoires tristes aux sons pop. Des notes lumineuses, qui parviennent à sublimer et percer la grisaille de l’existence.

Sortie d’un livre-album
Pour cette nouvelle sortie, les musiciens se sont alliés à l’illustrateur veveysan Fichtre pour créer un livre-album. Un ouvrage aux multiples facettes pour avoir un aperçu de l’envers de leur décor. Entre paroles, photos, illustrations, recettes, jeux et anecdotes, il y a bien sûr un CD, cette publication propose non seulement un objet pour faire face au déclin du disque, mais aussi une manière de prolonger l’écoute avec cette déclinaison graphique.
«Entre nos clips, nos photos et nos différents canaux de communication, ce livre-album est une invitation à découvrir une œuvre plus globale», précise le joueur d’accordéon et de keytar. Si les chansons expriment un certain vague à l’âme, la joie et les blagues déferlent entre les pages du livret. «Nous voulions jouer de ce contraste, comme un contre-pied aux chansons. Cela en dit beaucoup sur l’ambiance du groupe et sur nous personnellement. C’est une ambiance davantage fidèle à nos performances sur scène.»

Laboratoire musical
Avec «C’est encore loin la mer», l’acoustique a laissé la place aux sonorités électroniques. «Ce n’est pas un virage définitif, précise le musicien veveysan. La chanson reste la colonne vertébrale de nos compositions et nos concerts proposent des déclinaisons de nos enregistrements.»
Après avoir écumé une ribambelle de festivals dans toute la francophonie cet été – soit quelque 35 dates étalées entre la France et la Belgique, sans oublier la Suisse – les paroliers sont de retour sur les rives lémaniques, chez eux à Vevey (voir encadré), dans une formule plus théâtrale, alliant langue des signes et concert. «J’avoue que j’ai un peu le trac de jouer à <la maison>, à Vevey», glisse Émilien Colin.
Coïncidence bienvenue, une fan lucernoise nous croise dans un café veveysan lors de cet entretien. «Je l’ai découvert cet été, c’est absolument génial!» La preuve que Les Fils du Facteur sont parvenus à passer de l’autre côté du Röstigraben. Une prouesse pour des adeptes de chansons à texte.


lesfilsdufacteur.com
Sortie de l’album «C’est encore loin la mer» vendredi 18 octobre. Précommandes sur le site Internet.

La langue des signes, «un instrument en plus»

Un spectacle de chansons pour les personnes malentendantes. Si le concept peut surprendre, c’est sans compter l’expertise du collectif «10 doigts en Cavale». En première sur leurs terres romandes, Les Fils du Facteur seront traduits en direct sur les planches à Vevey. Un duo d’interprètes accompagnera les instruments sur scène. Cette date dans leur ville, c’est aussi l’occasion de présenter leur nouvel album sous un autre angle. «Cette interprétation permet d’explorer une autre facette de la langue, une autre manière de s’exprimer, poursuit l’accordéoniste du groupe avec enthousiasme. Avec ce concert, nous nous approchons davantage du théâtre, avec une autre attention sur la mise en scène de notre performance.» Une chorégraphie des corps traduisant les paroles et les sons: un spectacle autant pour les yeux que les oreilles. «Les interprètes poétisent le spectacle avec leur gestuelle. Leur présence sur scène, c’est comme un instrument en plus.»

Plus d’infos: www.lereflet.ch
Vendredi 11 octobre: Spectacle de chant signé, théâtre le Reflet, 20h.

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