Les Gitans vont partir d’Aigle plus tard que prévu

Les Gitans sont installés dans la zone industrielle d’Aigle. Ils ne prévoient pas de partir de sitôt.  | L. de Senarclens – 24 heures

Gens du voyage
Installés pour trois mois dans la zone industrielle, la centaine de gens du voyage présente a dépassé le délai de départ fixé à vendredi dernier. Un report est évoqué pour le 2 septembre.

«Nous sommes bien ici. Nous voulons rester. Ou alors trouver un autre terrain. Tu peux nous aider?», questionne Joseph*. Lui et la centaine de Gitans, leurs 23 caravanes et leur trentaine de voitures sont installés depuis le 6 mai, dans la zone industrielle, à côté de Chablais Auto-écoles et en face de l’entreprise Zwahlen & Mayr. Originaires des régions de Lille et de Strasbourg, ils ont tous des liens de famille. Celle des Demeter.

Les Demeter et amis, qui viennent tous les ans en Suisse depuis beau temps, célèbrent l’anniversaire de l’un d’eux. Carmen*, à l’abri du soleil sous l’auvent, offre spontanément un verre de thé froid. Luigi*, un petit garçon bien coiffé et élégant, demande si on ne préfère pas une… bière. Louka*, son père, propose «du chorizo et du fromage d’Espagne.» Dans les haut-parleurs, de la musique seventies. Pas trop fort.

Pas de plan B

La Municipalité d’Aigle, appuyée par le district et le Canton et l’association des betteraviers de la Plaine du Rhône loue cette parcelle à l’année et ont autorisé légalement les nomades à se sédentariser ici, pour trois mois. 

Le terrain sert habituellement plus tard dans la saison à stocker les récoltes de betteraves et fait office de quai de chargement pour le transport par train jusqu’à l’usine sucrière d’Aarberg. Il a été équipé par la ville pour y faire venir eau et électricité et des WC ont été fournis, tout comme des bennes à ordures. Des barrières ceinturent provisoirement cette aire et l’endroit est propre.

Le hic? Les Demeter ne veulent pas partir tout de suite, sauf si une solution leur est proposée ailleurs dans le Canton. «Personnellement, je n’ai pas de plan B. Ni dans des communes, encore moins chez des privés», déclare Laurent Curchod, le médiateur pour les gens du voyage dans le canton de Vaud.

Départ début septembre?

À Aigle, les hommes viennent de rentrer du travail. Joseph a repeint quatre grands volets, commande d’un client. Il fait très chaud. Ils conciliabulent assis devant les caravanes, sous des tentes ombragées. Les enfants s’arrosent et se lancent dans des petites piscines gonflables. «Tu imagines bien qu’on ne peut pas faire voyager nos enfants avec cette canicule!» lance Jason*.

Paco* l’assure: «Nous partirons le 2 septembre.» David* s’étonne. «Tu veux dire plutôt le 2 octobre». «Non c’est bien le 2 septembre, renchérit Paco. Nous allons participer à une rencontre évangélique organisée par Vie et Lumière (ndlr: la Mission évangélique des tziganes de France) dans la région de Belfort.» Et d’insister sur ce fait avéré: «Nous remplissons notre part de la convention en versant 3000 francs par semaine, à savoir 40’000 francs depuis le début.»

Sommés de partir

Sauf que ces gens du voyage français auraient dû partir vers le 5 août. La Municipalité aiglonne leur a accordé un délai jusqu’au 16. Les gitans hexagonaux eux ne comptent pas partir immédiatement. «Nous sommes prêts à payer deux semaines en avance. Et puis nous avons un autre souci. Un enfant de 1 an et demi brûlé au deuxième degré. Il doit aller tous les deux jours à l’hôpital de Rennaz pour des soins», résume Joseph, dépité. 

De son côté, la Commune et ses locataires entendent récupérer immédiatement la parcelle. «Nous avons largement fait notre part en accueillant ces gens du voyage. Maintenant, ils doivent partir, estimait le syndic Grégory Devaud vendredi dernier. Nous les avons mis en demeure. La prochaine étape sera de saisir la justice civile.»

S’ils partent le 2 septembre pour l’Est de la France, ils n’ont pas prévu de revenir en 2024 sur Vaud, ils le promettent. «Nous serons de retour au printemps», conclut Joseph.

* prénoms d’emprunt