Les maîtresses dégainent les stylos pour défendre « leur » école

Une dizaine d’institutrices ont exprimé leur attachement au «collège 1984» (à gauche) qui doit être rasé pour construire un nouveau bâtiment.  | Y. Genevay – 24heures

Jongny
Face à la destruction prévue du «collège 1984» pour laisser place à un nouveau complexe scolaire, les institutrices ont exprimé leurs inquiétudes dans un courrier adressé aux autorités. Malgré un projet qui divise, la Municipalité garde le cap.

On n’avait pas encore entendu leurs voix. Et pourtant, elles sont, avec leurs élèves, les principales concernées par ce qui se profile. Face à la démolition prévue du «collège 1984», les enseignantes de Jongny se sont fendues d’une lettre au Conseil communal mercredi dernier. 

Dans ce courrier au bas duquel figurent une dizaine de noms, elles disent vouloir témoigner de leur «attachement à l’actuel collège» et faire part de «certaines préoccupations» liées au nouveau projet. 

Pour mémoire, cette école vieille de quatre décennies doit être rasée pour laisser place à un nouveau bâtiment. Ce dernier abritera six classes, mais aussi deux salles de dégagement, une crèche, une UAPE et une salle de rythmique.

Environnement scolaire en danger?

Parmi les craintes relatives au futur complexe exprimées par ces enseignantes, on citera notamment «l’absence d’abri dans la cour» ou le «nombre important de parois vitrées dans certaines classes», ce qui pourrait selon elles poser des problèmes en termes de «confort thermique». 

C’est aussi et surtout la centralisation de plusieurs services dans un même bâtiment qu’elles redoutent. «Cette concentration entraînera un afflux massif de personnes, une circulation automobile accrue, ainsi que des horaires de fonctionnement peu compatibles, avec un risque réel de nuire à la qualité de l’environnement scolaire», écrivent-elles.

Autre souci évoqué: le «manque de places de parc, en lien avec l’augmentation du nombre d’employés présents sur le site». «Pour les enseignants de primaire, qui transportent quotidiennement du matériel pédagogique, l’absence de stationnement à proximité complique l’organisation du travail.» Et d’y voir là un possible «frein» au recrutement de personnel. 

«Pas un simple cube»

Syndique de Jongny, Nicole Pointet défend le nouveau projet. «Les enseignantes y voient une trop grande concentration de services, mais je suis sûre que certains parents seront ravis d’avoir l’école, l’UAPE et la crèche au même emplacement. Il ne s’agit pas d’un simple cube au milieu du village, mais d’un bâtiment bien agencé, qui favorisera les synergies.» 

Quant à la question du stationnement, l’édile souligne qu’à l’heure actuelle «une place de parc par enseignant, ce n’est plus une réalité». «Il y a des bus qui montent tous les quarts d’heure, et je ne pense pas qu’elles aient du matériel pédagogique à transporter chaque jour.» 

Cette lettre des institutrices arrive dans un contexte passablement chahuté pour ce projet au long cours. Alors que sa mise à l’enquête se termine demain, des critiques se font entendre déjà depuis plusieurs mois. Dans une opposition collective, des habitants du voisinage déplorent par exemple la destruction du «collège 1984» et la «construction d’un grand bloc en béton de quatre étages en plein milieu de ce qui reste du vieux bourg de Jongny».  

Le poids financier de ce futur complexe estimé à 12,5 millions de francs pourrait également préoccuper une partie de la population. Pour pouvoir l’absorber, la Commune doit en effet augmenter son plafond d’endettement de 18 à 24 millions pour cette fin de législature. Une mesure qui n’aura pas d’impact sur les impôts à court terme, assure la syndique. «Actuellement, il n’y a pas besoin de changer le taux. Mais on va certainement devoir l’augmenter, admet-elle. Reste à savoir quand et de combien.» 

Référendum prêt à partir

Ce relèvement du plafond d’endettement, ainsi que le crédit de construction du collège seront soumis au Conseil communal le 19 novembre. Et la suite du processus ne s’annonce pas sereine pour le futur collège. En cas d’acceptation par le corps délibérant, un comité référendaire se tient déjà prêt à lancer une récolte de signatures pour que la population puisse s’exprimer. Un noyau de résistance dans lequel on trouve les anciens syndics Bernard Streiff, Claude Genton, Fabienne Curchod et Claude Cherbuin.   

Malgré toutes ces bourrasques, la Municipalité tient le cap. «Nous ne changerons pas d’avis, car c’est un projet de longue date sur lequel nous avons beaucoup travaillé et qui est arrivé à maturité, dit Nicole Pointet. Cela me fait aussi mal au cœur de me dire que l’on va démolir le <collège 1984>. Pour le conserver, il y aurait beaucoup de rénovations à réaliser, au niveau énergétique et pour la mise aux normes. Je comprends qu’il y ait un attachement, mais il faut aussi savoir regarder vers l’avenir.» 

Face aux voix qui assurent que l’école quadragénaire peut être préservée et agrandie – ou qu’un autre bâtiment peut être construit à côté pour accueillir l’UAPE et la crèche – la syndique invoque deux contraintes de la parcelle: le manque de place et la déclivité du terrain. «Ces différentes options ont aussi été étudiées, mais on risquerait d’avoir des bâtiments proches les uns des autres et on perdrait également en surface verte.»