
Frôlant l’abstraction, ces photographies sont analogiques. |Peter Hauser
Récit de vie, photographie analogique, intelligence artificielle ou encore autoportraits. C’est autant par sa diversité que par la qualité des projets photographiques proposés que se distinguent les expositions «parallèles» des artistes veveysans, tous exposés pour la première fois dans le cadre de la Biennale. Des démarches singulières, qui, toutes à leur façon, explorent la thématique de la Biennale, «(dis)connected. Entre passé et futur»
«Au sein d’un festival international, il est important d’avoir un volet local, souligne la cheffe du Service de la culture Cécile Roten.
Cela met en avant la création régionale.»

Modifier le réel en y ajoutant une touche d’abstraction et de dystopie. Avec «Sympoiesis», Peter Hauser veut questionner notre lien à la nature. «Je souhaite montrer que l’être humain se sent de plus en plus déconnecté de son environnement, pointe le photographe zurichois. J’essaie, par mon travail, de connecter et reconnecter avec la nature.» Spécialiste de la photographie analogique, il manipule ses images à la main en y ajoutant de la couleur ou en jouant sur les contrastes et les échelles. «Les couleurs flashy des images sont séduisantes, mais induisent une beauté artificielle qui entre en dissonance avec la représentation. J’aime travailler avec mes mains et l’analogique me permet d’explorer la matière et ses imperfections.» Pour l’occasion, Espace Indiana se mue en chambre noire. «L’intention de l’artiste est de créer une expérience immersive», développe l’artiste chargée de la curation Marlène Grand.

Un pied à six orteils, des doigts biscornus ou des enchevêtrements de corps difformes. «Prompt is my full body» explore les méandres de l’intelligence artificielle. Des corps artificiels, générés par Marion Zivera, une personne aussi factice que ses créations. Car derrière l’identité de cette artiste – construite de toutes pièces grâce à Chat GPT – se cache le collectif ACA, formé de la photographe Alessia Olivieri, la plasticienne Charlotte Olivieri, et l’historienne de l’art Audrey Zimmerli. «Nous nous sommes prises en photo dans des positions incongrues pour ensuite demander à une IA de générer des images de corps, explique Charlotte Olivieri. Nous avions envie de détourner les stéréotypes inhérents à cette technologie.» Imprimés sur des serviettes de bain aux couleurs éclatantes et sur des bannières, ces fragments de corps monstrueux vont égrainer la pelouse et flotter sur les branches d’arbres. «Ces teintes jouent entre sentiment d’attraction et de répulsion», conclut la plasticienne

Mariage, naissance, transmission, deuil. Pour la première fois en 25 ans de carrière, Sébastien Agnetti retrace entre texte et images les événements marquants de sa vie dans «Stop and kiss again». «Je me dévoile beaucoup dans ce projet, car je pense que mon parcours fait écho, humblement, à une expérience collective», glisse le photographe. «Ce livre est aussi un travail sur la mémoire. J’ai fouillé dans mes archives pour l’élaboration de ce travail et ça m’a fait du bien de me plonger dans ces souvenirs.» S’il se met à nu, c’est pour aller à la rencontre des gens et clamer que les rapports humains, «c’est tout ce qu’il nous reste!» En plus des vitrines situées dans un passage en vieille ville, le couloir «sera recouvert d’images» pour renforcer l’expérience intime proposée dans cet espace urbain.

Elle scrute son corps et les injonctions faites aux femmes depuis plus de 20 ans. À l’étiquette d’autoportraits, elle préfère «portraits de soi», pour instiller une forme d’autofiction et de mise à distance. Après une première exposition il y a trois ans, Nora Rupp revient avec un livre, «Un corps à soi», retraçant son travail depuis ses premières planches contact jusqu’à sa toute nouvelle série inédite, à découvrir dans l’ouvrage. «Plus que la représentation du corps, j’explore ici la chair, dévoile la photographe lausannoise. Cela me permet de faire un pied de nez au vieillissement et à l’âgisme de notre société qui voue un culte à la jeunesse.» Déjouant les codes, les photographies de Nora Rupp vont s’adapter à l’espace du café-restaurant. Objectif: confronter des images domestiques dans un lieu de sociabilité. Plusieurs portraits imprimés sur des tissus vont ainsi flotter entre les différentes tables. «J’aimerais créer une sensation d’intimité et de proximité avec l’intimité de ces femmes et questionner notre imaginaire collectif par rapport au corps des femmes et de leur place dans notre société patriarcale.»
