Les rives de Perdonnet, reflets de muabilités urbaines

Vue de Vevey au XVIIe siècle, huile sur toile.  | Musée historique de Vevey

Vevey
Nommé en hommage à un bourgeois de la Ville, le quai fête cette année les 150 ans de sa construction. Le Musée historique lui consacre une exposition à visiter jusqu’au 4 octobre. L’occasion de (re)découvrir un lieu emblématique.

Vevey, les pieds dans l’eau. Avant l’avènement de la «Dolce Riviera» en 2020 – soit l’installation de decks et de parasols sur les quais à la belle saison – le lac venait lécher la terrasse de l’Hôtel des Trois Couronnes, et ce jusqu’au milieu du XIXe siècle.

«Jusqu’à cette époque, la ville de Vevey ne vit pas tournée vers le lac comme aujourd’hui», détaille la directrice du musée Fanny Abbott. «Le Léman est davantage perçu comme un lieu utilitaire, principalement pour le commerce et la pêche», complète la conservatrice ad interim Audrey Meyer.

Dès les années 1830, les autorités communales esquissent les premiers plans d’aménagement des rives. Nous sommes alors aux prémices du développement touristique. «Il faut rappeler que Genève est la première ville à s’être dotée de quais, mais Vevey a suivi de près, ce qui témoigne du dynamisme et de l’aura de cette cité, qui a longtemps été le deuxième centre urbain du canton», mentionne Fanny Abbott.

Une aide à la modernisation

Tout a commencé par une donation de 200’000 francs, en 1839, de Vincent Perdonnet (1768-1850). Une somme conséquente, qui correspond alors à la fortune annuelle de Vevey. «Vincent Perdonnet voulait embellir la ville. Il a exigé que de nombreuses améliorations soient apportées, comme la destruction des restes de remparts et de portes du Moyen Age. Il voulait également que soient installés des fontaines, des horloges et des bancs», détaille Fanny Abbott. À noter que d’autres de ses projets, comme la création d’un square sur la place du Marché, n’ont, eux, jamais vu le jour.

La ville de Vevey lui doit donc une grande partie de sa modernisation, y compris le remplacement des noms des lieux publics par des noms «plus contemporains». «Le bourg de la Villeneuve, par exemple, devient la rue du Simplon, la rue de la Croix-Blanche, celle du Centre», explique Audrey Meyer.

Malgré l’exigence de Perdonnet qu’aucun nom de personne ne soit donné aux lieux publics, le quai sera entièrement nommé en son honneur en 1942. Mais n’allez toutefois pas croire que Vincent Perdonnet est l’unique mécène de la ville. Un baron d’origine grecque, Simon Sina, fait lui aussi une donation importante en 1860, pour que soit réalisé un quai reliant Entre-deux-Ville à l’actuelle rue Clara-Haskill. Une première portion, finalisée en 1861, «qui est admirée de tous». Forte de ce succès, la Ville poursuit la construction de ses quais, grâce notamment au fond alloué par Vincent Perdonnet.

Cette réalisation se fait par étape: un deuxième tronçon permet de rejoindre la rue du Château en 1862 et un troisième la place de l’Ancien-Port en 1864. L’édification du dernier tronçon, raccordant l’ouvrage à la place du Marché, s’avère plus compliquée, en raison de la très forte pente du sol sous-lacustre, mais sera finalement terminée en 1876.

Lutte contre le lac

Une année après son achèvement, ce dernier segment s’effondre. Il faudra attendre 1934 pour qu’il soit reconstruit.

«Entre la nécessité de rassembler les fonds nécessaires, le perfectionnement des techniques de construction, puis l’éclatement de la Première Guerre mondiale, il aura fallu un certain temps pour finaliser cette promenade», relate Fanny Abbott.

Reflet d’une ville en constante évolution, «Le quai nommé Perdonnet» invite à prolonger l’expérience en se promenant au bord du lac. Une immersion dans l’histoire…

Pas toujours bien-aimé?

Emblème touristique, le quai Perdonnet a néanmoins connu son lot de détracteurs. À l’instar d’une certaine Marguerite Burnat-Provins, qui, au tournant du XXe siècle, évoquait dans la Gazette de Lausanne les «cancers» du bord du lac. Figure du Patrimoine suisse, l’écrivaine invectivait la dénaturation des rives et le diktat de la circulation. En 1910, la route est d’ailleurs élargie pour permettre une cohabitation entre voitures et piétons. À une certaine époque, le quai a d’ailleurs failli devenir une route cantonale… «Des véhicules hippomobiles aux vélos d’aujourd’hui, la mobilité a toujours été complexe, explique Fanny Abbott. Cet espace de vie continue de vivre avec les gens, ce n’est pas un lieu figé.»

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