
La concession de la télécabine de Barboleuse échoit en 2030. L’installation ne convient par ailleurs plus aux demandes des clients. | C.Dervey – 24 heures
En une semaine, pas moins de trois séances de présentation se sont succédé: nouveau Plan d’affectation d’Isenau lundi dernier aux Diablerets, diversification du tourisme sur l’axe Leysin-Les Mosses trois jours plus tard, nouvelle télécabine de Barboleuse ce lundi à Gryon pour les conseillers communaux. Le préambule à une année 2025 intense. Et l’occasion de faire le point sur ces projets phares. On commence par le dernier avec Martin Deburaux, directeur de Télé Villars-Gryon-Les Diablerets.
Rappelez-nous le pourquoi de cette nouvelle télécabine de Barboleuse.
– L’installation actuelle est vieillissante, ne répond plus aux attentes et la concession échoit en 2030. Elle date de 1989 et propose un débit de 600 personnes à l’heure. Le nouveau débit montera à 1’600, ce qui permettra d’abandonner le téléski des Fracherets. Ce dernier donnait la possibilité depuis 1968 de rejoindre l’Alpe des Chaux au sortir de la télécabine actuelle. La nouvelle offrira aussi un meilleur confort et un accès aux personnes à mobilité réduite. Autre point crucial, elle résistera mieux au vent.
Au vent ?
– Elle se situe dans un couloir à foehn. Rien que l’hiver dernier, nous avons perdu 30 journées, partielles ou totales, sur 110 jours d’exploitation à Gryon. Avec une installation telle que celle que nous prévoyons dès 2030, nous aurions fermé trois jours seulement.
Ce projet en cache un autre : le déplacement de la station de départ près de la gare.
– Oui, nous nous devons d’être connectés aux transports publics. Ce centre multimodal permettra de réunir le train, les bus et la voiture au départ de la télécabine.
Vous dites qu’elle sera « la première installation qui n’a pas été pensée d’abord pour le ski ». Qu’entendez-vous par là ?
– Nous prévoyons un arrêt intermédiaire à Frience qui permettra une meilleure accessibilité à l’Alpe des Chaux pour les résidents, les touristes de passage et ceux qui viennent profiter de la zone de loisirs de Frience. Aujourd’hui, la route, étroite, est saturée. Nous sommes arrivés à la fin d’une époque, il faut passer à la suivante. Mais comme tout projet ambitieux, il y a des inconvénients, et notamment le fait que nous allons survoler ou passer devant des chalets.
D’où la séance avec les propriétaires des Chaux organisée en novembre ?
– Nous ne cherchons à convaincre personne, juste à donner l’information la plus juste possible, en parfaite transparence, même s’il est difficile de répondre sur certains aspects avec beaucoup de précision. Le projet n’est pas établi définitivement, plusieurs études sont en cours. Il y a des inquiétudes légitimes: la hauteur des cabines, le bruit, l’impact sur la vision depuis son balcon, etc. Nous y sommes sensibles et nous ferons tout pour les minimiser.
Quel est le calendrier idéal ?
– Il n’est pas encore connu. Mais une réalisation rapide est souhaitée, notamment pour les questions liées au vent.
À combien s’élèvera l’investissement ?
– Autour des 40 millions.
Et la clé de répartition avec le Canton ?
– Nous sommes en discussion.
Au final, êtes-vous optimiste pour convaincre et concrétiser dans les délais ?
– Oui, parce que c’est un projet de bon sens, relié aux transports publics, comme le demande le Canton, répondant à la demande, techniquement prévu pour réduire au minimum les nuisances. Je pense notamment au câble de la télécabine qui limite les vibrations. Aux Marécottes (VS), où il est utilisé, on ne l’entend quasi pas.
Une première partie très théorique et une deuxième beaucoup plus concrète. Lors de la soirée d’information organisée par les Communes de Leysin et Ormont-Dessous à l’Espace nordique des Mosses jeudi soir, les autorités et acteurs touristiques de l’axe Leysin-Les Mosses ont esquissé les principales lignes de la réflexion sur la nécessaire évolution à venir des deux stations vers un tourisme dit «annuel» ou «quatre saisons». L’exercice, pensé pour informer et impliquer les habitants, est appelé à se répéter «deux ou trois fois par année», selon le syndic de Leysin Jean-Marc Udriot. Les différents orateurs de la soirée ont rappelé à tour de rôle qu’un tourisme de montagne misant exclusivement sur les sports d’hiver était voué à l’échec. «Il faut changer d’imaginaire», ont-ils martelé, à l’instar de Gretel Ginier, syndique d’Ormont-Dessous et présidente de la Communauté touristique des Alpes vaudoises (CITAV). Pour ce faire, de nombreuses idées sont dans le pipeline. Selon Jean-Marc Udriot, «le principal reste de consolider la neige». Entendez, le projet de 175 canons à neige, 109 à Leysin (s’ajoutant aux 96 existants) et 66 aux Mosses. «Leur mise à l’enquête est prévue en février», a-t-il ajouté au terme de son plaidoyer. Autre projet emblématique, le site de baignade naturelle des Mosses, en construction à l’arrière de l’Espace nordique. «Son inauguration est envisagée pour le printemps ou le début de l’été 2026», selon Diogo Dos Santos, technicien communal. Parmi les autres projets, un Masterplan de VTT Leysin-Les Mosses prévoit des pistes adaptées à tous les niveaux. Au chapitre des loisirs familiaux, un «Parc Soleil» à la Berneuse, à côté du restaurant tournant Kuklos, proposera quatre expériences ludiques aux enfants.
Le 10 février, date de la fin de la mise à l’enquête des Plans partiels d’affectation relatifs à une exploitation touristique d’Isenau (voir édition 186, 15 janvier 2025), on en saura plus sur les chances de voir se réaliser (et dans quels délais) le projet de retour d’une télécabine et d’activités sportives hiver-été sur le domaine des hauts des Diablerets. Dans l’attente, les autorités d’Ormont-Dessus ont organisé une présentation publique du projet lundi dernier aux Diablerets, confiée à Alexandre Repetti du bureau d’urbanisme qui a suivi le dossier. Pour rappel, le recours d’opposants à la première version avait été accepté par le Tribunal fédéral en 2020 et le Canton avait admis avoir commis des erreurs dans les périmètres relatifs aux bas-marais d’importance nationale. «Raison pour laquelle nous avons commandé des plans en mode cure d’amaigrissement et en accord avec Isenau 360 (ndlr: la coopérative qui, en parallèle, tente de récolter les fonds pour la nouvelle télécabine et la future exploitation du domaine)», explique le syndic Christian Reber. Exit donc, tout volet hôtelier, canons à neige, champs de panneaux solaires, damage dans certains secteurs sensibles. Et de garantir le strict respect des biotopes protégés, batraciens et autres zones de pousse du jonc raide. Alexandre Repetti a ajouté que les nouveaux plans prévoyaient de canaliser les parcours VTT sur quelques itinéraires pour éviter les zones sensibles. Sébastien Anex, qui a obtenu gain de cause au Tribunal fédéral en 2020 et était présent à la séance, s’est dit peu convaincu sur certains points, notamment le non-règlement à ce stade de la servitude concernant la route passant devant son chalet. «Je regrette encore plus de ne pas avoir été contacté par les autorités en quatre ans malgré différentes tentatives auprès de la Municipalité, d’Isenau 360 et du Canton, et pas plus tard qu’en décembre dernier», lançait-il au terme de la séance. Entre-temps, une date lui a été proposée début février. Va-t-il faire opposition? «Je ne me prononce pas en l’état. J’adorerais que tout cela puisse se résoudre hors des tribunaux.» De son côté, Pro Natura Vaud dit se laisser encore le temps de la réflexion d’ici au 10 février.
