
Les participants ont évolué dans un décor de rêve lors de la dernière étape de Coupe du monde à Villars, avec en toile de fond les Dents-du-Midi. | E. Ecoffey
Deux jours durant, Villars, soleil radieux et décor de carte postale, a accueilli l’ultime étape de la Coupe du monde de ski alpinisme, avant les finales de Tromsø en Norvège. En apothéose samedi, le relais mixte a donné lieu à un suspense à couper le souffle. Des six finalistes, l’Espagne a fait la course en tête talonnée par la Suisse avec la Neuchâteloise Marianne Fatton (29 ans) et le Fribourgeois Thomas Bussard (22 ans). Alors qu’il accusait une quinzaine de secondes de retard au pied de l’ultime montée, le Gruyérien a entamé un retour incroyable dépassant près du sommet l’Espagnol Oriol Cardona avant d’échouer en descente pour une petite seconde. «T’as tout donné bravo», lui ont lancé ses supporters. Thomas n’a euaucun regret, même si près de la victoire. «On oublie la douleur quand on se bat pour la gagne.»
À couper le souffle
Les courses ont eu lieu sur la piste abrupte de Chaux-Ronde, située en face du restaurant de Bretaye. D’une folle intensité, ce relais mixte consistait pour le duo à enchaîner à tour de rôle deux montées et deux descentes avec un passage clé, baptisé le portage, au milieu de la deuxième ascension: retirer ses skis, les porter sur le dos en courant jusqu’au sommet, puis les remettre pour le schuss final.
«Tout se joue souvent là, relève Thomas Bussard. Ces mouvements, on les répète des heures et des heures à l’entraînement, au repos et aussi en pleine intensité comme en course. Dans l’idéal, enlever les skis doit prendre six secondes max et 15 pour les remettre.» À l’arrivée, après deux relais, plusieurs concurrents sont restés de longues minutes couchés dans la neige au bord de l’asphyxie, illustrant la violence de l’effort.
Duo improvisé
Médaillée d’or en sprint lors des récents Mondiaux de Morgins, Marianne Fatton y avait aussi décroché le bronze du relais mixte avec son coéquipier de l’hiver Robin Bussard – le frère de Thomas. À Villars, Robin ayant renoncé après le sprint, le nouveau duo a parfaitement fonctionné. «De toute façon, je m’entends très bien avec les deux frangins», rigolait-elle à l’arrivée. Les jumeaux d’Albeuve figurent dans l’élite mondiale. «On fait tout pareil dans la vie», sourit Thomas.
Le ski alpinisme, signe de reconnaissance, fera son entrée l’an prochain au programme des JO à Cortina. «Et en termes de visibilité, on en perçoit déjà les frémissements, se réjouit Marianne Fatton. Cet hiver, nos courses sont retransmises pour la première fois en direct sur Eurosport ou YouTube.» Forte d’un palmarès hors norme, la Neuchâteloise, à moins d’un gros pépin, y disputera le sprint et le relais. Un rêve de petite fille qui deviendrait réalité. «Anna, ma maman d’origine tchèque a participé à ceux d’Albertville en 1992 en ski de fond et elle nous en a souvent parlé à mes frères et moi. Nos parents se sont rencontrés lors d’Universiades skis aux pieds.»
Samedi, à l’arrivée, Sergei Aschwanden, directeur de Porte des Alpes, affichait une belle satisfaction après deux jours couronnés de succès. «Que demander de plus avec un temps pareil? À Villars, et c’est très important pour l’image de la station, nous misons sur des sports émergeants où on se reconnecte à la nature comme l’escalade et le ski alpinisme bien sûr. Dans cette discipline, nous organisons des Coupes du monde depuis une dizaine d’années et nous sommes candidats à l’organisation des Mondiaux de 2027 ou 2029.»
