
L’Aiglonne Noémi Knobel a passé ses deux semaines de vacances à travers l’Europe en totale déconnexion. Une expérience enrichissante et un joli cadeau fait à son fils Hugo, 5 ans. | C. Dervey – 24 heures
Noémi Knobel a offert deux semaines de vacances à son smartphone et à son laptop. Ceux-ci sont restés à la maison pendant qu’elle et son fils prenaient le train pour Amsterdam, Anvers et Düsseldorf durant la deuxième moitié de juillet. Dans leur sac, aucun appareil connecté. Juste un vieil appareil photo, un dictaphone, un carnet de voyage et des bouquins.
«Je suis même partie sans montre», ajoute l’experte en éducation numérique qui a voulu tester la déconnexion la plus complète pour «goûter au plaisir de se retrouver simplement avec elle-même».
Quitte à ne pas savoir quelle heure il est en se réveillant ou en se baladant. «C’est aussi déstabilisant que jouissif, lance-t-elle. Le lâcher-prise, j’ai adoré. Mais j’ai quand même fini par m’acheter une montre après quatre jours. Demander l’heure, au bout d’un moment, c’est usant.»
L’épisode illustre bien une expérience qui s’est avérée enrichissante, mais avec son lot de contraintes. Sous une forme encore à convenir, la Chablaisienne entend la partager avec le plus grand nombre sur les réseaux sociaux ces prochaines semaines en se basant sur ses notes et enregistrements. «Si je peux inciter ne serait-ce qu’une seule personne à la tenter, j’en serais heureuse.» C’est d’ores et déjà le cas (voir encadré).
Le bonheur d’être inatteignable
Au rang des avantages, elle n’a aucun doute sur celui qui occupe la première place: «Pas de réseaux sociaux, WhatsApp compris! C’est ce qui me prend le plus de temps habituellement. Quel bonheur d’être inatteignable!»
L’Aiglonne considère par ailleurs que l’on met trop de pression aux entrepreneurs avec la prétendue nécessité d’être les plus visibles sur Facebook, Instagram et autres LinkedIn. «J’adore partager du contenu privé ou professionnel, qu’on soit clair, je ne diabolise pas. Mais je trouve dommage que les réseaux sociaux prennent autant de place dans nos vies. Je veux trouver d’autres stratégies. Et tant pis pour ceux qui me disent que je suis un peu folle.»
Certains commentaires lors des préparatifs ne l’ont toutefois pas laissée indifférente. «Mais s’il t’arrive un truc, toi qui es épileptique? Et avec Hugo, tu n’as pas peur? Etc. Tout ça m’a fâchée. J’ai réussi à en faire abstraction, même si j’ai quand même fini par promettre à ma mère de trouver une cabine pour lui donner des nouvelles, ce qui n’a pas été sans mal. Il n’y en a quasi plus!»
Au gré des rencontres, le voyage déconnecté des Knobel a été dans l’ensemble bien accueilli: «Quand tu dis aux gens que tu voyages non connectée, ils trouvent régulièrement ça génial ou disent qu’ils ne pourraient pas. J’en ai vu certains ranger leur téléphone, la mine un peu coupable. Et puis il y en a quelques-uns qui vous prennent pour une extraterrestre.»
Sans la tentation du téléphone, Noémi Knobel a également vu s’enrichir sa relation avec son fils, quand bien même ses dessins animés lui ont manqué jusqu’au bout. «Heureusement, il adore le foot et il a le contact facile. Il a pu taper dans le ballon partout où on est passés. J’ai vraiment eu l’impression de lui faire un cadeau avec ce voyage.»
Une part de renoncement
Elle l’avoue toutefois: «J’aurais parfois voulu avoir mon téléphone.» Notamment lorsqu’elle a perdu son carnet de voyages avec les adresses et codes d’accès aux logements réservés. «Là, j’ai eu une petite montée de panique. Heureusement, je me connais et je les avais notés ailleurs. En cas d’urgence, j’aurais pu me rendre dans un cybercafé, mais cela aurait marqué la fin de l’expérience.»
Noémi Knobel aurait aussi souhaité pouvoir parfois mieux préparer ses journées. «Je misais sur les Offices du tourisme, mais ils ne se sont pas toujours révélés à la hauteur. On a probablement loupé plein de trucs, notamment pour Hugo. Il faut vivre avec… Tu marches aussi beaucoup plus quand tu dois demander aux gens et que tu suis un itinéraire approximatif.» Tant pis également pour le tour à vélo à Düsseldorf. «Il fallait obligatoirement un smartphone pour lire le QR code.»
Au final, Noémi Knobel se dit fière d’une expérience «qui demande une forme de courage et qui m’a fait beaucoup du bien». Mais deux semaines de déconnexion ne l’ont pas rendue pour autant prête à renoncer à son smartphone. «Pour dire à quel point on se rend dépendant de cet appareil, j’ai eu à plusieurs reprises la conviction, les premiers jours du voyage, que mon téléphone vibrait dans mon sac…»

J’ai souvent été tenté, sans oser faire le pas. Par peur de quoi, je ne sais pas. On en trouve tellement de ces excuses pour ne pas se séparer de son téléphone. Savoir que Noémi Knobel partait deux semaines sans smartphone m’a décidé. D’autant que ma quinzaine coïncidait avec la sienne. Forcément, j’y ai vu un signe. Avouons en préambule que mon expérience est moins aboutie que la sienne: ma chère épouse et mes filles étaient tout ce qu’il y a de plus connecté. Pas de souci à se faire pour trouver une info, mais je leur ai laissé le «sale» boulot. Quel bonheur de s’épargner la tentation des réseaux sociaux! Pas de posts qui défilent, de messages inutiles, de sollicitations incongrues. Juste l’indispensable: mon livre. Et tant pis pour les JO et le mercato. Rien ne m’a manqué cela dit et j’ai lu en dix jours ce qui m’aurait pris trois mois en temps normal. J’ai pris un immense plaisir à demander ma route à l’indigène ou le chemin de la boulangerie au cafetier du coin. Je me suis même senti fier au moment d’entendre: «Vous voyagez sans téléphone? Oh comme vous faites bien!» Je ne le lui fais pas dire.
