
Les participants, venus des quatre coins du monde, suivent non seulement des entraînements physiques quotidiens, avec kung-fu et boxe, mais également spirituels et culturels, comprenant méditation, tai chi et cours de mandarin. | L. Menétrey
Malgré son jeune âge, il a le regard perçant d’un moine guerrier. Lorsque Sacha Wenk effectue des enchaînements ou quand il corrige l’un de ses élèves, il a ces «kung-fu eyes», comme il les appelle. Ceux de la concentration parfaite, forgés par des années de discipline. Impassibles, mais pénétrants, pour mieux intimider son adversaire.
En cette matinée de juin, une trentaine de jeunes enchaînent, en rythme, des mouvements de kung-fu Shaolin dans la forêt à Champéry. Certains vêtus d’une «kesa» traditionnelle, d’autre de pantalons gris et de guêtres enroulés d’un élastique noir. Pratiquer cet art martial chinois dans un décor alpin helvétique a de quoi surprendre. En témoignent les regards interloqués des coureurs et des promeneurs.
Des États-Unis, du Royaume-Uni, ou encore d’Italie: tous ont rejoint Champéry ce dimanche pour suivre ce camp d’entraînement intensif, organisé pour la deuxième année consécutive. Parmi eux, Ruben Brizuela a traversé l’Atlantique depuis New York pour retrouver celui qui a été son camarade d’entraînement en Chine.
Électricien de profession, il a côtoyé Sacha dans une école de kung-fu il y a sept ans. Alors élèves côte à côte, il retrouve aujourd’hui son ancien compagnon devenu enseignant. «Je suis très impressionné et inspiré par son parcours. Sa manière d’enseigner me plaît», confie-t-il avec enthousiasme.
Pousser le corps, forger l’esprit
Après une heure d’enchaînements de mouvements répétitifs sous la canopée de résineux, les groupes se succèdent sous l’œil vigilant du maître. Leurs mouvements s’exécutent avec la précision que l’on peut attendre d’élèves amateurs. Mais la fatigue commence à se faire ressentir. Leurs corps, mis à rude épreuve depuis quatre jours, accusent le coup. Et c’est exactement ce qu’ils sont venus chercher ici: le dépassement de soi.
L’entraînement terminé, les élèves ne sont pas au bout de leur peine. Ils doivent rejoindre au pas de course leur lieu de séjour, l’auberge La Nouvelle Alpina, quatre kilomètres plus loin.
Un art ancestral devenu une vocation
Art martial chinois millénaire, le kung-fu Shaolin est né au célèbre monastère éponyme. Cette discipline, qui servait de moyen de défense pour les moines bouddhistes, s’est popularisée en Occident, entre autres avec les films et les acteurs, Bruce Lee en tête. Autrefois réservée aux autochtones, les étrangers sont aujourd’hui acceptés dans une majorité des écoles chinoises. Sacha, lui, découvre cet univers dès l’enfance quand il emménage en Chine avec sa famille. Né d’une mère valaisanne et d’un père allemand, il grandit entre plusieurs pays, au rythme des mutations professionnelles paternelles. De 5 à 10 ans, il vit à Shanghai, apprend la langue, et prend des cours de kung-fu dans une école de quartier.
De retour en Europe, l’école lui est pénible. Alors à 17 ans, il s’envole pour la Chine, avec un unique souhait en tête: devenir disciple Shaolin. «Cette pratique m’apporte une stabilité dans ma vie et m’aide à mieux me connaître», explique-t-il. Après plusieurs années, il accède au titre très sélectif et convoité de disciple.
Rigueur et spiritualité
Aujourd’hui, à 25 ans, il dirige sa propre école avec son maître. Grâce à sa notoriété sur les réseaux sociaux – 4 millions d’abonnés – le jeune homme, connu sous le pseudo de Sachka, ne manque pas de clients. À tel point que toute sa famille est désormais impliquée.
En Chine, son quotidien est d’une rigueur monastique: réveil à 5h du matin, huit heures d’entraînement par jour entre kung-fu, boxe, méditation, tai chi, qi gong. «Se lever tous les jours pour faire la même chose, répéter le même mouvement pendant des heures, voire des années, ça demande beaucoup de courage et d’efforts, souligne-t-il. Mais c’est justement ce que j’aime, c’est une belle récompense en fin de journée!» Il précise encore que le mot kung-fu signifie travail acharné sur une longue période.
Sacha Wenk insiste notamment sur le rôle essentiel de la relation entre le maître, «Shifu», et son disciple. «À l’entraînement, c’est un professeur. En dehors, c’est comme un père. Même un père spirituel.»
Jusqu’à la fin du mois, Sacha Wenk enseigne en terres valaisannes avant de revenir en octobre pour de nouveaux stages. «Un jour, qui sait, j’ouvrirai une école de kung-fu en Valais!», conclut-il, le sourire aux lèvres.
