
| L. Menétrey et K. Di Matteo
Entré à la Municipalité en 1990, Pierre-Alain Karlen met un point final à son parcours politique. Il cèdera sa place à Pierre-Alain Favrod dès le 1er juillet. | L. Menétrey
Après 24 ans à la syndicature et 36 à la Municipalité, Pierre-Alain Karlen tire le bilan de son engagement. L’édile UDC a dynamisé le développement économique et démographique de la commune, transformant durablement son visage. «Le shérif de Noville» passe le témoin à Pierre-Alain Favrod.
Intègre, cet ancien doyen des écoles de Villeneuve n’a jamais mâché ses mots. Réputé pour son verbe acéré, le septuagénaire, notamment co-président de l’agglomération Rivelac, assume un franc-parler qui a marqué les esprits.
Après huit législatures à la Municipalité, comment vous sentez-vous à l’approche de la fin de votre mandat politique?
– Il reste encore beaucoup à faire, mais je pars avec le sentiment du devoir accompli. On a toujours été des « pousseurs de dossiers » : on dit ce qu’on veut faire et on fait ce qu’on a dit ! ! Quand je me suis installé ici en 1984, j’ai été très bien accueilli, mes enfants y ont grandi, et j’ai voulu rendre ce que j’avais reçu. J’éprouve aujourd’hui beaucoup de reconnaissance, d’autant plus que j’ai reçu de nombreux remerciements de mes concitoyens.
Vous avez tout de même hésité à rempiler…
– Oui, j’y ai longuement réfléchi… Mais pour la première fois, j’ai senti le poids des années. J’ai écouté la voix de la raison et de la sagesse. Ça n’aurait servi à rien de prolonger, ça aurait même été le mandat de trop. Aujourd’hui, il y a des forces vives prêtes à prendre la relève.
Un aussi long mandat à la tête d’une Commune n’est pas courant. Vous faites figure d’exception.– En effet, avec 36 ans à l’Exécutif, j’ai probablement le mandat le plus long du canton et je fais le pari qu’on n’en verra plus beaucoup de semblable. Pourquoi? Je pense que les mentalités ont changé. Les gens ne sont plus prêts à s’investir aussi durablement à l’ère de l’immédiat, de l’éphémère et du superficiel.
Vous avez accédé à la syndicature il y a quelque 24 ans. Quels ont été vos dossiers phares?
Je suis arrivé à un moment charnière pour la Commune de Noville, avec le développement exceptionnel du secteur des Fourches (ndlr: une zone commerciale). Sans être présomptueux, je dirais que j’ai été là pour faire entrer Noville dans le troisième millénaire. Le nombre d’habitants a doublé depuis. Ensuite, il y a aussi eu des chantiers importants, comme par exemple la route H144, inaugurée en 2012.
À l’heure de remettre les clés, avez-vous un quelconque regret?
– Le seul, c’est de ne pas avoir réussi à sauver notre bureau de poste. C’est mon plus grand échec politique. Sinon, je n’ai pas de regrets, j’ai toujours été droit dans mes bottes.
Vos propos tranchants vous ont valu le titre médiatique de «shérif de Noville». Vous n’avez jamais caché votre mésestime des écologistes ou encore des gitans. Vous assumez encore aujourd’hui?
– Je suis quelqu’un d’entier. Peut-être trop pour certains… Mon passé militaire (lieutenant-colonel) m’a forgé un caractère de décideur. Mais j’assume pleinement mes positions.
Quels projets seront déterminants pour Noville ces prochaines années?
– La zone des Saviez qui se transformera en pôle PME et logements (plus de 500 emplois/habitants), et bien sûr, la troisième correction du Rhône. La commune a déjà payé un lourd tribut à l’écologie puisque 600 des 1’000 hectares du territoire sont pris aujourd’hui par la réserve des Grangettes. Pour ce projet du delta du Rhône, nous avons misé sur la nécessité de sécurisation des berges en cas de crue, plutôt que pour des raisons écologiques. Et ça, les gens l’ont bien compris. Nous avons eu beaucoup moins d’oppositions que prévu.
Quel regard portez-vous sur la nouvelle Municipalité?
– Je ne doute pas que mon successeur, Pierre-Alain Favrod, fera du très bon travail. Nous avons été 20 ans ensemble à l’Exécutif, il connaît les rouages et incarne le bon sens terrien. Mais de manière globale, je reste aussi un peu sceptique. Certains futurs municipaux ont déjà fait de la baisse des impôts leur priorité, sans mesurer ce que cela implique, surtout avec des projets comme la STEP régionale de 500 millions de francs, dont 25 millions pour les Communes du Haut-Lac.
Et bientôt, place à la suite. Que prévoyez-vous une fois votre mandat terminé?
– Je vais enfin prendre des vacances avec ma femme qui a fait preuve de beaucoup de patience et d’abnégation, ainsi que m’occuper de mes deux petits-fils.
Christine Chevalley va profiter de sa retraite politique pour voyager et remettre la main à l’ouvrage, entre couture, tricot et broderie. | K. Di Matteo
Après 32 ans de Municipalité, dont 20 comme syndique, Christine Chevalley se réjouit de sa «jubilación». «C’est comme ça que les Espagnols traduisent le mot <retraite>, je trouve ça très joli!» À 71 ans, l’édile hyperactive ressent le besoin de respirer. «On n’en a jamais marre, mais c’est juste que c’est le moment.» L’enseignante de profession se souvient avec émotion de ses débuts, lorsqu’on lui avait demandé de prendre la présidence de la garderie, alors qu’elle était jeune maman de ses trois enfants. Puis, de fil en aiguille, d’entrer au Conseil communal, d’en prendre la présidence, de siéger à la commission de gestion. Et enfin, tant qu’à faire, de viser la Municipalité.
«Claudine Nicollier (ndlr: sa prédécesseuse syndique) m’avait gentiment baratinée en disant que ce n’était qu’une séance le lundi… Mais la vérité, c’est que je m’étais prise au jeu.» 32 ans plus tard, elle mesure le chemin parcouru. «Par exemple, quand j’avais demandé à ma secrétaire municipale si je pouvais avoir un ordinateur, ne serait-ce que pour consulter mes mails, elle m’avait répondu: <Pour quoi faire?>. Elle avait l’habitude de s’occuper de tout. C’était une autre époque.» Et Christine Chevalley a su s’adapter. Pour preuve quand on lui demande d’aller faire une photo dans son bureau: «Quel bureau? rigole-t-elle. Je n’y vais presque jamais, je fais tout avec ça», lance-t-elle en désignant son téléphone.
«Servir et disparaître»
Dès qu’elle évoque sa «magnifique commune» – «celle du Château de Chillon et des Rochers-de-Naye!», Christine Chevalley n’est pas peu fière d’avoir contribué à la rendre plus belle encore. Le projet de quartier intergénérationnel autour de la Maison de Commune, avec son parc de jeux, son centre pour aînés, sa crèche et le «They d’union», un espace d’accueil intergénérationnel avec un programme d’animations (lire en page 5), reste sa plus grande fierté.
Avec la retraite politique, nombre de mandats tomberont de facto. «Je garderai simplement la présidence des Amis de l’Hôpital Riviera-Chablais, qui organise des visites des services 3-4 fois par an, et, jusqu’en novembre, la présidence de la commission <bourgs et villages> à l’Union des communes vaudoises.»
Pour le reste, elle part tranquille, heureuse de passer à autre chose et sans traîner dans les pattes. «Servir et disparaître, comme on dit. Ce qui ne va pas être simple, c’est de me séparer du personnel.» Heureusement, «l’après» est réjouissant: un «très beau voyage» début 2027, plus de temps pour ses six petits-enfants, de même que pour sa marotte d’ancienne enseignante en activités créatrices. «Le découpage, le tricot, la couture, la broderie. J’ai même le projet, avec une amie, de confectionner mon costume pour prendre part au Carnaval de Venise en février 2028!»
Jean-Marc Udriot a planifié de belles choses dès le 1er juillet, et notamment de jouer davantage au golf. | K. Di Matteo
En 2002, Jean-Marc Udriot débarquait à la Municipalité de Leysin sous la direction de l’emblématique syndic Pierre‑Alain Lombardi. «Le patron», comme le surnomme celui qui allait lui succéder en 2006. Un patron, Jean-Marc Udriot l’a toujours été, d’abord le sien, notamment en tant qu’hôtelier, puis en politique. «Par contre, je déteste qu’on dise qu’il faut diriger une Commune comme une entreprise.»
Le ténor PLR reste tout de même considéré comme un homme à poigne, à l’engagement total, qui n’hésite pas à faire des choix. «Comme celui que j’ai fait à 42 ans entre continuer ma carrière militaire ou me lancer à la syndicature.» Mais aujourd’hui, le député – qui le restera – lève graduellement le pied. «Quand j’ai pris ma décision de ne pas me représenter, je me suis mis une pression de fou pour finir des projets importants, mais j’ai dû me faire une raison. Cela fait plus d’une année que j’intègre des municipaux à certains dossiers pour en assurer une continuité en douceur.»
Aujourd’hui, Jean-Marc Udriot se réjouit enfin, et en premier lieu du nom de sa successeur: «Laurence Habegger sera la première syndique de Leysin, j’espérais que ce soit une femme.» Il le sait, la chose politique lui manquera, tant il n’a pas vu passer ces 25 années de Municipalité, dont 20 comme syndic! «Je remercie Leysin. Ces années ont été une vraie formation et une magnifique expérience humaine, j’ai rencontré des gens extraordinaires et vécu des choses incroyables.»
À 62 ans, il tournera la clé de son bureau une dernière fois le 30 juin à minuit sans se retourner, sans jamais être tenté de s’immiscer dans le travail du collège municipal. «Je veux prendre du temps pour moi, la famille, les voyages, nos chiens, nos abeilles. J’ai commencé à faire du golf avec mon épouse, ce qui donne aussi l’occasion de voyager.» Il ira sentir l’air du large, oui, mais il restera un observateur attentif à Leysin. «Et si je peux aider, je le ferai, du moment que cela ne m’empêche plus de dormir la nuit, comme t’y contraint parfois une syndicature…»
