Lili, la «Mamie en or» des Alpes vaudoises depuis 26 hivers

Après 26 ans aux caisses, «Lili» Liechti est bien plus que la doyenne de TVGD, c’est «Mamie», «Notre petit trésor».  | O. Meylan – 24 heures

Alpes vaudoises
Voilà un quart de siècle que la Veveysanne Liliane Liechti, 79 ans, officie aux caisses des remontées mécaniques. S’y ajoutent 23 étés à celles de la piscine de Vevey-Corseaux Plage. Rencontre.

Sur la veste «TVGD», le badge affiche simplement «Lili». Un petit nom qui fleure bon la tendresse et la routine au sein de la maison Télé Villars-Gryon-Les Diablerets. «Une grande et belle famille», ajoute-t-elle.
Liliane Liechti, 80 ans en octobre prochain, est bien plus que la doyenne de la société. Voilà 26 ans que, chaque hiver, elle distribue des sourires et des cartes journalières aux skieurs aux caisses de Villars, Barboleuse, Fracherets (Gryon) et, désormais, des Diablerets.
«Lili, c’est ma petite mamie (ndlr: son surnom), lance affectueusement Fabienne Daven, sa collègue du jour aux caisses de la télécabine «Diablerets Express». On aime bien la chahuter, gentiment. Et la gâter.» Sur l’étagère, derrière le pique-nique du jour de Liliane (deux sandwichs et la traditionnelle mandarine en quartiers), une bouteille de mousseux et du chocolat constituent les deux dernières attentions en date. «Un petit trésor!», «Modeste», «Elle ne se plaint jamais», «Attentionnée», «Elle demande à bosser tous les jours à 100%»: quel que soit l’interlocuteur, les éloges sont sans fin.

Deux diplômes
Liliane n’est d’ailleurs pas peu fière du «diplôme» qu’elle a reçu l’an dernier pour son quart de siècle de fidélité. Le sésame s’affiche bien en vue sur le mur de sa salle à manger de Vevey.
Juste en dessous, dans un registre plus estival, un «certificat de reconnaissance» daté de décembre 2023 atteste des 23 ans passés à accueillir les nageurs de Vevey-Corseaux Plage, à cinq minutes de chez elle. «Mais l’année dernière, on m’a laissé entendre que j’étais trop âgée, glisse-t-elle avec une petite moue. Ça me fait quand même plaisir quand des skieurs me disent se rappeler m’avoir vue à la piscine.»
Fait cocasse, Liliane Liechti n’a jamais skié ou nagé! Son truc, c’était la marche en montagne («surtout quand j’avais le chien») et le tennis aux Paccots, où elle a un chalet, et à La Tour-de-Peilz. Toujours avec Martha, son amie de toujours et colocataire à Vevey. «Cela fait 32 ans qu’on y est.»

De Bienne à Vevey
Dans son box des Diablerets, les sollicitations s’enchaînent. Le temps de répondre au téléphone au sujet de la piste de luge («elle cartonne, celle-là!»), la voilà déjà qui explique en parfait suisse-allemand les différents tarifs à un client. «Mon mari était un Liechti d’<Aargau>», lance-t-elle. Plus encore, elle est native de Bienne.
Ce n’est qu’à l’orée des années septante que le couple et ses deux enfants déménagent sur l’arc lémanique. Son fils Christian a neuf mois à l’époque, soit deux ans de moins que Jocelyne, l’aînée dont le portrait est au mur et qui s’en est allée beaucoup trop tôt…
Dans les bâtiments de Pully et de Lausanne, Lili est concierge. Grâce à Martha, elle se fait engager à la confiserie lausannoise Wuthrich, rue Juste-Olivier, à deux pas de chez elle. Sa nouvelle amie y travaille. Le divorce de Lili acté, et une expérience plus tard à Berne, voici les deux femmes qui posent leurs valises à Vevey en 1999.
La piscine à cinq minutes, on comprend aisément. Mais qu’est-ce qui motive Lili, retraitée depuis une quinzaine d’années, à quitter la Riviera de nuit, en voiture, tous les matins ou presque à 6h15, pour rallier Les Diablerets? «J’aime bouger, voir du monde. De toute façon, avec l’âge, je me réveille vers 5h! Et puis quand j’arrive là-haut, je commence par mon café à L’Ormonan.»
Liliane dit aussi aimer la voiture, elle qui a passé son permis de taxi dans sa jeunesse. «Et ma foi, certains dimanches de bouchons, il faut être patiente.» Dernier argument: «Avec l’AVS qu’on a, il y a un facteur économique.»
Autant de bonnes raisons qui la motivent à avaler les kilomètres et satisfaire des clients aux humeurs parfois variables et aux réclamations plus ou moins justifiées. «Je sais rester calme, même si une fois, avec un client, c’était devenu impossible. J’ai carrément descendu le rideau!» Elle ajoute un accrochage plus VIP: «À Villars, j’avais eu fort à faire avec l’humoriste Michel Leeb…»
Au fil de la discussion, une forme de lassitude finit par affleurer. Comme un doute. D’où la question incontournable: reverra-t-on Lili l’hiver prochain à la caisse des Diablerets? Un sourire énigmatique pointe: «Je ne sais pas, on verra.»