
| G. Baron
Tout champion de ski rêve de se hisser un jour en Coupe du monde, de tutoyer les meilleurs sous le feu des projecteurs. Gaël Zulauf (24 ans), le descendeur de Château-d’Œx, y était presque. Avant l’ultime course de Kvitfjell en Norvège, il occupait le 4e rang de la discipline en Coupe d’Europe, les trois premiers étant automatiquement qualifiés pour l’échelon supérieur la saison suivante.
Le 3e étant blessé, il lui aurait suffi de grappiller quelques points. La veille, au téléphone, Gaël nous avait fait part de ses espoirs si près de toucher au Graal, et nous avait promis de nous reparler après la course. Et puis dimanche, par écrit, vers 13h, nous est parvenu ce message, témoignant d’un immense désarroi. «La course a été annulée, donc pas de place pour moi en Coupe du monde la saison prochaine. Désolé, mais je ne suis pas en état de vous répondre. Je m’excuse.»
La Coupe du monde, Gaël Zulauf en avait eu un avant-goût en disputant quatre descentes cet hiver. Deux à Kvitfjell, méchant clin d’œil du destin, une à Bormio et celle de Crans-Montana, ou malgré une décevante 44e place, il avait apprécié l’ambiance, le nombreux public, dont une cinquantaine de membres de son fan club. Il espérait revivre ça l’hiver prochain. «Comme je n’avais obtenu mon ticket pour cette course que la veille, mes amis s’étaient débrouillés au dernier moment pour venir», nous avait-il raconté. Plusieurs entreprises de la région le soutiennent d’ailleurs financièrement.
Malgré cette fin si frustrante, Gaël Zulauf a signé la plus belle saison de sa carrière, en décrochant en descente ses quatre premiers podiums de Coupe d’Europe. Le sésame pour la Coupe du monde aurait récompensé «le travail effectué tout au long de l’hiver». Un bilan d’autant plus remarquable que deux graves blessures, à la cheville et au talon, l’avaient quasiment privé de compétition la saison précédente. Or, loin de briser son élan, ce coup du sort avait servi de déclic. «Remotivé, j’ai couru plus à l’instinct, alors que je réfléchissais trop auparavant.»
Rejoindre les cadors
On le sait, les Suisses n’ont jamais autant dominé le Cirque blanc, comme s’ils étaient seuls au monde. Cette équipe fait rêver et Gaël s’y voyait déjà. Or, il devra rempiler une saison supplémentaire dans l’anonymat de la Coupe d’Europe. «Dans cette catégorie, il n’y a pas de TV, très peu de public, alors que le niveau est pourtant très élevé. La preuve? Franjo von Allmen et Alexis Monney, mes ex-coéquipiers, ont explosé et sont désormais en Coupe du monde.»
Le Châtelois, avec qui il a tout partagé depuis l’enfance, a triomphé fin décembre en descente à Bormio avant de confirmer tout au long de la saison. «Alexis m’a épaté par sa régularité. C’est un gars très agréable à vivre, calme, sympa, avec qui je partageais d’ailleurs la chambre lors de sa victoire de Bormio», relève le Damounais. Il a aussi été bluffé par l’avènement de Franjo von Allmen, récent champion du monde de descente à Saalbach, en Autriche. «Son talent, on le connaissait, mais il a joué la victoire dans toutes les courses qu’il a disputées.» Monney et von Allmen, et ce n’est pas un mince exploit, ont réussi à rendre le roi Odermatt plus humain.
Au-delà du ski
Après avoir démarré sa carrière en Géant, Gaël Zulauf s’est définitivement tourné vers les épreuves de vitesse, la descente en particulier. «J’aime les sauts, les mouvements de terrain, ces pistes toutes différentes les unes des autres», confie-t-il.
Au Pays-d’Enhaut, il a appris à skier sur les pistes de La Braye, aujourd’hui fermées, ce qui forcément lui fait «mal au cœur». Ses deux sœurs Emma l’aînée et Lili la cadette, ont, elles aussi, voulu percer dans le ski, avant de renoncer aux sélections impitoyables. Professeur de ski à ses heures, Jacques le papa possède une exploitation agricole et Gaël lui donne un coup de main entre avril et septembre. Une fois les skis rangés, il a d’ailleurs déjà décidé de reprendre le domaine.
Amoureux de la nature, mordu de VTT et de peau de phoque, Gaël Zulauf repartira donc l’hiver prochain dans l’antichambre de la Coupe du monde, mais toujours avec l’espoir de rejoindre son pote Alexis sur les cimes du ski mondial.
