L’Orchestre de la Mer Baltique électrise le répertoire classique

Au premier plan, le chef d’orchestre Kristjan Järvi (à gauche) donne le rythme au tambour chamanique à la chanteuse Malvi, à la Salle du Pierrier. | C. Michel

Clarens
Le Septembre Musical proposait ce samedi un concert d’un nouveau genre à la Salle omnisports du Pierrier. Le groupe Nordic Pulse avec son orchestre Baltic Sea Philharmonic a décontenancé son public. Reportage.

Pour sa 78e édition placée sous le signe de l’expérimentation et du renouveau, le Festival Septembre Musical annonçait «une apothéose des sens», en accueillant les nord-européens du groupe Nordic Pulse. Alors que le Centre de Congrès est toujours en travaux, le rendez-vous musical se déplaçait ce samedi dans la Salle omnisports du Pierrier, à Clarens. Pour l’occasion, les organisateurs proposaient un «lifting» de la musique classique. Un pari relevé haut la main.
Dès sa configuration, le concert se joue en effet des codes traditionnels. Tous les instruments sont ceux d’un orchestre symphonique standard (chanteurs à part), mais les musiciens jouent par cœur des pièces qu’ils ont eux-mêmes composées. Plus surprenant, ils se promènent sur scène à leur guise et vêtus d’habits de sport ou à paillettes. La musique est plus atmosphérique que mélodique. S’enchaînent d’envoûtants motifs, qui n’ont rien à envier aux compositions du célèbre Hans Zimmer.
Puis, entre deux ambiances aux sonorités classiques, des nappes sonores électro résonnent, emmenées par des chants et sonorités nordiques. Le concert se mue en «rave-party» (ndlr: événement dansant organisé dans un lieu inhabituel) et le public découvre abasourdi des «bangers» (ndlr: morceau de musique dynamique) tout droit sortis du Valhalla. «Mon cerveau a du mal à ranger dans une case ce qui vient de se passer», lâche une jeune spectatrice au terme d’une performance assez déroutante.

Hommage à Freddie Mercury
En plus de faire référence à plusieurs compositeurs classiques, le concert se présentait aussi comme un hommage à l’emblématique chanteur de Queen, deux jours après ce qui aurait été son 78e anniversaire. Il ne fallait toutefois pas s’attendre à redécouvrir son répertoire: ce n’est qu’après un premier «bis» que le chanteur a été très brièvement ressuscité. D’abord par une très enthousiasmante reprise orchestrale de «Another one bites the dust», puis de «We will rock you», rythmée au tambour chamanique.
Théâtre de l’expérience sensorielle, la Salle du Pierrier comble n’aura guère contribué à immerger le spectateur dans l’événement. La configuration a semblé par moments inadaptée, notamment à la dimension visuelle du spectacle et ses superbes projections lumineuses. Une faiblesse contextuelle compensée par un chef d’orchestre truculent, qui pendant 1h30 n’a eu de cesse d’aller (parfois littéralement) chercher les spectateurs, vissés dans leurs transats pour les plus chanceux, ou installés dans les gradins pour les autres.

«C’est un grand malade»
Sur scène, on ne sait pas si le chef d’orchestre Kristjan Järvi bat la mesure ou s’il danse, sûrement les deux en même temps. L’infatigable maestro estonien-américain dirige le groupe, chante, et promène même son micro dans les gradins pour tenter d’extraire quelques notes au public. «C’est un grand malade», lance admiratif un spectateur.
La veille du concert, Kristjan Järvi revenait sur son rapport à la «grande musique». «Jeune, je n’appréciais pas aller écouter des concerts de classique. J’y trouvais une musique jouée de manière intellectuelle, de telle sorte à ce que je ne comprenais pas intuitivement ce qu’il se passait.» Le musicien ne dédaigne pas pour autant la longue tradition de cet art, l’ayant même longuement étudiée et s’y consacrant encore avec l’ensemble du Baltic Sea Philharmonic.
Seulement voilà, «les classiques ne doivent pas être retenus prisonniers. Libérons-les!», assène le chef d’orchestre. C’est dans cette optique que l’orchestre se mue en «band» en devenant le Nordic Pulse. Du côté des musiciens, l’expérience est «libératrice» et permet une «expression artistique totale», assure la jeune violoniste serbe Kata Stojanovic, membre de l’ensemble.
Ce samedi, ces musiciens innovants furent les acteurs d’un rendez-vous musical en quête de renouveau. «Le classique se trouve actuellement dans une impasse», reconnaissait le directeur du Septembre Musical, Mischa Damev. Et d’ajouter que sa mission principale était désormais de «regagner l’intérêt d’une population plus jeune, qui se désintéresse de plus en plus du classique, parfois à juste titre».

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