
L’Association «L’Avenir de Leysin?» regroupe de petits commerçants inquiets. Son président Bertrand Chauvy veut une discussion d’ensemble en station. | C. Dervey – 24 heures
Le point d’interrogation fait partie intégrante du nom de la nouvelle association constituée au printemps par certains petits commerces de la station. «L’Avenir de Leysin?» se pose en question de fond et dit vouloir interroger les acteurs économiques de la station sur le futur de celles et ceux qui souffrent d’une marche des affaires des plus inquiétantes depuis quelques années.
«Nous voulons mettre tout le monde autour de la même table: hôteliers, restaurateurs, commerçants, Office du tourisme, autorités, etc. Réfléchir ensemble, c’est toujours un plus», résume Bertrand Chauvy, propriétaire du commerce de vêtements Esprit Montagne et président de la nouvelle entité, qui compte pour l’heure huit membres.
Pour cette dernière, le problème est connu et n’est pas propre à Leysin. «La perte de la clientèle individuelle». Les facteurs structurels sont tout aussi évidents avec l’explosion des ventes en ligne, le retour aux habitudes pré-Covid, le franc cher, la proximité de la France ou de l’Italie et leurs prix plus bas, etc.
L’association identifie toutefois un mal plus endémique: la priorité mise par les principaux acteurs de la place (hôteliers et remontées mécaniques) sur les grands groupes, et les très jeunes de surcroît. «Ce tourisme <low cost> handicape les petits commerces, regrette l’association. Les groupes arrivent le soir et partent le matin, ne consomment pas en station. Et les enfants encore moins, ils n’ont pas de pouvoir d’achat. En gros, seuls Coop et Denner s’en sortent bien. Nous ne visons personne en particulier, mais il faut un changement. Ne peut-on pas envisager les choses autrement, pour le bien de tous?»
Le timing de cet appel au secours ne doit rien au hasard, alors que le projet de prolongement du train Aigle-Leysin jusqu’au début de la télécabine a récemment reçu le feu vert de Berne (voir édition 173, 2 octobre 2024). Des années de travaux sont à venir, avec leur lot de feux et de bal de camions au cœur du village. «Les gens vont fuir encore davantage, craint l’association. Il faudra aider les commerçants.»
Appel au calme
La discussion s’est toutefois engagée sur les mauvais rails cet été avec l’envoi d’un premier courrier à plusieurs acteurs de la station, et qui en a fâché plus d’un.
Et notamment David Delgado, directeur général de la Compagnie hôtelière des Alpes vaudoises SA, un acteur majeur en station qui détient les hôtels Alpine Classic et Central Résidence. «Pour ma part, je n’ai pas senti de volonté de dialogue, bien au contraire, et suis déçu de la tournure prise par les événements, réagit celui qui est également président de la Société des hôteliers de Leysin. Nous devrions tous nous serrer les coudes et œuvrer au développement de la station dans notre intérêt commun. Notre société se remet constamment en question et nous cherchons toujours à adapter notre produit et à innover, afin d’aller dans ce sens dans l’intérêt de tous.»
Si l’Association «L’Avenir de Leysin?» a tenté de désamorcer la crise en avouant une «erreur de jeunesse», les esprits se sont vite échauffés. «D’où mon intervention devant le Conseil communal en septembre pour tenter d’apaiser les choses», explique Bertrand Chauvy, lui-même conseiller communal. Une intention soutenue sur le moment par plusieurs autres élus, dont le syndic Jean-Marc Udriot qui a lancé un «appel au calme».
Les tensions restent toutefois palpables au fil des prises de contact. Le plus emblématique est celui à l’Association des Commerçants et des Artisans de Leysin. Sollicitée pour une analyse et réaction, la faîtière préfère s’en tenir à la «neutralité la plus totale», selon son président Rémi Serra. Même les questions générales sur l’économie en station se heurtent à un <no comment>.
«L’Avenir de Leysin?» veut tout de même croire que rien n’est perdu et «se réjouit de pouvoir ouvrir le dialogue». Elle attend pour l’heure des réponses à ses appels, de la part de la Commune et d’autres, «avant d’envisager une discussion globale».
La Commune en soutien
De son côté, l’autorité se tient à disposition pour modérer et coordonner. « Nous sommes sensibles à la problématique et ne nions pas le problème, selon Jean-Marc Udriot. Cependant, rien ne sert de fustiger les uns ou les autres. À créer des fronts, tout le monde y perd. Des petits commerçants aux remontées mécaniques, chacun fait sa pesée d’intérêts et chacun a ses difficultés. Il faut discuter ensemble d’une réponse globale et non pas d’une qui n’en satisfasse que quelques-uns.»
L’une pourrait être un système de bons à dépenser dans les commerces et pris en partie en charge par la Commune, les discussions sont en cours. «Et si les futurs travaux devaient occasionner de gros ennuis aux commerces, il faudra trouver une façon de les défrayer en partie.»
