
Les correspondances de Marco Decorpeliada entre maladies mentales et surgelés Picard seront au centre d’une conférence gesticulée. | © Association Marco Decorpeliada
Les correspondances établies par Marco Decorpeliada entre les codes du DSM IV, manuel de classification des maladies mentales utilisé par les psychiatres pour poser leurs diagnostics, et ceux des surgelés Picard, sont fascinantes. En voici trois: 20.0: schizophrénie / 16 mini-blinis. 40.1: phobies sociales / potage lyonnais, potiron, pommes de terre, emmental. 42.0: trouble obsessionnel-compulsif (TOC) / carottes en bâtonnets, cuites vapeur.
Ces correspondances seront au cœur de «Marco Decorpeliada, l’homme aux schizomètres», conférence-performance qui réunira le jeudi à 19h à la Casa Nova un panel joyeux et prestigieux. En son centre, ni plus ni moins que Marcel Bénabou, historien, écrivain et membre actif de l’Oulipo, l’Ouvroir de littérature potentielle, laboratoire créé dans les années 60 par Raymond Queneau. Avec lui, Baptiste Brun, enseignant-chercheur en histoire de l’art contemporain à l’Université Rennes-2, Yan Pélissier, psychanalyste, Olivier Vidal, maître de conférence en gestion comptable, et Jean-Luc Deschamps, professeur à l’Université Paris Cité.
«La conférence gesticulée est une forme qui a été pour ainsi dire labellisée», explique Gabriel Bender, sociologue, historien et directeur de Malévoz Quartier Culturel. «Dans le modèle classique, le conférencier déverse son savoir; l’auditoire en face avale et digère. Dans la conférence gesticulée, on parle de soi pour parler des autres, pour dévoiler les mécanismes avec humour sous une forme théâtrale. C’est de l’intelligence drôle et irrévérencieuse.»
Quels liens entre création et folie?
La suite du programme de cette 1ère Rencontre internationale, dont l’objectif premier est de relier la ville de Monthey, l’hôpital psychiatrique et l’association Malévoz Arts, Culture & Patrimoine dans un projet commun, est tout aussi alléchante. Le vendredi matin verra tout d’abord, à Malévoz justement, à 9h, une conférence du psychanalyste, écrivain et chroniqueur Yann Diener (ndlr: c’est lui qui a repris la chronique psy à «Charlie Hebdo» après l’assassinat d’Elsa Cayat lors des attentats de janvier 2015).
À 10h30, une table ronde réunira Abigail Seran, juriste, écrivaine, Charlotte Olivieri, artiste pluridisciplinaire passée par une résidence artistique à Malévoz, Stéphanie Glassey, auteure et hypnothérapeute, et l’écrivain et traducteur lausannois Pierre Fankhauser. Le quatuor échangera autour de la journaliste et auteure espagnole Rosa Montero, récipiendaire en 2017 du Prix national des lettres espagnoles (l’équivalent du Goncourt), et plus particulièrement de son dernier livre, «Le danger de ne pas être folle», qui traite des liens entre écriture, création et folie. «Elle y explique qu’elle a toujours été folle, car torturée par les angoisses depuis l’âge de 7 ans, jusqu’au jour où elle a publié son premier roman, précise Gabriel Bender. Elle écrit donc que la littérature a réussi là où la médecine avait échoué.»
Deux conférences sont encore organisées l’après-midi au Crochetan avec Emmanuel Venet, psychiatre et écrivain lyonnais, et Evelyne Lechner, psychiatre à Paris.
