
Marie Forestier est directrice du Bon Rivage et vice-présidente d’HotellerieSuisse depuis 2023. | C. Jenny
Bien sûr, le record de nuitées de 42,8 millions enregistrées l’année dernière (+2,6% par rapport à 2023) pour l’ensemble du pays réjouit grandement Marie Forestier. Selon la vice-présidente d’HotellerieSuisse, ces chiffres réjouissants annoncés à la fin février sont la preuve que la Suisse est à nouveau une destination attractive pour nombre de touristes étrangers, notamment asiatiques et américains. Telle une médecin qui décortique les résultats d’une analyse sanguine d’un patient, cette spécialiste salue la bonne santé globale de l’hôtellerie, mais n’en voit pas moins quelques paramètres qui font souci.
Des marges qui s’effritent
Si les nuitées augmentent, c’est évidemment bon pour le milieu hôtelier, mais quid de la rentabilité? Ce sujet inquiète tout particulièrement celle qui siège au sommet de la faîtière de la branche. «Les coûts ont fortement augmenté – les produits, les taxes des plateformes de réservation, les salaires, etc. – avec pour conséquence une baisse des marges. Cela met en péril certains hôtels, notamment les plus petits établissements», constate Marie Forestier.
Nombre d’hôtels sont ainsi à vendre dans certaines régions. Qu’en est-il de la Riviera? «Nous avons adapté nos prix dans une certaine proportion, mais la concurrence fait qu’il y a des limites si on veut rester compétitifs, souligne celle qui est également directrice de l’Hôtel Bon Rivage, à La Tour-de-Peilz (voir encadré). Bien entendu, on ne s’entend pas sur les prix, mais nous adoptons la même stratégie d’amélioration de la qualité et donc des tarifs; même si nous souffrons évidemment de la fermeture du 2m2c.»
Les grandes villes se portent bien
Marie Forestier relève également que les variations sont importantes selon les régions. «Si l’hôtellerie des grandes villes – Genève, Zurich, Bâle – se porte bien, il en va différemment d’autres destinations, notamment le Tessin qui a perdu des nuitées et même le Valais. Il faut vraiment faire dans la nuance», insiste-t-elle.
La vice-présidente d’HotellerieSuisse relève par ailleurs l’excellent résultat de la fréquentation à Genève, mais craint que les décisions du président américain aient des répercussions négatives sur la clientèle provenant des organisations internationales. Elle se réjouit encore de la prolongation du taux de TVA à 3,8% pour l’hôtellerie validée par le Conseil des États et espère que le Conseil national en fera de même en mai prochain. «Pour la compétitivité de la branche, ce taux réduit est essentiel, sachant qu’un hôtel doit pouvoir constamment investir.»
Une formation essentielle à l’accueil
«Il est important d’avoir un positionnement clair et de veiller à ce que le client ne soit pas seulement hébergé, mais puisse vivre un séjour spécial, ce qui passe notamment par la qualité de l’accueil, du conseil, de lui montrer ce qui est unique dans une région, etc.», estime Marie Forestier. Une exigence qui implique une formation attentive du personnel selon la directrice d’un trois étoiles depuis 11 ans. «Je consacre beaucoup plus de temps qu’autrefois à coacher mon personnel, car il est impératif que le client se sente bien accueilli.»
Parlant au nom d’HotellerieSuisse, Marie Forestier aimerait également un assouplissement de la législation sur l’ouverture des magasins dans les centres-villes le dimanche, ce que le Conseil fédéral a refusé pour l’instant. «Pour Genève, par exemple, le statu quo est dommageable. Les touristes ne comprennent pas que presque tout soit fermé le dimanche.»
Le rôle des plateformes reste important
Marie Forestier commente encore l’introduction de la lex Booking en vigueur depuis la fin 2022. Cette loi autorise les hôteliers à pratiquer à nouveau des prix ouverts, différents de ceux proposés par les OTA (Online Travel Agencies) comme Booking et consorts. Elle a apporté une certaine libéralisation, que Marie Forestier relativise: «Redonner cette liberté commerciale, c’est bien, mais il n’en demeure pas moins qu’une part élevée de notre clientèle réserve via Booking et d’autres plateformes. Dans mon établissement, c’est le tiers des réservations. Les OTA sont donc indispensables pour la branche, même si tout n’est pas réglé dans les formes de collaborations avec ces partenaires.»
Selon la responsable de la faîtière nationale, un autre gros chantier qui doit préoccuper les hôteliers est celui de la durabilité. Tout ce qui peut être fait au niveau d’un établissement pour réduire son empreinte sur l’environnement est bienvenu. «Il y a des travaux importants, mais aussi plein de petites actions qui peuvent contribuer à agir dans le bon sens», conclut Marie Forestier.
Trois étoiles dominant le lac, l’Hôtel Bon Rivage «tourne bien» selon sa directrice, avec son restaurant, réputé pour sa cuisine et sa terrasse-jardin. Depuis le 7 avril, ce dernier a changé de nom et s’appelle désormais «Racine». «Pour un retour au vrai, au naturel, commente Marie Forestier. Avec notre nouveau chef, Jérémie Cordier, nous allons proposer une carte avec une cuisine davantage axée sur la nature et sur les produits régionaux.»
