Maupassant, cet auteur que l’on croit connaître

Michel Voïta lira des contes et des nouvelles de Maupassant à L’Odéon de vendredi à dimanche.  | N. Acácio

Villeneuve
Le comédien Michel Voïta lira six contes et nouvelles du grand écrivain du XIXe siècle au café-théâtre de L’Odéon du 13 au 15 septembre.

«Ce qui me trouble chez Maupassant, c’est qu’il a vécu dans une société qui avait à peu près 30 ou 35 ans d’espérance de vie. Vous vous rendez compte? Pourtant, c’est aussi à cette époque-là que mon grand-père est né et je l’ai parfaitement connu. Si loin, si proche…», s’enthousiasme l’acteur et metteur en scène Michel Voïta. Après avoir ébloui avec sa lecture de Nathalie Sarraute à Villeneuve, il revient y offrir des écrits d’un autre temps, qui semblent étrangement contemporains. «C’est un auteur que l’on croit connaître, mais qui étonne toujours.» Durant 1h15, le comédien se transforme en «passeur de textes», entre lesquels il intervient pour nous confronter à notre réalité actuelle. Avec le souci de faire ressurgir «ce plaisir enfantin d’écouter une histoire».

Témoin de temps cruels
En se plongeant dans la lecture des œuvres de l’écrivain français, le Boéland s’est laissé surprendre par des récits terribles, parfois tellement cruels qu’ils ne pourraient pas être présentés sur scène aujourd’hui selon lui. Tel Pierrot, une nouvelle qui dépeint l’avarice et la cruauté d’une veuve riche qui préfère jeter son petit chien dans une marnière – un trou où l’on abandonnait les canidés vivants devenus indésirables – plutôt que de le nourrir. «On se dit que ça n’est pas possible. Mais c’était leur normalité. Maupassant était au cœur des êtres. Je me suis laissé prendre par son écriture, sa manière d’aller au fond des choses. Cela reste un écrivain profondément rural, même s’il parle de la ville.»
Quels contes et nouvelles lira-t-il? Surprise. Michel Voïta veut entretenir le mystère jusqu’à la première, ce vendredi. Toutefois, il laisse entendre qu’il sera question de la gente féminine et de critiques acerbes de la société. «Maupassant comprenait incroyablement bien les femmes. Sur ce point, il me fait penser à l’Américain Jim Harrison, un demi-ogre qui tempêtait contre la terre entière, dont on croyait que le roman Dalva avait été écrit par une femme. Et je retrouve aussi Pierre Desproges chez lui, parce qu’il dézingue à peu près tout le monde avec infiniment de style.»
Cancre, devenu «lecteur compulsif par moment», capable aujourd’hui de tout consulter pour trouver l’inspiration, Michel Voïta a découvert Guy de Maupassant sur le tard et s’est épris du Grand Siècle. À tel point que sa prochaine mise en scène, «Emma, c’est moi!», à découvrir en 2025 au Théâtre de l’Oriental à Vevey, s’arrêtera sur la relation de Gustave Flaubert et de Louise Colet. Qu’est-ce que les réalistes du XIXe siècle ont de si passionnant? «Je les trouve formidablement inventifs et insolents. Et bien plus que ce à quoi on peut s’attendre quand on les qualifie de classiques.»

theatre-odeon.ch

«Maupassant contes et nouvelles, lecture par Michel Voïta», du 13 au 15 septembre au café-théâtre de l’Odéon.

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