
Martial Tricoche et Cédric Soubiron, de Manau, s’apprêtent à faire voyager en terres celtes le public du Pont Rouge. | Pingouin
Le vent de la Bretagne armoricaine s’apprête à souffler du côté du Chablais. Connus pour leur tube, «La Tribu de Dana», et leur premier album, «Panique Celtique», sorti en 1998, les rappeurs français de Manau sont de retour avec un onzième album. Sorti fin 2023, «Requiem pour un celte» mêle rap celtique, rock et électro. Après plus deux décennies, le groupe continue d’innover tout en restant fidèle à ses racines.
Martial Tricoche, comment se déroule votre tournée?
– La tournée se passe très bien! On a commencé début mars à Paris, on a fait un bel été, avec beaucoup de festivals, et là on poursuit jusqu’en décembre. Je suis content de revenir en Suisse, j’adore ce pays.
Avez-vous remarqué une évolution de votre public?
– Il y a des fans qui nous suivent depuis notre premier album, «Panique celtique», et qui continuent de nous accompagner – c’est extraordinaire – et il y a des curieux qui se joignent à nous. Parmi ces nouvelles personnes, il y a beaucoup de jeunes qui connaissent les chansons par cœur. C’est bizarre, mais agréable. Notre musique rassemble toutes les générations. Chacun peut, à sa façon, s’approprier les histoires qu’on raconte. Je pense que c’est ce qui rend Manau intergénérationnel.
«Requiem pour un celte» est un titre d’album qui fait référence à la mort. Pourquoi ce choix?
– À chaque album,
j’explore un nouveau thème. Cela faisait dix ans que j’avais envie d’aborder ce sujet sans y arriver. Un jour, en bossant, j’ai trouvé le premier titre, puis le deuxième… Instinctivement, j’ai écrit les quinze titres qui composent l’album.
Justement comment avez-vous composé ce dernier album?
– J’ai commencé par écrire les paroles. Ensuite, j’ai posé les squelettes des morceaux. Après, j’ai recherché un arrangeur habitué à la musique classique. C’était une expérience inédite pour moi de collaborer avec un spécialiste. J’ai rencontré Florent Bidoyen qui était d’accord pour travailler sur ce thème du requiem. On a fait un test et puis on s’est dit: «Au boulot, on y va!» Ensemble, on a travaillé la musique pour qu’elle vienne habiller et renforcer le texte. Personnellement, j’écoute beaucoup de musique classique aussi. Je suis curieux et j’aime essayer de nouveaux arrangements, de nouvelles sonorités. Et puis, après dix albums, c’est normal de se renouveler. J’ai aimé réaliser la musique avec le regard extérieur de Florent Bidoyen. Il m’a proposé certains éléments que j’ai acceptés et d’autres que j’ai refusés. C’est un ping-pong intellectuel que je trouve important et que j’ai apprécié.
Quels sont les éléments clés de «Requiem pour un celte»?
– L’idée est de faire le bilan de vie d’un guerrier celte. Je parle de sa jeunesse, d’un druide qui transmet, de la fin aussi avec «Un jour viendra».
Guerrier, druide, menhir… Pourquoi vos textes prennent-ils toujours vie dans l’univers celtique?
– Depuis mon enfance, cet univers m’inspire, que ce soit à travers les livres que j’ai lus ou les films que j’ai vus. Cela continue de me faire rêver aujourd’hui.
D’où vient votre style narratif?
– La première claque musicale que je me suis prise, c’était le conte symphonique «Pierre et le Loup» lorsque j’étais à l’école primaire. Dans ma tête, je pouvais imaginer le canard et le loup. Plus tard, à l’adolescence, le rap qui évoquait la vie en banlieue, que je vivais moi aussi, s’est mis à me parler de moins en moins. J’avais besoin d’autre chose. Je pense que c’est comme cela que Manau est né. Pour moi, la musique c’est de l’image. Au même titre qu’un bouquin, c’est fait pour s’échapper du quotidien et rêver. Sauf que moi, j’écris une histoire qui dure trois minutes.
Que signifie être «un guerrier» en 2024?
– Être un guerrier ou une guerrière, c’est faire face aux problèmes qui se présentent à nous avec ténacité. C’est affronter la vie et les choix qu’on doit faire avec courage.
Comment est-ce qu’on se renouvelle en tant qu’artiste lorsqu’on a plus de 20 ans de carrière et un titre incontournable?
– Oh, je touche du bois! Pour l’instant, je n’ai pas le problème de la feuille blanche. Le texte arrive, la musique arrive. J’ai envie de raconter des récits. Je suis une éponge, donc tout ce que je vois autour de moi, les histoires que j’entends, cela nourrit mon inspiration. J’espère que cela se poursuivra.
www.pontrouge.ch
Salle du Pont Rouge à Monthey, Manau + VIRIL + Adrien Karlen, sa 21 septembre (19h), hors-programme.
