
Avec sa nouvelle installation, Leah Linh s’est inspirée de l’Apocalypse. | M. Contreras
À l’entrée, deux affiches sentinelles annoncent le thème et la couleur, blanc et gris monochrome, laissant à peine pressentir le saisissement du visiteur qui ouvre la porte: nef vidée de son mobilier, ouverte sur le chœur où se dresse une silhouette immaculée traînant tuyaux d’orgue et barbelés. Une autre, dense, a envahi la chaire. Amas d’ailes figées dans leur chute, créatures apocalyptiques, ou âmes se libérant pour s’envoler?
«Je voulais donner une impression de chute, et il s’est créé une sorte d’ambiguïté. On peut imaginer que ces ailes tombent ou qu’elles montent vers le ciel», sourit Leah Linh. «Cette installation, je l’avais en tête depuis deux ans», note l’artiste. Le projet est resté en suspens, entre la création de ses toiles monumentales pour le Château de Chillon, inspirées par la destinée de Pierre II de Savoie, puis Memorabilia à l’Espace Graffenried à Aigle, interprétation contemporaine des cabinets de curiosités.
«L’idée est née de la lecture du récit de la chute des anges, que l’on trouve dans l’Apocalypse de Jean et dans le Livre d’Enoch, et Saint Augustin fait un parallèle avec notre condition humaine. Nous sommes ces anges déchus. L’allégorie était très inspirante et j’ai eu l’envie de la créer dans une église, pour l’intensité symbolique.»
Chaos et lumière
Une semaine de travail avec l’aide de son compagnon a été nécessaire pour construire cette installation, ainsi que 500 paires d’ailes originellement destinées au déguisement, des centaines de mètres de fils barbelés, et plus de 100 tuyaux d’orgue. «J’en ai récupéré une partie au fin fond de la Suisse allemande chez les derniers facteurs d’orgue, et d’autres proviennent du grenier de l’église française de Berne.»
«Je voulais en faire un allégorie de notre époque avec ses démesures, ses guerres, ses enfermements, ses désacralisations et ses illusions perdues… Mais il y a toujours l’espoir et la lumière», commente l’artiste. Elle évoque son expérience humanitaire à Beyrouth, où elle travaille chaque été depuis sept ans dans un hôpital psychiatrique. «J’ai vu des choses très dures, mais je me suis aussi fait des amis dans ce pays. Malgré la guerre, ils continuent de vivre, ils ont énormément d’espoir et de force pour continuer. Cette lumière m’a impressionnée. C’était important pour moi de la transmettre dans cette œuvre.»
Ouverte tous les jours de 9h à 18h. Visites guidées le 20 septembre à 14h et le 4 octobre à 11h.
