Oser raconter des histoires en public

Les Veveysannes Anne-Laure Ubaud, Charlotte Dechristé et Élodie Lopez (de gauche à droite) sont les fondatrices de ce rendez-vous.
 | M. Savoy

Vevey
Nouvelle venue sur la scène littéraire, la Clamerie propose des lectures de textes sur scène. Un rendez-vous qui met en valeur l’oralité et le partage du verbe.

«Parlez évidemment bien dans le micro. Avant de prendre la parole, adressez un petit signe au technicien, Jad, afin de baisser la musique.» En maîtresse de cérémonie, Anne-Laure Ubaud accueille avec douceur et gentillesse les clameurs inscrits à cette troisième édition. Si le timbre de voix de la poétesse veveysanne trahit une certaine tension, ce signe de vulnérabilité a mis à l’aise la dizaine de participants, tout autant angoissés à l’idée de s’exprimer devant un public. 

«Et surtout, prenez du plaisir à lire vos textes, ce n’est pas un concours», rappelle son acolyte Charlotte Dechristé. Samedi soir 29 mars au Pop-up store 31, une cinquantaine de personnes sont venues écouter douze récitants aux horizons et aux parcours variés. Pour rythmer les passages, deux artistes plus confirmées ont été invitées. Ainsi la performance de l’humoriste genevoise Quitterie Dulau a laissé place à la lecture de Maria Rodrigues, 19 ans, l’une des plus jeunes de la soirée à fouler les planches pour la première fois. «J’ai l’impression que mon texte ne sera pas à la hauteur. C’est stressant», nous a-t-elle glissé avant de prendre le micro. 

Une première aussi pour l’artiste pluridisciplinaire veveysanne Charlotte Olivieri. «C’est un sacré défi de déclamer un texte sur scène, face à un public. On se retrouve dans une posture de sur-vulnérabilité! Cette expérience me pousse à travailler mon écriture sous d’autres formes.»

Interrompue par le volume de la musique et l’éclairage tamisé, la maîtresse de cérémonie reprend alors la parole. «Merci d’être si nombreux ce soir. Vous avez bravé l’éclipse solaire pour célébrer la poésie!» Pour ce nouveau volet, les artistes avaient deux contraintes: le thème du désenchantement, lié au Printemps de la poésie qui se terminait à la fin du mois de mars, et ne pas dépasser cinq minutes de temps de parole.

Premières soirées complètes

Ce lieu se veut fédérateur, il rassemble au nom de l’amour des mots et de leur force politique et poétique. «Nous souhaitons vraiment encourager les premières fois au micro, afin de créer une émulation autour de la lecture à voix haute, qui est un art à part entière», enchaîne Charlotte Dechristé. Un espace de rencontres également, entre amateurs et auteurs plus confirmés. «L’écriture est une pratique solitaire, complète la troisième fondatrice Élodie Lopez. Ici, nous tissons des liens autour d’un amour commun de la littérature.»

Si ce troisième rendez-vous n’a pas eu besoin de recourir à un appel à textes, c’est parce que les organisatrices sont débordées par les nombreuses sollicitations. Elles renoncent d’ailleurs à avoir une liste d’attente. «C’était infini, nous n’avons pas assez de dates pour éponger les participants qui voulaient participer aux éditions précédentes», explique cette ancienne enseignante de français.

Fortes de trois éditions, les trois Veveysannes veulent désormais passer à la vitesse supérieure. «Nous aimerions pouvoir pérenniser l’événement, défrayer les artistes invités et nous rémunérer par la même occasion, précise celle qui est aussi chroniqueuse sur les ondes. Il est important de rappeler que la culture a de la valeur.»

Grâce au prêt de matériel du Théâtre L’Oriental, et la modique somme de 10 francs pour l’entrée, les organisatrices parviennent à couvrir leurs frais.

La force de l’oralité 

Conçue comme un espace libre pour tous les genres littéraires, la Clamerie souhaite privilégier le texte, «sans tomber dans la grandiloquence», précise Charlotte Dechristé. Car l’objectif est bien de susciter et de stimuler le plaisir de dire et d’écouter des histoires.

«L’oralité est encore plus importante dans notre monde digital désincarné. C’est une dimension de partage direct avec le public. Afin que les mots trouvent leurs destinataires et puissent susciter des discussions et des réflexions, c’est magique! Nous sommes à chaque fois surprises de la qualité des différents textes.»

www.leboutdumonde.ch/

Ouverte pour plumes confirmées comme néophytes, la Clamerie souhaite stimuler la scène littéraire et l’art de la lecture à voix haute.
M. Savoy

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