Petrosvibri, chercheur de chaleur à plus de 3’000 m de profondeur

Petrosvibri peut désormais planifier la réalisation d’une éventuelle exploitation géothermique sur son site à Noville.  | Archives 24 heures

Géothermie
La société veveysanne a obtenu un permis de recherche du Canton en juillet dernier pour son puits à Noville. Des travaux sont prévus entre novembre 2024 et janvier 2025.

Petrosvibri se lance dans la géothermie depuis son site exploratoire situé à Noville, à côté des Grangettes. La société veveysanne spécialisée dans le secteur gazier avait déposé une demande de permis de recherche en ce sens au Canton en 2020. Elle l’a obtenu récemment pour une période de deux ans. «Ceci s’explique par le fait que nous avons procédé à un appel d’offre publique, puis à l’évaluation par des experts de la Direction générale de l’environnement», note Philippe Petitpierre, président de Petrosvibri.

La direction de cette société détenue par Gaznat et Holdigaz annonce qu’elle peut désormais «planifier la réalisation d’une éventuelle exploitation géothermique». Petrosvibri mènera ainsi des recherches pour diversifier ses sources d’approvisionnement en énergie, notamment renouvelable.

Des travaux de maintenance du site entre novembre et janvier seront nécessaires pour assurer la sécurité des lieux et des infrastructures existantes. Les riverains seront avisés spécifiquement. «Nous procéderons au contrôle et au renouvellement de l’étanchéité de la zone interne de la plateforme et à l’installation d’un bouchon mécanique à environ 2’800 m au-dessus de la zone du dernier test en 2010. Les travaux seront interrompus durant les vacances de Noël», indique Philippe Petitpierre.

Des sondes géothermiques

Précédemment, Petrosvibri avait puisé depuis Noville sous le Léman pour chercher, trouver et extraire le gaz naturel, qui y est piégé à des milliers de mètres de profondeur. Mais la loi vaudoise du 11 décembre 2018 sur les ressources naturelles du sous-sol, et à l’entrée en vigueur de celle-ci au 1er avril 2019, a «enterré» toute recherche et exploitation.

L’entreprise a donc changé son fusil d’épaule. Le puits de Noville étant conservé en l’état depuis l’arrêt des travaux et entretenu périodiquement, elle a décidé de l’utiliser différemment. Avec cet octroi de permis de recherche en surface cet été, Petrosvibri n’aura plus de tour de forage, mais «installera dans le forage un système fermé du type sonde géothermique profonde». 

«Il s’agit d’un circuit fermé avec circulation de l’eau dans le trou du forage même avec l’extraction de chaleur à la surface, sans ou avec pompe à chaleur, explique Philippe Petitpierre. L’eau réchauffée en profondeur sera relevée avec une pompe en surface pour la faire circuler à travers un échangeur, qui est relié avec le réseau de distribution.» 

Le potentiel estimé au stade des connaissances actuelles de Petrosvibri est «d’environ 3’500 MWh par an pendant 25 ans ou environ 1’750 unités à 2 MWh par an». Et ce dès 2026 ou 2027, après obtention seulement d’un permis de recherche en sous-sol qui sera octroyé par l’État. Le coût avoisinerait «2 à 3 millions de francs pour les installations de forage et de surface et sans les réseaux de distribution».

Géothermie à Lavey encore gelée

Si elle avance à Noville, la géothermie stagne momentanément à Lavey. Le forage mené par la société Alpine Geothermal Power Production (AGEPP) a bien atteint près de 3’000 m de profondeur, il y a deux ans, comme annoncé au départ du dessein. Mais les conditions pour faire tourner la centrale de géothermie hydrothermale ne sont pas remplies. Selon les dernières études, «nous savons que les eaux souterraines produisent de la chaleur. On le constate le long du puits de forage. Mais nous ne savons pas où sont précisément ces sources», déclare son directeur Jean-François Pilet. Aussi, la société a demandé récemment un nouveau permis de recherche en surface au Canton, et une requête de «subvention complémentaire auprès de la Confédération». Une procédure d’enquête publique doit se dérouler prochainement sur les communes de Lavey-Morcles, Evionnaz et Saint-Maurice. AGEPP espère obtenir le tout au printemps 2025. En attendant, un bouchon a été posé dans le conduit de forage. Dans les faits, s’il se réalise, l’objectif visé est d’extraire de l’eau à 110 °C avec un débit de 40 litres par seconde. Ces conditions permettraient de produire chaque année 4,2 GWh électriques bruts, et encore 15,5 GWh thermiques afin d’alimenter les Bains de Lavey.