Quand Charlot skiait et dansait à Saint-Moritz

Pierre Smolik, spécialiste romand de la vie et de l’œuvre de Charlie Chaplin.  | Michel Nussbaumer

Littérature
Essayiste de La Tour-de-Peilz, Pierre Smolik révèle le séjour dans les Alpes grisonnes de Charlie Chaplin à l’hiver 1931-1932. Une escapade en bonne compagnie.

Génie protéiforme du cinéma mondial, Charlie Chaplin a vécu les 25 dernières années de sa vie avec sa famille au Manoir de Ban à Corsier. Le père de Charlot, lunaire vagabond à la badine, s’y est éteint le 25 décembre 1977. Cet ultime quart de siècle est évidemment très documenté, que ce soit sur sa vie comme sur la continuation de son œuvre. Les livres sont légion.

Pierre Smolik en a d’ailleurs consacré deux très étayés au prestigieux hôte corsiéran: «Chaplin après Charlot» et «The Freak», le dernier film de Chaplin. Juriste et ancien spécialiste des médias à l’Office fédéral de la communication, l’auteur, qui réside à La Tour-de-Peilz, a aussi écrit sur Graham Greene et réalisé des documentaires sur divers artistes.

L’essayiste boéland a déterré une tranche de la vie de Chaplin peu, voire inconnue, du grand public. Une parenthèse de trois mois dans la vie du cinéaste, acteur et compositeur après la sortie des «Lumières sur la Ville», l’un de ses chefs-d’œuvre. Elle se déroule… en Suisse. L’écrivain en a tiré son dernier livre: «Charlie Chaplin à Saint-Moritz». L’Anglais, qui vit aux États-Unis, n’était pas enclin au départ, mais son demi-frère Sydney et son meilleur ami, l’acteur Douglas Fairbanks, parviennent à l’attirer dans la station hivernale la plus cotée au monde.

Il séjourne dans des palaces du 13 décembre 1931 au 2 mars 1932… en galante compagnie. Charlot, dont le deuxième mariage a avorté, est accompagné par une jeune femme inconnue rencontrée dans le Sud de la France. Danseuse acrobatique d’origine tchèque, la belle répond au pseudonyme de May Reeves. Elle écrira plus tard l’histoire de sa romance avec Chaplin. Ce dernier l’évoquera aussi dans son autobiographie.

Le couple et leurs proches fréquentent têtes couronnées, industriels et autres fortunes. Les journaux se font l’écho de manière quasi quotidienne des activités de Chaplin au cœur de cette vie mondaine. Entre grandes agapes et soirées dansantes, Charlot se jette à corps perdu dans les activités sportives qui font le renom de la station. Il pratique le ski alpin, la randonnée, le ski joëring, se balade en traîneau. Il laisse le bob à Sydney et le patin à glace à May.

L’histoire d’amour se termine tristement pour May, Chaplin la laissant sur un quai napolitain alors que lui embarque en bateau pour l’Asie. Elle retombera dans l’oubli quand le génie poursuivra sa trajectoire vers le firmament. Mais poursuivi par le maccarthysme, Chaplin connaîtra aussi l’abandon; devenant indésirable aux États-Unis. Il s’exile donc en Suisse pour y vivre cependant une fin de vie dorée.

GALERIE