
Milo Abplanalp a décidé de passer trois semaines à l’alpage, dans la vallée de l’Hongrin, pour y pratiquer le français. Pour nombre d’exploitations, ces aides sont plus que bienvenues. | C. Dervey – 24 heures
La courbe décrite par la faux passerait presque pour celle d’un paysan averti. Pourtant, trois jours auparavant, Milo Abplanalp n’avait jamais manié l’outil. Le gymnasien bernois de 16 ans a choisi de passer trois semaines sur l’alpage vaudois de Tompey, dans la vallée de l’Hongrin, chez Florian et Mélanie Ziörjen. «En premier lieu pour apprendre le français, explique l’adolescent. J’ai déjà appris des nouveaux mots, comme faucher.»
Pour cela, il est passé par le programme Volontaires montagne, qui place des bénévoles sur les exploitations alpestres en manque de bras ou d’autres acteurs dans le besoin (lire ci-contre). Pourquoi dans une ferme? «Je voulais aider avec mes mains et voir comment on y travaillait, je viens de la ville», clarifie celui qui veut devenir prof d’histoire.
Il est 9h et Florian et Mélanie s’activent à l’intérieur pour extraire les quatre meules d’Etivaz du jour de l’énorme chaudron. Dehors, Milo fait une partie de jeu de l’oie avec Damien, 9 ans, et Jerry, 7, tandis que la petite Emy, 3 ans, revient avec une poule dans les mains. Leur maman est reconnaissante. «C’est précieux et cela leur offre un bel échange, d’autant que le grand apprend l’allemand à l’école, on le parle des fois un peu le soir.»
Toutefois, Milo se rend principalement utile dans les pâturages. «L’entretien du paysage est très important, mais entre le fromage, la traite, les foins, nous n’avons pas toujours le temps», avoue Mélanie.
Le jeune apprenti-fermier nettoie aussi l’écurie, aide à sortir et rentrer les bêtes, porte les bidons de lait. «Je commence entre 5h et 7h, c’est dur physiquement, et le soir, je suis bien fatigué. Mais je me sens bien, c’est une belle expérience.»
Du particulier à la multinationale
Sur les alpages de Paccot et Chamossalle, à Haut-de-Caux (Montreux), le train s’arrête à proximité de la ferme de David Huber. Ce dernier est devenu un régulier du programme Volontaires montagne et a déjà accueilli deux groupes cette année. «Ils travaillent aussi en bas, à l’exploitation de Glion.»
Ils sont informaticiens, accompagnateurs en montagne, employés de bureau et donnent de leur temps en montant des clôtures ou découpant des arbustes. «Des fois, ils dorment sur place. Ils bossent bien. À leur rythme, mais ça m’aide.» L’exploitant se dit aussi heureux de partager sa réalité.
Parmi les travailleurs, on trouve des employés de l’entreprise Nespresso. Celle-ci fait appel à différentes associations pour offrir des jours de bénévolat à ses troupes. «Volontaires Montagne, Caritas ou encore Partage (ndlr: tri d’invendus alimentaires), énumère Blanca Tallant, directrice RH chez Nespresso Suisse. Les collaboratrices et collaborateurs ont pour motivation d’avoir un impact positif sur la société en apportant une contribution à la communauté.»
Au total, d’ici à fin 2024, plus d’une centaine d’employés Nespresso Suisse auront la possibilité de prendre part à l’une de ces journées très appréciées, assure-t-elle. «Elle offre une perspective différente de leur activité quotidienne. Il y a également une dimension de team building, l’occasion de travailler ensemble dans un cadre différent.»
«Mayday mayday!»
Alpine Tetrao Tetrix est pour sa part très heureuse de pouvoir compter sur les bras bénévoles de Volontaires montagne. L’association est active sur six alpages des Alpes vaudoises en vue d’y éradiquer l’aulne vert, un arbuste envahissant, en le donnant à manger à des chèvres. Elle favorise aussi la cohabitation entre la faune sauvage et le bétail.
«Je suis régulièrement en mode <mayde mayde!>, avoue Manue Piachaud, coordinatrice des programmes. La semaine dernière, j’ai demandé le vendredi et ils m’ont trouvé trois personnes pour mercredi-jeudi.» Au total, une septantaine de personnes du programme a déjà passé par l’un ou l’autre alpage et une vingtaine est prévue en septembre.
Danilo Mathez a, lui, donné de son temps durant deux semaines en avril sur le domaine de la famille Ludi, productrice de fromage Etivaz sur les hauts de Rossinière, au Pays-d’Enhaut. «J’avais besoin de faire un break», explique le quadra, responsable de projets informatiques.
Le Neuchâtelois, qui vit près de Thoune (BE), a eu le temps de repenser son mode de vie en nourrissant les bêtes, en nettoyant l’étable, en taillant des piquets, en effectuant des travaux de bûcheronnage, en débouchant des canalisations. «J’ai aussi assisté à la naissance d’un veau, à un contrôle de qualité du lait. C’étaient des journées intenses, mais pas au sens où on l’entend en ville. C’est un autre rythme.»
Au final, il est catégorique. «Une super expérience, un contact génial avec les exploitants, une belle alchimie. Je n’ai qu’un seul regret: ne pas avoir pu produire du fromage à l’alpage, c’était trop tôt dans l’année. Mais j’y retourne quatre jours ce week-end avec ma fille. On verra.»

Selon Yvan Roulin, coordinateur romand de Volontaires montagne, la demande a toujours été crescendo. La nature des demandeurs de bénévoles, elle, a évolué.
Rappelez-nous l’origine du programme.
- Il a vu le jour il y a 30 ans en Suisse allemande sous l’impulsion combinée du Groupement suisse pour les régions de montagne, pour les aspects techniques, et de l’Aide suisse à la montagne, pour le volet financier. L’idée était de proposer une aide au monde agricole en mettant à disposition des bénévoles pour divers travaux.
Concrètement, comment s’y prend-on?
- Tant les bénévoles que les entreprises de montagne peuvent annoncer leurs besoins sur volontairesmontagne.ch et nous les coordonnons autant que possible.
Qui est principalement demandeur?
- Des alpages, des exploitations agricoles de montagne, des Communes, des associations, des parcs régionaux et des sociétés. Au début, le programme était prévu pour les premiers essentiellement, mais nous notons de plus en plus de demandes par des groupes d’entreprise. C’est même le plus gros volume aujourd’hui. On parle de groupes de 5 à 12 personnes sur un jour, essentiellement des employés dans les domaines de l’informatique, des assurances et de la banque.
En 30 ans, que disent les chiffres?
- Que le nombre de demandes a toujours été crescendo, si on excepte le trou Covid, mais nous sommes déjà de retour aux chiffres de 2020. L’année passée, nous avons atteint 10’000 jours d’engagement sur la Suisse, dont 2’000 sur la Suisse romande, répartis sur 240 engagements. L’objectif à terme est de 14’000 jours.
La Suisse romande a pris le train en route.
- Oui. L’antenne romande existe depuis sept ans et est basée à Romont. Elle a été mise en place par Alain
Peter que j’ai remplacé il y a trois mois. Il était parti de zéro.
Pour certains, les bénévoles de volontaires montagne sont précieux.
- C’est vrai, mais nous n’arrivons pas à couvrir l’entier de besoins. Un des obstacles est que certains ont encore de la gêne à recourir à des bénévoles.
