Que savons-nous des cyanobactéries dans le Léman ?

Des cyanobactéries ont été détectées à l’embouchure de l’Eau Froide à Villeneuve début août.  | L. de Senarclens – 24 heures

Villeneuve
Début août, des cyanobactéries toxiques ont été détectées à l’embouchure de l’Eau Froide. Les scientifiques surveillent leur prolifération liée au réchauffement climatique.

L’été, quoi de plus rafraîchissant que de piquer une tête dans le lac? Sauf à Villeneuve, dans le canal de l’Eau Froide, où la baignade a été interdite depuis que des cyanobactéries toxiques ont été retrouvées. Comme dans le canton de Neuchâtel en 2020, c’est le décès d’un chien qui a alerté les autorités cantonales. Une première sur le bassin lémanique.

Depuis, les analyses ont permis de déterminer qu’il s’agit de cyanobactéries «benthiques», c’est-à-dire qu’elles se développent sur le fond des plans d’eau, les zones littorales et peu profondes. Ces algues filamenteuses forment comme un tapis sur les roches et peuvent être emportées par le courant.

«C’est une espèce inconnue pour la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL), indique Nicole Gallina, secrétaire générale. Il existe peu d’informations scientifiques à son propos. Elle a été décrite pour la première fois en 2020.»

Toxicité minoritaire

L’hypothèse scientifique est que les cyanobactéries prolifèrent de plus en plus avec le réchauffement climatique, car une eau plus chaude peut favoriser leur apparition. Les lessivages des sols, causés par des orages, amènent aussi une grande quantité de nutriments dans les rivières et les lacs. Ces nutriments nourrissent le phytoplancton dont font partie les cyanobactéries.

«Les cyanobactéries sont le seul groupe de phytoplancton capable de produire potentiellement des toxines. Mais il s’agit d’une minorité d’espèces au sein du groupe, précise Nicole Gallina. Les cyanobactéries se trouvent partout dans l’eau et constituent naturellement une partie de la communauté du phytoplancton du Léman. Elles deviennent problématiques lorsqu’elles prolifèrent excessivement et produisent des toxines.»

Dans les zones littorales du Léman, où les rivières apportent davantage de nutriments, le risque de rencontrer des
cyanobactéries potentiellement toxiques existe. En revanche, elles n’ont jamais été recensées au centre du lac.

Risques surveillés

Dans le lac, ce sont plutôt des cyanobactéries dites «pélagiques», c’est-à-dire qui vivent dans les eaux libres, loin du fond ou de la côte qui font partie du suivi scientifique de la qualité des eaux.

De nombreuses recherches scientifiques travaillent à prédire les efflorescences, ou «blooms» phytoplanctoniques, à travers la modélisation mathématique. Toutefois, il est très difficile de calibrer ces outils en raison du grand nombre d’interactions biochimiques complexes au sein des écosystèmes aquatiques, et la CIPEL attend encore de pouvoir en utiliser un de manière fiable. 

Cependant, depuis le bloom algal de septembre 2021, la CIPEL assure un suivi régulier de l’activité des phytoplanctons grâce à des images satellites.

Le changement climatique sous la loupe

En 2022, des scientifiques de l’Eawag (Institut fédéral suisse des sciences et technologies de l’eau), l’EPFL et l’Université de Genève ont mené un projet de recherche au sujet de la détection et de l’évaluation des risques des cyanobactéries toxiques dans le Léman. Ils concluent que «les risques sanitaires liés aux cyanobactéries dans le Léman sont faibles, mais que l’existence d’espèces toxiques est préoccupante dans un contexte de changements climatiques et qu’il justifie des investigations plus poussées».

Les cyanobactéries sont un des premiers organismes vivant sur Terre. Âgées de 3 milliards d’années, leur production d’oxygène par l’intermédiaire de la photosynthèse a permis le développement de la vie. «Leur longue histoire de vie sur notre planète fait que ce sont des espèces adaptables et compétitives. Elles sont très résistantes aux changements environnementaux tels que les modifications de température», ajoute Nicole Gallina.

Le cas de Villeneuve: infos attendues pour la fin de l’été

Le 30 juillet dernier, un bouledogue français décédait à la suite d’une baignade dans le lac à Villeneuve. En cause: l’ingestion probable de cyanobactéries toxiques. Depuis, la Commune a restreint la baignade aux alentours de l’embouchure de l’Eau Froide afin de limiter les risques d’exposition. De son côté, la division Protection des eaux de la Direction générale de l’environnement de l’État de Vaud mène l’enquête pour remonter à la source de ces algues toxiques. «Cette situation est nouvelle sur le canton de Vaud, rappelle Florence Dapples, cheffe du service. Pourquoi des cyanobactéries toxiques sont-elles apparues dans cette rivière ou dans un de ses affluents? Où se trouve la ou les souches? Nous en saurons plus à la fin de l’été lorsque tous les prélèvements effectués sur le terrain auront pu être analysés par le laboratoire de microbiologie de l’Université de Neuchâtel.»