Quelles pistes pour l’avenir du ski ?

L’avenir des stations, et de leurs remontées mécaniques (ici à Leysin), était au coeur du forum de Chablais Région. | C. Dervey – Archives 24 heures

Ollon
Organisé dans le cadre des actions et perspectives de Chablais Région, un forum sur «La pratique du ski dans le Chablais» a vu plusieurs acteurs du milieu s’exprimer sur le sujet. Ils restent sereins, mais réalistes.

«Les amoureux du ski de la région ont toujours une grande envie de venir pratiquer en stations, d’être dans la nature. J’ai pu constater que Glacier 3000 ou Zermatt ne désemplissaient pas. Il y avait trop de monde. Je n’ai donc pas du tout l’impression que le ski se perd», relevait Céline Dätwyler, responsable d’un magasin d’articles de sports à Villars.
L’ancienne championne de ski participait jeudi dernier au forum «La pratique du ski dans le Chablais» organisé par Nicolas Croci-Torti, municipal à Ollon et président de la Commission sports et loisirs de Chablais Région. L’entité économique regroupe les 28 communes du Chablais et organise chaque année des conférences dans divers domaines.


«La pratique du ski reste une activité intergénérationnelle et fonctionne toujours bien. Il faut maintenir cette envie et faire plus d’efforts pour y parvenir. Notamment face aux offres toujours plus importantes et diversifiées axées sur le loisir à destination des plus jeunes, ajoutait Marc-Henri Duc, président de l’École suisse de ski de Villars. Ceux de la région, ça va. Mais il faut s’adresser aux autres, notamment issus des secundos.»
Pierre Besson, ancien directeur de remontées mécaniques, est l’instigateur du Magic Pass. Cette formule permet d’utiliser toute l’année et de manière illimitée les installations pour un prix d’appel avoisinant les 400 francs. 80 stations sont membres de la coopérative. Gstaad l’intégrera l’an prochain. «C’est une réussite. Il y a de plus en plus de demandes et c’est bien, car le ski reste selon moi toujours cher. Ça n’a pas changé. Trois Suisses sur dix font du ski, il y a donc un réservoir important. Je suis d’accord qu’il faut notamment intéresser les immigrés et leurs enfants.»
Chef du Service cantonal de l’éducation physique et du sport, Cédric Bovey abonde. «Il y a plusieurs initiatives à mener, auprès des familles ou encore des copains des jeunes qui skient. Donner l’envie de se déplacer vers la montagne, faire vivre une expérience. Le Canton a évidemment un rôle important à jouer.»
Président de l’antenne suisse des Portes du Soleil – le plus grand domaine skiable transfrontalier du monde ne propose pas le Magic Pass – , Enrique Caballero est moins optimiste. «Ce que l’on peut encore gagner est marginal. On constate un vieillissement des pratiquants, car il existe un désintéressement de la jeunesse vis-à-vis des sports de neige. Il faut repenser notre <business-model> tout en nous demandant constamment combien d’années reste-t-il encore aux stations pour la pratique du ski.»

Eté comme hiver?
Le réchauffement climatique progressif, ainsi que le doute, voire l’opposition frontale face au développement de l’enneigement artificiel font réfléchir et agir les professionnels. Le tourisme quatre saisons avance. «Même si une étude récente indique que jusqu’à 2050, les stations bénéficieraient en moyenne selon les années de 100 jours de ski», informe Marc-Henri Duc.
«La montagne en été comme en hiver, c’est un passage obligé, car le ski en basse altitude, c’est quasi fini», ajoute Pierre Besson. «Oui, mais actuellement, l’été ne peut pas concurrencer l’hiver. Il y a beaucoup à faire», répond Céline Dätwyler. À titre d’exemple, les possesseurs du Magic Pass sont 80% à l’utiliser l’hiver.
«Attention, prévient Enrique Caballero. La transition vers un tourisme quatre saisons générée par le réchauffement climatique doit s’accompagner d’une réflexion cohérente et surtout pas avec un investissement irréfléchi. Aujourd’hui, l’utilisation de nos installations en été, c’est 3%». Pour autant, il y décèle une opportunité. «Les zones urbaines trop chaudes deviendront difficilement supportables dans 30 ans, d’où l’espoir de venir se ressourcer et pratiquer des loisirs et sports l’été à la montagne.»

L’exemple du Moléson
«39 écoles suisse de ski proposent la pratique du bike, mais remplacer 5’600 skieurs à Villars par 5’600 vététistes, ce n’est pas gagné», relance Marc-Henri Duc. Pas de quoi alarmer Pierre Besson. «Je suis hyper optimiste quant à arriver à un équilibre été-hiver. Certes, ce ne sera pas fait en cinq minutes. Un exemple réussi est celui du Moléson, mais la décision d’étendre toute l’année l’utilisation des remontées mécaniques a été prise il y a 40 ans. Il faudra évidemment passer par des offres et des incitations plus étendues en termes de pratique du vélo et de randonnée estivale.»

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