
Le projet de réhabilitation de la voie ferroviaire du Tonkin n’est pas abandonné. Estimé à 300 millions de francs, il doit permettre de désengorger à terme le trafic transfrontalier. | R. Brousoz
Avec les chantiers routiers actuels et ceux prévus pour le ferroviaire, cette partie du lac va connaître ces prochains mois une période pour le moins compliquée en termes de déplacements transfrontaliers. À cela s’ajoute encore la réduction annoncée de plusieurs navettes CGN dès 2026.
Le risque que le flux continu des pendulaires grossisse existe. ll s’agit donc d’un dossier prioritaire pour toute la région du Chablais. Plusieurs responsables des entreprises de transports, ainsi que des élus des Communes concernées ont pu échanger à ce sujet jeudi dernier lors de la «Plateforme des 3 Chablais».
Ce forum, qui s’est tenu à Port-Valais, a aussi attiré quelques habitants. «On nous avait promis que le contournement des Evouettes améliorerait les choses. Mais il y a maintenant les mêmes ralentissements, avant le tunnel, puis après, à travers Le Bouveret!», assénait l’un d’eux. «Vous proposez encore des projets de substitution à l’étude? Mais l’espoir… il n’y en a plus», déplorait un autre.
Présidente de Troistorrents et de la commission mobilité de la région, Corinne Cipolla n’a pas non plus caché ses craintes sur ces flux, en citant pour exemple les perspectives de développement du site de Collombey. «Cela veut dire plus de trafic frontalier et à terme plus de personnes qui vont venir s’installer.»
Une inquiétude renforcée aussi par l’arrivée, à une échelle plus large, de la nouvelle usine Rolex à Bulle. «Il nous faut faire un gros travail de lobbying auprès des élus romands et des autorités françaises, afin de leur faire prendre conscience que le rejet ou le report des projets de transports peuvent mettre en péril la zone économique du Chablais», alertait l’édile chorgue.
Le Tonkin toujours d’actualité
La principale solution pourrait être la réhabilitation de la voie ferroviaire du Tonkin, estimée à 300 millions de francs. Un projet qui n’est pas abandonné. «Il n’y a pas d’autre alternative», lançait à l’assistance Géraldine Pflieger, maire de Saint-Gingolph (France).
Le Valais s’est déjà engagé, mais côté français, la décision de financement se fait toutefois attendre depuis plus de deux ans. «Nous sommes perçus par le Gouvernement comme le fin fond du pays, pas comme une région métropolitaine. Alors qu’en réalité, il passe ici plus de véhicules qu’au tunnel du Mont-Blanc», avançait encore Géraldine Pflieger.
Le problème, c’est également que «Paris craint que cette ligne ne serve à la Suisse pour faire passer du fret et des matières dangereuses, complétait la députée de Haute-Savoie, Anne-Cécile Violland. Même si c’est faux, nous devons sans cesse convaincre…» De son côté, le président des Transports Publics du Chablais, Olivier Français, le soulignait: «Il faut insister, relancer encore, parce qu’administrativement, cette ligne n’est pas fermée.»
Vers un «RER lacustre»?
Mais une autre idée a également émergé de ce forum: une nouvelle voie par le Léman, un «Tonkin sur l’eau», en quelque sorte, ou plutôt un «RER lacustre», comme évoqué par Jacques Burnet, vice-président de la Communauté de communes Pays d’Evian-Vallée d’Abondance (CCPEVA).
Celui qui est également maire de Lugrin proposait de relier par bateaux sa localité à la Riviera, et ce jusqu’à Villeneuve. Une ligne lacustre «pas très longue, qui serait une option importante, que ni la Suisse ni la France ne peuvent se passer d’étudier», ajoutait-il. Une proposition qui a trouvé son public. «Pourquoi ne pas miser sur le lac?, abondait Corinne Cipolla. La multimodalité, c’est l’avenir!»
Vincent Pellissier, le directeur de la CGN, a émis quelques réserves, sans écarter l’idée. «Pour être efficace, un transport lacustre doit pouvoir couper les distances. Il faut également avoir une réflexion duale, au niveau des pendulaires et du tourisme. Dans la conception des transports, les différents moyens doivent en outre être complémentaires, et ne pas se faire concurrence. Il faut enfin de la flexibilité et du matériel. Mais si vous cherchez des bateaux, nous en avons…» Affaire à suivre.
Saint-Gingolph et Le Bouveret voient défiler près de 13’000 véhicules par jour. Soit un ralentissement de 20 à 50 minutes, le matin depuis 5h et le soir jusqu’à 21h. Au point que l’on ne vit plus dans un village, mais dans un «bouchon à ciel ouvert», lâchait la maire de la commune française de Saint-Gingolph, Géraldine Pflieger. Ce flux est composé de 4’500 frontaliers, dont 2’000 se rendent en Valais (notamment sur le site chimique de Monthey) et 2’500 sur Vaud (principalement à l’hôpital de Rennaz) et sur Fribourg. Un trafic qui risque encore d’augmenter avec l’arrêt des trains entre les deux localités lors de travaux prévus sur plusieurs mois. «Il nous reste à travailler sur un système de dédouanement qui est des plus archaïques, et sur les gens qui prennent la voiture pour de petits trajets», toujours selon Géraldine Pflieger.
