
Diététicienne basée à Vevey, Marie-José Marguerat Luyet conseille de changer progressivement ses habitudes sucrées afin de trouver des solutions qui nous font aussi envie. À gauche, la quantité de sucre consommé en moyenne (110 g), à droite la quantité recommandée (50 g).
«La consommation excessive de sucre nous concerne tous, pas seulement les personnes atteintes de diabète, prévient la diététicienne Marie-José Marguerat Luyet. Leur alimentation devrait être notre modèle, c’est-à-dire viser l’équilibre dans l’assiette dans des quantités adaptées aux besoins.»
Sans être un régime alimentaire contraignant, les préceptes recommandés pour une personne atteinte de diabète, c’est notamment une diminution d’aliments nutritionnellement peu intéressants, tels que les produits avec du sucre ajouté. «L’objectif, ce n’est pas de se priver de menus plaisirs, car l’on risque de perturber le comportement alimentaire, précise cette professionnelle de la santé. Il s’agit donc de réduire et non d’interdire.»
Si les sucres nous servent de carburant au quotidien, les sucres ajoutés sont généralement superflus et surtout néfastes pour notre santé s’ils sont consommés en grande quantité. En Suisse la moyenne est de 107 grammes par jour, soit plus du double de la recommandation quotidienne formulée par l’OMS (voir encadré). Tout le monde est concerné, mais les jeunes sont la cible de la publicité et particulièrement exposés, tout comme les personnes dans une situation socio-économique précaire.
Une tendance qui n’est pas sans risque, puisque des études prouvent que cette surconsommation augmente le risque de développer certaines maladies chroniques, telles que l’obésité, le diabète de type II, les maladies cardiovasculaires, certains cancers ou encore les caries. Dans une perspective de sensibilisation et de prévention, l’Association diabètevaud lance la deuxième édition de MAYbe Less Sugar («Doux mai moins sucré» en français) accompagnée de partenaires de la santé, comme le Pôle Santé Pays d’Enhaut (PSPE). Un mois d’actions pour découvrir des alternatives et conseils pour une alimentation moins sucrée. Disponible sur leur site Internet, un calculateur permet de découvrir la quantité de sucres ajoutés que l’on consomme.
Problème de santé publique
Selon diabètevaud, le nombre de personnes atteintes de diabète est en train d’exploser. «Il y a quelque 500’000 cas en Suisse, dont 50’000 dans notre canton, s’alarme Aurélie Giger, directrice de l’association. Une personne sur trois en Suisse ignore qu’elle est atteinte de diabète.»
Il existe plusieurs types de diabètes, aux conséquences similaires, à savoir trop de sucre restant dans le sang, ce qui provoque des lésions vasculaires et nerveuses. «Le diabète est la première cause d’amputation des membres inférieurs dans le monde, prévient Aurélie Giger. Le risque de mortalité cardiaque est aussi deux à quatre fois supérieur.» Les symptômes les plus fréquents de cette maladie sont une perte de poids involontaire et une soif intense.
Si le diabète de type I, qui résulterait d’une prédisposition génétique, ne concerne que 10% des personnes atteintes de diabète, 90% des diabétiques sont atteints du type II, qui peut notamment se déclencher en cas de surpoids et d’obésité.
Découvert à ses 10 ans, Pascal Bernheim vit avec un diabète de type I depuis 55 ans. Grâce à une pompe à insuline, il est bien mieux surveillé. Avant cette avancée technologique, la maladie lui a causé bien des soucis. «J’ai eu des problèmes de vision, avec des hémorragies dans les yeux. Heureusement, je l’ai récupérée grâce à des opérations, détaille ce retraité. Je suis toujours atteint de neuropathie du tube digestif et des membres inférieurs, ce qui me fait parfois perdre l’équilibre.»
Le diabète de type II peut quant à lui souvent être évité ou retardé. Les facteurs contribuant à l’apparition de ce trouble comprennent le surpoids, le manque d’exercice et une prédisposition génétique. Avec une alimentation équilibrée et de l’exercice physique, les personnes atteintes de ce type de diabète peuvent ainsi mieux contrôler la maladie.
Le pouvoir de l’habitude
Un des enjeux de cette deuxième édition de MAYbe Less Sugar est de prévenir la surconsommation d’aliments sucrés des jeunes. «La bonne santé se cultive tout au long de sa vie, prévient Aurélie Giger. Or, si l’on grille déjà ses cartouches quand on est jeune, on risque d’avoir des problèmes de santé bien plus vite. Et plus on prend de l’âge, plus il est difficile de changer ses habitudes alimentaires.»
Avec sa patientèle, Marie-José Marguerat Luyet établit des lignes directrices personnalisées. «Premièrement, il faut identifier les points de l’alimentation à améliorer et souvent diminuer les sucres libres.» Et cette diététicienne préfère le rappeler: en petite quantité, le sucre n’est pas mauvais en soi, c’est bien l’excès qui pose problème. «Consommer 2 dl de jus de fruits par jour par rapport à 1 litre, ce n’est pas la même chose! L’enjeu est de prendre conscience de son apport en sucre et de faire évoluer ses habitudes.»
Diagnostiquée il y a environ trois ans, Flavia a dû apprendre à adapter son quotidien à son diabète de type I. «J’ai dû dire adieu aux grandes platées de pâtes ou de riz. C’est surtout la quantité qui a changé, plus que les aliments que je mange.» Grâce à sa pompe à insuline qu’elle a depuis une année, la charge mentale de cette trentenaire s’est considérablement allégée. Elle doit tout de même calculer ses apports en glucides à chaque repas.
Un sujet politique
Pour rappel, la Berne fédérale avait refusé dernièrement que les quantités de sucre dans les aliments ne fassent l’objet d’un étiquetage plus lisible et compréhensible. Le Conseil national a en effet rejeté en février deux initiatives des cantons de Genève et de Fribourg en ce sens. Il préfère s’en remettre aux efforts volontaires des producteurs. «Pour connaître la quantité de sucres ajoutés dans un yoghourt aux fruits par exemple, il faut travailler par déduction, regrette Marie-José Marguerat Luyet. Nous devons comparer sa teneur en sucre total avec la quantité naturellement présente dans un yoghourt nature pour calculer le sucre ajouté.»
«Or, l’être humain a une forte attirance pour la saveur sucrée. La surconsommation est un problème comportemental», déplore quant à elle Aurélie Giger. Alors pour peser sur la scène nationale, diabètevaud élargit cette année son action à la Suisse allemande. Elle vise l’entier du territoire national d’ici à quelques années. «La problématique du sucre ne se réduit pas à la Suisse romande, c’est un enjeu de santé publique mondial! Nous voulons donc faire bouger le système, pas seulement les individus. D’enjeu de santé publique, le diabète doit devenir un sujet sociétal!»
Combien de sucre faudrait-il
consommer au
maximum par jour ?
12,5 carrés de sucre
C’est la recommandation de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour un adulte sédentaire consommant 2’000 kcal.
Sur une journée, cela
représente 50 grammes de sucres libres.
Soit l’équivalent de 2
cuillères à café de confiture, 1 barre d’une plaque de chocolat et 2 dl de boisson sucrée, type soda ou jus de fruits.
Pour un enfant de moins de 10 ans, cette quantité s’abaisse à environ
35 grammes par jour.
