Relier plaine et montagne par les airs pour désengorger le Chablais?

Rallier les stations par les airs pour désengorger les routes venant de la plaine (comme ici entre le Châble et Verbier) n’a rien de nouveau, même si aucun projet n’a encore abouti sur Vaud. L’idée d’une liaison Bex-Villars a émergé.  | Téléverbier

Mobilité
L’idée d’une télécabine entre Bex et Villars pourrait contribuer à alléger le trafic routier sur l’A9 et les routes locales. Pour beaucoup, un doux rêve à ce stade. En Valais, plusieurs projets vont de l’avant.

Pour trouver des solutions aux bouchons qui congestionnent l’autoroute A9 et tout l’Est vaudois durant les pics d’hiver, le Canton avait créé à l’automne 2024 un groupe de travail pour plancher sur des pistes concrètes (lire ci-contre). Il en est une qui a surgi à l’improviste ces derniers jours dans le Chablais: une liaison aérienne entre Bex et le plateau de Villars (voir édition 251, 29 avril 2026). 

L’idée de relier la plaine et la montagne par les airs n’a rien de nouveau, elle est évoquée depuis les années 1970, sans qu’aucun des projets suggérés n’aboutisse. Mais voilà que la saturation toujours plus aiguë des voies de circulation en plaine et en stations la rend une nouvelle fois d’actualité. 

La municipale d’Ollon Caroline Ganz de Meyer a en effet électrisé le Conseil communal du 24 avril en évoquant une réflexion intrigante: une liaison aérienne au départ de la gare de Bex, avec arrêt sur le site des Mines de Sel, avant de filer vers le plateau de Villars-Gryon.

«Ce n’est pour l’heure qu’une idée, tempère immédiatement l’élue boyarde. Mais si une télécabine depuis la plaine doit se faire, nous pensons que la solution la plus sûre d’aboutir serait de partir de Bex. Après avoir étudié les possibilités sur notre propre territoire, nous n’avons pas de parcelle qui s’y prête.»

«Intéressant, mais…»

Toutes les personnes contactées pour une réaction ont exprimé le même type de préambule, que l’on pourrait résumer ainsi: «Idée intéressante, pas nouvelle, mais à étudier, sans s’emballer.»

Pour les Salines suisses, le futur proche pour améliorer la gestion des flux de visiteurs vers les mines de Bex passe par un système de navettes de bus depuis la gare. Dès lors, que penser d’une proposition de voie aérienne qui s’arrêterait au Bouillet? «C’est toujours positif de faire preuve d’innovation, mais pour l’heure il n’y a absolument rien de concret, réagit Claudio Sostizzo, responsable du site touristique. On parle d’une infrastructure qui prendrait un grand nombre d’années à se réaliser, avec des difficultés non négligeables, et nous avons d’autres projets en cours. Mais si on nous proposait quelque chose, nous serions à l’écoute.»

Pour Martin Deburaux, directeur des remontées mécaniques Télé Villars-Gryon-Les Diablerets, il est encore trop tôt pour se prononcer de manière tranchée. «Il ne fait aucun doute que, du point de vue du ratio investissement-efficacité, une télécabine représenterait une solution très performante pour acheminer des personnes et des marchandises sur le plateau tout au long de l’année, réduire les problèmes de trafic et contribuer à la décarbonation de la mobilité. Toutefois, il ne faut pas sous-estimer le contexte juridique actuel, notamment en ce qui concerne le droit des tiers (ndlr: en particulier celui des personnes survolées par une installation).» Si un nouveau projet de ce type devait voir le jour, le Villardou se dit néanmoins enthousiaste et intéressé à étudier la question.

Michael Dupertuis, municipal bellerin de la mobilité, est pour sa part dans les starting-blocks. S’il ne minimise en rien les difficultés qui pourraient attendre les initiateurs, il tâte déjà le terrain à l’heure où le futur Plan d’aménagement communal est actuellement en cours de validation au Canton. «Par ailleurs, Bex se profile toujours un peu plus comme un hub de mobilité complémentaire à celui d’Aigle. Ce projet est une bonne piste.»

Verbier en exemple

Le Valais a un train d’avance en la matière, avec une vingtaine de voies aériennes plaine-montagne et une dizaine de projets en cours, dont trois chablaisiens (lire ci-contre). La télécabine Le Châble-Verbier, reconstruite en 2001, est régulièrement citée en exemple pour le juste équilibre qu’elle a su trouver entre logiques touristiques et de transports publics. 

Cette dernière combinaison est du reste indispensable sur un plan financier. En effet, la Confédération – via son Office fédéral des transports – limite son aide au «transport régional voyageurs», soit aux lignes pouvant être considérées comme du transport public. À cette condition seulement, Berne peut octroyer une subvention à hauteur de 50% du coût de construction, à laquelle s’ajoute un soutien additionnel du Canton pouvant aller jusqu’à 35%. Sans cela, aucune Commune n’aurait les moyens de ses ambitions.

La même télécabine Le Châble-Verbier a franchi un pas supplémentaire en 2021, lorsqu’elle a rejoint le réseau des transports publics avec des cabines circulant de 5h30 à minuit. «Verbier, c’est 3’000 habitants à l’année et dix fois plus au pic de l’hiver, lance Fabien Sauthier, président de la Commune de Val de Bagnes. Sortir du train au Châble et sauter dans la télécabine, c’est une immense plus-value. Au Brésil et ailleurs, des télécabines survolent des villes, pourquoi pas ici? En termes de mobilité douce, c’est une solution d’avenir.»

D’autres pistes sont prioritaires

«Le Canton n’a pas connaissance de projet actuellement en cours de télécabine Bex-Villars», répond Charles Super, porte-parole du Département des institutions, de la culture, des infrastructures et des ressources humaines. Le département semble même émettre quelques doutes sur sa pertinence: «De manière générale, la desserte est déjà relativement fine sur le territoire entre les bus, les trains et les routes pour que ce type de liaisons représente un réel avantage concurrentiel.»

Vaud entend plutôt privilégier «un ensemble de mesures, à court, moyen et long terme, qui permettront d’améliorer l’accessibilité des Alpes vaudoises et de répondre aux problématiques de saturation». Ces mesures sont celles sur lesquelles travaille le groupe constitué à l’automne 2024 pour réfléchir à comment atténuer les bouchons. Parmi celles-ci: le prolongement des trains Aigle-Leysin et Aigle-Sépey-Les Diablerets jusqu’au pied des télécabines, des systèmes de régulation de vitesse sur l’A9 par l’Office fédéral des routes ou encore et, «à plus long terme (2032), l’utilisation de la bande d’arrêt d’urgence entre Vevey et Montreux, comme sur le contournement de Morges».

Chablais Région, organe de promotion économique mandaté pour piloter la plateforme et coordonner les actions (lire également en page 7), y ajoute d’autres mesures: «des réflexions sur le stationnement et des offres élargies le dimanche soir en stations pour y morceler les départs ou l’encouragement au covoiturage», énumère Mathilde Ley, chargée de projet Aménagement du territoire et mobilité.

Trois projets chablaisiens à Berne

«Sept sont déposés à Berne, dont les trois du Chablais, mais nous sommes dans l’attente d’une réponse de la part de l’Office fédéral des transports. Nous ne pouvons rien communiquer encore à ce stade.» Gilles Délèze, chef de projet pour les remontées mécaniques du canton du Valais, croise les doigts, notamment pour les projets de Saint-Maurice, Vionnaz et Vouvry.

Le premier, à cheval entre Saint-Maurice et Vérossaz, émane de la Bourgeoisie. La liaison entre la gare agaunoise et la zone de l’école de Vérossaz durerait quatre minutes. Une cinquantaine de jeunes élèves ou étudiants en bénéficieraient quotidiennement. Aujourd’hui, seules 4-5 liaisons de bus évitent le recours à la voiture.

Vionnaz a été la première des trois à dégainer avec son projet vers Torgon, une idée évoquée depuis les années 1960. Objectifs: pérenniser les remontées mécaniques et faciliter la vie des habitants. L’infrastructure est estimée entre 7 et 8 millions de francs, à quoi s’ajouterait le prix des gares et des parkings, avec une cadence à la demi-heure au minimum, du matin au soir, pour une capacité d’environ 20 personnes.

Vouvry, enfin, «victime de son succès» au lac Taney, veut soulager les habitants de Miex du trafic intense que connaît une route étroite et tournante tant le nombre de randonneurs qui y montent en voiture est élevé. En cas de réalisation, le trajet durerait 5 minutes, avec arrivée dans le secteur de l’église de Miex. Même si elle est demandée, une liaison Vouvry-lac Taney n’est pas envisagée.

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