Remettre l’enfant au centre des préoccupations

Le consensus parental cherche des solutions concrètes pour préserver l’enfant et ses besoins. Ayant fait ses preuves dans l’Est vaudois, le processus va s’étendre sur La Côte en 2027.  | Adobe Stock

Justice
Lancé il y a 3 ans dans l’Est vaudois, le projet pilote de consensus parental dresse un bilan positif. Cette démarche qui doit mieux protéger les mineurs durant une procédure de divorce sera pérennisée.

«Ces séances nous ont permis de nous respecter mutuellement dans notre rôle de parents.» Durant leur séparation, Sandra* et Philippe* ont pu suivre gratuitement cinq séances d’accompagnement à la coparentalité. Selon ce père, les outils acquis pendant ces sessions «lui seront utiles à long terme dans cette nouvelle configuration familiale». Ils ont ainsi pris conscience de l’importance d’être plus attentifs aux paroles et aux comportements de leurs deux enfants, afin d’éviter de triangulariser le conflit.

À l’instar de Sandra et Philippe, 1’381 parents ont suivi 72 de ces séances de sensibilisation. Intitulées «Se séparer dans le respect des enfants», elles ont pris place à Vevey entre le 1er janvier 2023 et le 31 décembre 2025. Assister à ces rendez-vous est une condition préalable pour pouvoir avoir accès aux autres mesures de consensus parental, à l’issue de la première audience du tribunal.

Négocier plutôt qu’imposer

Le bilan de ce projet pilote est «positif», selon la Direction générale de l’enfance et de la jeunesse (DGEJ). Après ces séances, la majorité des parents sont parvenus à une entente sur les aspects liés à l’enfant, assure le service cantonal. «Des accords négociés sont toujours préférables à des décisions imposées par la justice et sont bien mieux acceptés par les parties impliquées», relève Sandrine Osojnak, première présidente du Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois.

Porté par l’Ordre judiciaire et la DGEJ, ce processus doit aider les parents à se séparer ou divorcer en préservant au mieux les intérêts de l’enfant. «Il s’agit de les sensibiliser aux impacts psychologiques, émotionnels et organisationnels de leur séparation, tout en les encadrant dans la recherche de solutions concrètes», explique Manon Schick, directrice générale de la DGEJ.

«L’enfant peut alors redevenir un enfant»

Chaque année, Sandrine Osojnak est confrontée à des situations de souffrance d’enfants qui aiment leurs deux parents et qui sont tiraillés entre eux, voire instrumentalisés. «Le but de cette démarche est justement de les préserver, en évitant qu’ils ne deviennent un enjeu de la procédure judiciaire», insiste la magistrate.

En 2025, au sein du Tribunal de l’Est vaudois, la durée moyenne d’un divorce sur demande unilatéral était de 26 mois. À noter que les divorces conflictuels peuvent durer plusieurs années. «Le consensus parental vise justement à éviter des procédures longues, coûteuses – parfois dévastatrices – pour les enfants en cas de conflit lors de la séparation de leurs parents», explique la première présidente de tribunal.

En soit, un changement fondamental d’approche. «Dorénavant, l’enfant et ses besoins sont à la base de la relation de coparentalité», rebondit la médiatrice et intervenante en coparentalité Théry Zufferey. Selon cette responsable de la structure Accord Famille à Chexbres – qui accueille ces séances – «l’enfant peut alors redevenir un enfant, qui ne s’occupe plus des problèmes d’adultes.»

Accélération des procédures

Dans une procédure judiciaire standard, l’enfant peut parfois être l’objet de longs échanges entre ses parents et se retrouver durant de nombreux mois au centre du conflit.

«On cherche ainsi à sensibiliser les parents dès le départ sur ces potentielles conséquences», détaille Sandrine Osojnak. Cette démarche de prévention prévoit davantage de temps avec le magistrat, ainsi qu’une séance d’information spécialisée avec des experts, et cinq séances d’accompagnement spécialisé gratuites.

Après le Canton du Valais en 2020, le Canton de Vaud prévoit l’extension progressive de ce processus à l’ensemble de son territoire à l’horizon 2030, avec une prochaine étape sur l’arrondissement judiciaire de La Côte en 2027.

*prénoms d’emprunt