
L’uniski est destiné à toute personne à mobilité réduite ou en situation de handicap, mais avec une mobilité des bras pour pouvoir diriger les stabilisateurs. | L. Menétrey
Béquille en main, Delphine Clavien s’avance vers son engin posé là, sur la neige. Un seul ski surmonté d’une coque, épousant la forme du corps, fixée sur un châssis. Un uniski. Avec l’aide du moniteur Sébastien Hermann, la Valaisanne s’y installe. Une fois les sangles serrées, Delphine saisit ses béquilles de neige, les stabilisateurs – ou «stab» comme ils les surnomment. Ce matin-là, à Villars, elle est prête à dévaler les pistes aux côtés de l’Association Go Tandem, basée dans la commune. «L’uniski permet aux personnes qui ont une mobilité réduite des membres inférieurs de skier, mais assis», explique Sébastien Hermann, membre fondateur et directeur de Go Tandem.
Il y a cinq ans, un accident de snowboard lui a valu une rupture des ligaments croisés. «Malheureusement, je n’ai pas supporté l’opération et j’ai eu des complications», souffle Delphine. S’ensuivent dix opérations, deux séjours de 9 mois à la Clinique romande de réadaptation à Sion. «J’ai un symptôme qui fait que toutes les structures environnantes du genou se figent. Tendons, muscles, ligaments s’atrophient.» Aujourd’hui, avec une mobilité du membre inférieur gauche restreinte, elle se déplace avec une béquille. «Il a fallu se reconstruire», confie-t-elle, toujours pleine d’espoir et de détermination.
Passer de «l’autre côté»
Ironie du sort, Delphine Clavien était elle-même pilote de tandem ski. «Ça fait bizarre de passer de l’autre côté», déclare-t-elle. Grande sportive, l’immobilité n’était pas une option. «Les sports de glisse me font vivre et vibrer. Je ne pouvais pas rester comme ça. J’avais besoin de retrouver cette sensation de liberté. L’uniski, c’est une alternative formidable.» Cette année marque sa quatrième saison, avec toujours plus d’autonomie. «C’est un autre sport. Il a fallu réapprendre.» Heureusement, les sensations sont bien là. «La vitesse, la liberté… On est au ras du sol, au départ, c’est impressionnant. On craint la chute, mais après on apprend et on se fait confiance», assure-t-elle.
Trêve d’explications. L’heure est à la démonstration. Après un bref échauffement, Delphine s’élance. Les premiers virages s’enchaînent. Les patins des stabilisateurs fraient leur chemin dans la neige, et la poudre blanche jaillit. Sébastien, lui, la suit de près et assure ses arrières.
«L’uniski est destiné à toute personne qui n’a plus la capacité de skier debout. Le spectre est large, entre une personne accidentée et une autre en chaise roulante. Par contre, il faut une mobilité des bras pour utiliser les stabilisateurs. Mais on ne veut pas mettre de cases en restreignant une activité à un handicap, c’est au cas par cas», insiste le directeur.
En bas du télésiège, la sportive de 35 ans emprunte la voie latérale de la file. Sous les regards interloqués des skieurs, elle effectue quelques rapides ajustements. «Là, il ne faut pas sauter des étapes. Stabilisateurs en mode piolets, on dégoupille ici et on contrôle que ça se lève. Tac, c’est bon!»
Elle se positionne sur le côté des remontées et attend son tour. «Les premières fois, c’est stressant. Après, c’est une question de timing», glisse-t-elle. «Vous êtes prêts?», lance la responsable des remontées. Sébastien pousse l’engin au départ, Delphine redresse sa coque pour la glisser sur le siège… et c’est parti! «Il faut s’entourer des bonnes personnes pour essayer de nouvelles choses. Des alternatives existent. Il faut oser et se faire confiance», confie-t-elle.
Un «shoot» d’adrénaline et d’émotions
Association à but non lucratif reconnue d’utilité publique, Go Tandem propose diverses activités de sport adapté au fil des saisons, du tandem ski au vélo, du canyoning ou encore de la voile. Chaque année, 3’500 personnes en situation de handicap ou à mobilité réduite vivent le grand frisson.
Contrairement à l’uniski, le tandem ski est destiné à des personnes à mobilité et autonomie plus restreintes. Composé d’un siège baquet fixé sur deux skis, le moniteur pilote le passager à l’aide d’un guidon. «Ça nous arrive souvent que la personne pleure en bas de la première piste. C’est un vrai shoot d’adrénaline. Pour des skieurs qui ont eu un accident, c’est beaucoup d’émotions de retrouver cette sensation», conclut Sébastien Hermann, le sourire aux lèvres.
Une fois l’interview terminée, Sébastien Hermann nous lance: «Bon, pour que vous compreniez vraiment le tandem ski, il n’y a qu’une seule façon: tester!» Ni une ni deux, nous montons à bord de l’engin. Piloté par Sébastien, pas le choix, il faut se laisser aller. Le shoot d’adrénaline décrit auparavant se confirme aussitôt. La neige vole, le vent fouette, et on se surprend à éclater de rire. Une fois en bas des pistes, nous nous confrontons brièvement à ces regards, parfois encourageants, parfois désolés, auxquels les personnes en situation de handicap font face quotidiennement. Là, ça nous percute. La différence de hauteur avec les adultes, elle aussi, frappe. On se retrouve au niveau de leurs hanches. Une expérience qui vaut mille mots.
