
Une partie de l’équipe de Revario: (de g. à dr.) le fondateur Michael Ingram, la responsable design et production Arianna Muci et l’ambassadeur Mathieu Lambert. | X. Crépon
Bangladesh, Chine, Népal, Vietnam. Il suffit de s’attarder un court instant sur une étiquette de grande enseigne pour remarquer qu’une majorité des textiles sont conçus en Asie, souvent à moindre coût et dans des conditions précaires.
La marque Revario du Jongnyssois Michael Ingram va à contre-courant de cette fabrication tout sauf durable. Située à Marly (FR), elle produit 25’000 pièces par an, principalement pour les saisons d’été et d’hiver. Sa gamme d’une trentaine d’articles de sport comprend principalement t-shirts, pulls, shorts, pantalons, vestes et même sous-vêtements.
Sans intermédiaires et avec des commandes principalement en ligne (ndlr: un show-room vient d’être inauguré sur le site), Revario parvient à rester compétitive au niveau de ses prix par rapport à ses concurrents directs. «On produit tout ici et nous fonctionnons sur pré-commande», détaille son fondateur.
Agir plutôt que paraître
En 2020, alors que la pandémie bat son plein, ce passionné de trail et de VTT décide de changer de cap professionnel. Quasiment du jour au lendemain, il laisse derrière lui un emploi d’ingénieur en mécanique pour suivre ses convictions environnementales.
«De nombreuses grandes marques sur ce marché nous montrent des publicités avec des sportifs portant leurs habits sur fond de montagne immaculée… Mais ces images ne collent pas du tout avec leur stratégie. Il faut être clair: produire en masse et inonder le marché dans le but de s’enrichir, ce n’est pas ce que j’appelle protéger la nature!», lance celui qui a grandi à Villars-sur-Ollon.
Souhaitant devenir acteur plutôt qu’uniquement consommateur, le trentenaire prend le risque de lancer sa propre marque, alors qu’il n’a que peu de connaissances dans le domaine. «J’étais une pive en couture, au début je ne faisais que découper les tissus», lance-t-il dans un éclat de rire. Mais il croit en son projet et embarque sa famille dans cette aventure, avec un fil conducteur: concevoir des vêtements avec des tissus provenant à moins de 600 km de l’atelier.
On retrouve ainsi dans sa pièce de stockage des dizaines de grands rouleaux de toutes les couleurs et matériaux. Nylon, polyester, laine mérinos, membranes hardshell, tous sont certifiés sans PFC (hydrocarbures perfluorés) et conçus principalement en Suisse et dans les pays voisins (Italie, France, Autriche et Allemagne).
Et un jour, des baskets?
Après avoir débuté sa production à Genève avec un atelier de réinsertion de Caritas, Revario s’établit en périphérie de Fribourg dès 2021. «Nous avions lancé un crowdfunding et les Fribourgeois étaient ceux qui nous avaient le plus soutenus, explique Michael Ingram. L’avantage, c’est qu’ici à Marly, on se trouve aussi sur le Roestigraben. C’est idéal, car nous souhaitons couvrir tout le marché suisse, et non pas uniquement la Romandie.»
Progressivement, le projet prend de l’ampleur, jusqu’à atteindre un chiffre d’affaires dépassant le million de francs, pour une équipe de 14 employés, dont 8 couturières. Dans l’atelier, on est aussi passés d’une poignée de machines à coudre à plus d’une vingtaine, dont certaines coûtent près de 30’000 francs. «On devient gentiment une PME, souligne le Jongnyssois. Notre objectif c’est d’être rentable dès 2027.»
Mais cette croissance rapide aura-t-elle une certaine limite? Michael Ingram l’assure, la volonté n’est pas de grandir indéfiniment. «Revario est de facto limitée par la région géographique. On ne veut pas produire des habits pour toute la planète, mais bien pour ceux qui évoluent dans le périmètre des Alpes.»
Pour ce qui est de la suite, Michael Ingram et son équipe ne manquent toutefois pas de projets. «Nous développons actuellement un sac de trail, et mon rêve serait un jour de proposer des chaussures Swiss made. Les baskets sont un consommable qui a un coût environnemental énorme. On se doit de faire mieux! Mais c’est très technique de tout concevoir de A à Z et cela demande un énorme investissement. Peut-être qu’un jour nous y arriverons!»
Plus d’infos: revario.ch
Il le dit lui-même, «Peut-être qu’on se tire une balle dans le pied!» En proposant des habits résistants, mais surtout un nouveau service de réparation pour les habits de sports – y compris hors marque Revario – Michael Ingram et son entreprise n’incitent pas à acheter que du neuf. «Mais c’est justement notre démarche. En proposant des articles de qualité et aussi en rallongeant la durée de vie de l’équipement de notre clientèle, on a un vrai levier sur cette consommation effrénée et nocive pour la planète.» Comment fonctionne ce système? Le client effectue sa demande de réparation détaillée en ligne et reçoit une enveloppe spéciale à domicile pour l’envoi de son vêtement endommagé. L’article réparé est ensuite renvoyé dans un délai de deux à trois semaines, selon le volume de commandes en cours de traitement.
C’est le nombre d’articles de sport produit par Revario en 2025
