
Steve Riccard (à gauche) et Olivier Lambelet ont l’habitude de travailler ensemble. Leurs premiers spectacles communs mettaient déjà en avant des textes de poésie et de théâtre. | André Capel
Les deux co-directeurs du Théâtre Le Pantographe à Vevey reviennent avec une troisième création conjointe, mise en scène par Jean-Luc Barbezat. Dans cette pièce intitulée «Politiquement Incorrect», des textes classiques de l’humour francophone, de Coluche ou encore de Desproges, sont mis à l’honneur pour interroger les limites que l’on impose parfois à l’humour. À découvrir le 3 septembre à l’Auberge de l’Ange.
Steve Riccard, en 2026, on ne peut plus rire de tout?
Je dirais que les sensibilités ont évolué. Dans les années ‘60 et ‘70, il était plus compliqué de se moquer des politiques, par exemple. De Gaulle était quasiment intouchable. Aujourd’hui, ce sont les sensibilités individuelles qui sont plus facilement heurtées. Il est donc plus compliqué de faire de l’humour sur le physique des gens, le handicap ou encore la religion.
C’est un problème?
Nous défendons l’idée que l’on doit pouvoir rire de tous les sujets, si on le fait avec bienveillance. Car l’humour permet de prendre du recul, de sortir des passions. C’est un vecteur de tolérance. Nous essayons de le démontrer en réinterprétant des textes qui ont marqué l’histoire du one man show, et qui ne seraient certainement pas aussi bien accueillis aujourd’hui. C’est aussi un prétexte pour faire redécouvrir ces textes.
Comment avez-vous choisi les textes interprétés?
Ce sont des classiques, c’est-à-dire que leurs auteurs sont décédés ou ne sont plus dans le métier. Les deux protagonistes de notre spectacle se lancent dans un battle pour choquer l’audience en jouant ces sketches emblématiques. L’idée est qu’en sortant de la salle, le public se dise qu’il a peut-être vu le pire, mais qu’il comprenne que le but de ces textes est toujours de défendre la tolérance des uns envers les autres.
Quels sont les retours du public pour l’instant?
Ils sont globalement très bons. Nous sentons tout de même que certains sketches font frémir dans la salle. Surtout l’extrait de Desproges, «On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle», qui peut passer pour antisémite s’il est pris au premier degré. Nous constatons que le côté provocateur de notre spectacle permet d’ouvrir le débat. Nous avons des discussions très intéressantes à la fin des représentations.
L’humour est un art très contextuel, qui évolue au fil des époques. A-t-il une dimension universelle?
Oui. Un texte devient intemporel quand il fait le portrait de l’humain dans sa profondeur. C’est pour cela que Molière fonctionne encore aujourd’hui. Et j’espère que nous parvenons à le démontrer avec notre pièce!
Plus d’infos:
viviprod.ch/humourenveveyse?pgid=mague6xs-0e774917-eb96-4ff3-bd7b-b6439ac3b95d
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