
Olivier Bauer et ses étudiants sont actuellement dans le Chablais. Partis de Lausanne, ils atteindront le col du Grand-Saint-Bernard samedi. Dimanche dernier, entre Vevey et Aigle, ils ont encore pu profiter de beaux rayons de soleil pour échanger durant le cours pratique. | P. Hess
On apprend aussi par le corps. Pas seulement assis dans un auditoire, yeux grands ouverts sur des slides et en prenant des notes sur son ordinateur. Porté par ce credo, Olivier Bauer, professeur à l’Institut lémanique de théologie pratique de l’Université de Lausanne, a imaginé une formule innovante pour son cours consacré au pèlerinage et à la marche spirituelle: un enseignement hors murs, en cheminant le long de l’emblématique Via Francigena. Objectifs: faire vivre aux personnes participantes ce qu’elles étudieront et leur faire découvrir l’histoire religieuse et spirituelle des régions traversées, de Lausanne au col du Grand-Saint-Bernard, en passant par Lavaux et le Mont-Pèlerin, la Riviera et le Chablais. Une aventure de 8 jours et 8 cours, 140 km à pied, environ 9 kilos chacun sur le dos, à la clé.
Nous les rejoignons ce dimanche 7 septembre pour une partie de l’étape: 25 km à pied de Vevey à Aigle, pour environ 6h30 de marche. Le départ est prévu à 10h de l’église Sainte‑Claire où le groupe est accueilli pour découvrir l’installation «La Chute des Anges» de l’artiste Leah Linh, après une nuit au centre des Hautes études tibétaines au Mont-Pèlerin. Sous un soleil déjà bien installé dans le ciel grand bleu, Olivier Bauer ouvre la marche d’un bon pas, suivi par la dizaine d’étudiants et étudiantes qui échangent joyeusement, direction Chillon par le bord du lac.
Pour lui comme pour ses ouailles, il s’agit d’une première, ou presque: en 2022, le professeur avait organisé un cours de découverte des sciences du sport en pratiquant la marche et la course à pied en plein air, sur le site de l’université. «Enseigner uniquement à partir de livres ou de sujets théoriques peut être un peu frustrant, car il y a comme un écran entre l’objet d’étude et les étudiantes et étudiants. Avec cette expérience, l’idée est de former des religiologues, théologiennes et théologiens de plein vent», résume-t-il en écho à la formule de l’historien Lucien Febvre.
Entre cloques et moments de grâce
Après deux heures de marche et quelques courses alimentaires à Montreux, le groupe, fourbu, s’installe sur la plage du château de Chillon. Une pause bienvenue pour manger un morceau, remettre de la crème solaire, libérer les orteils et soigner les cloques. «C’est éprouvant physiquement, mais très enrichissant. Je redécouvre avec un autre regard des endroits que je connais. On apprend à apprécier des choses simples, comme manger, dormir, le plaisir de discuter. Le temps semble passer beaucoup plus doucement, alors que l’individu moderne vit dans un monde d’immédiateté, avec tout le temps des stimuli», commente Aramis, étudiant en théologie.
«C’est chouette de pouvoir partager nos connaissances, comme une partie d’entre nous étudie la théologie et l’autre les sciences des religions», relève Lydia. Parfois aussi des moments de grâce face à la beauté d’un paysage ou comme lors de la visite de nuit du temple du Centre tibétain, proposée par un moine.
Le pique-nique terminé, leur cercle sur la plage se fait espace de cours, dans les senteurs de grillades et entre les familles en maillots de bain. Le principe: un ou une participante présente le compte-rendu d’un ouvrage, puis vient l’enseignement d’Olivier Bauer, debout, avec pour support de cours un simple carnet de fiches. Thèmes du jour: l’Histoire du pèlerinage, avec ses périodes d’essor, de crise, de réveil et de mutation, de la Genèse à ses formes modernes, et celle des pèlerinages non-chrétiens.
Écoute plus ou moins concentrée, prises de notes sur téléphone portable, questions, échanges… Le professeur ajoute quelques mots sur l’histoire de la communauté juive à Villeneuve, accusée en 1348 par la population d’avoir pollué des sources d’eau potable. Pour la mettre à l’abri, le gouverneur l’avait emprisonnée au château de Chillon, explique-t-il.
14h15. Il est temps de repartir pour trois bonnes heures de marche jusqu’à Aigle. Le groupe cheminera ensuite d’Aigle à Saint-Maurice, puis Martigny, dernières étapes à plat, avant d’entamer la montée vers le col du Grand-Saint-Bernard, qu’ils atteindront samedi après-midi.
