Soupçons de fraude et plaintes entachent la récolte de signatures

La lutte fait rage autour de la mue de la place du Marché d’Aigle, projet attaqué par près de 1’200 signataires qui soutiennent un référendum.  | C. Boillat

Aigle
Dans le cadre de la campagne référendaire tendue autour de la mue de la place du Marché, la Municipalité informe que l’identité d’au moins 17 signataires aurait été usurpée.

Coup de tonnerre à Aigle: l’Exécutif informe d’une «suspicion de fraude et d’usurpation d’identité». Une découverte survenue dans le cadre de la récolte de signatures de la deuxième campagne référendaire qui s’oppose au dessein municipal de réaménagement de la place du Marché, de la rue Plantour et de l’avenue du Chevron.

Composé aux 4/5es d’élus de l’Entente aiglonne (EA) et de l’UDC, le comité référendaire a remis 1’400 signatures d’opposants au projet et au crédit de construction de 5,9 millions adopté par le Conseil communal le 26 juin. Dès la réception, les listes de paraphes ont été transmises à une collaboratrice assermentée de l’Office de la population, afin de procéder au contrôle intégral des documents, peut-on lire dans le communiqué de la Ville.

À l’issue de cette inspection, il a été relevé que le comité référendaire avait fourni 1’175 signatures valables, soit 12 de plus que les 1’163 nécessaires. «La Municipalité aurait été en mesure d’annoncer que le référendum avait abouti et soumis à votation populaire», annonce Grégory Devaud, syndic. Ce qu’estime Marcel-Jacques Bacca, du comité référendaire: «Nous constatons qu’il y a assez de signatures, le processus démocratique suit son cours et la population pourra voter.»

65 signatures douteuses

Las! «Les investigations ont démontré que 65 signatures laissent imaginer une potentielle usurpation d’identité», poursuit le syndic. D’entente avec la Préfecture et le Service cantonal chargé des affaires communales, une vérification téléphonique aléatoire et confidentielle a été effectuée auprès de signataires. À la suite de ce contrôle, «au moins 17 personnes certifient ne pas avoir signé le référendum dont il est question. Elles l’ont confirmé par écrit», poursuit le syndic.

Il appartient à la Préfecture et au Canton de faire la lumière sur ces irrégularités. «Nous avons également – ce point est très important – suspendu le processus jusqu’à droit connu, ajoute Grégory Devaud. Nous ne sommes pas capables de déterminer l’aboutissement du référendum, la validité de la récolte de signatures et d’en afficher une décision au pilier public.»

Au vu de la gravité des faits, l’Exécutif a décidé de «prendre des dispositions légales par voie pénale auprès du ministère public». Les 17 Aiglons, dont ni la Municipalité ni nous ne connaissons l’identité, ont aussi la possibilité de déposer une plainte individuelle et/ou collective auprès de ce même parquet vaudois.

«Je trouve quand même très bizarre, voire pas correct du tout, que la Municipalité accuse le comité référendaire publiquement sans aucune réserve», complète Marcel-Jacques Bacca, pour qui «la présomption d’innocence n’est pas respectée». Et de conclure: «Il peut y avoir eu des erreurs, sans pour autant évoquer une fraude. C’est la justice qui tranchera.»

Plainte pénale pour violation de domicile

Dans le même dossier, une habitante a déposé une plainte pénale pour violation de domicile, le 4 août à Aigle. Elle a déclaré au policier qui l’auditionnait qu’une personne est entrée dans l’immeuble le 31 juillet entre midi et 14h, puis s’est rendue devant la porte de son appartement. Là, elle aurait toqué et serait entrée directement dans le logement.

La plaignante lui a demandé ce qu’elle faisait là pour s’entendre répondre que c’était pour la récolte de signatures. Pas intéressée, l’importunée lui a demandé de partir. Ce qu’elle a obtenu avec beaucoup de difficultés selon elle. Elle s’est donc tournée vers la police quatre jours plus tard en décrivant la personne qui serait entrée chez elle sans autorisation.