
Anna Krenger et Boris Degex donnent la réplique à Christian Gregori et Perrette Gonet dans ce huis clos. | Picobello Studio
Quand quatre personnes qui ne se connaissent pas tant que ça sont forcées de cohabiter dans un tout petit espace, que se passe-t-il? C’est ce que l’auteur Carlos Henriquez a voulu mettre en scène dans «Tous aux abris».
L’artiste suisse aux multiples casquettes – il est aussi comédien, humoriste et chroniqueur – fait son retour au Théâtre Montreux Riviera avec cette nouvelle création, à voir jusqu’au 16 novembre. Entre tensions et promiscuité imposée, la comédie décortique les relations humaines en temps de crise.
«L’idée d’une pièce sur un huis clos dans un abri antiatomique me trotte dans la tête depuis plus de trente ans!», détaille Carlos Henriquez. Mais ce n’est finalement qu’en 2023 qu’il se remet à l’écriture. Quel a été le déclic? «Le conflit en Ukraine a démarré et on est venu me demander de visiter mon abri antiatomique pour voir s’il était aux normes. Tout à coup, les abris sont revenus dans l’actualité et je me suis rappelé que j’avais commencé à écrire à ce sujet. Cela m’a donné envie d’achever mon travail.»
La peur du jugement
Pour interpréter le texte, on retrouve une distribution 100% helvétique: quatre comédiens et comédiennes romands incarnent deux couples de générations différentes. L’un composé d’un retraité anxieux (Christian Gregori) et de son épouse plus pragmatique (Perrette Gonet), l’autre de jeunes adultes, un banquier méthodique (Boris Degex) et sa femme cynique (Anna Krenger).
Paniqué par une alerte nucléaire tonitruante, ce dernier duo débarque dans le bunker de ses voisins, afin d’y trouver refuge. De quoi amener quelques déconvenues. «C’est le propre de la comédie que d’aller gratter un peu là où ça dérange. C’est la recherche d’un conflit léger … J’aime bien l’idée d’avoir deux aspirations opposées et de les faire vivre», s’amuse Carlos Henriquez.
Avec comme seul lien avec l’extérieur une radio qu’ils allument pour écouter les nouvelles et éteignent pour économiser les piles, les protagonistes de «Tous aux abris» vont être forcés de s’entendre … Ne serait-ce que pour bien paraître face aux autres. «Le personnage de Martha n’arrête pas de demander: <Mais qu’est-ce que vous allez penser de nous?> Cela représente bien la peur du jugement, l’un des biais très présent en Suisse», corrobore le metteur en scène.
Pour illustrer ce ressenti, ce dernier a trouvé sa perle en l’écrin montreusien, la petitesse du lieu décuplant l’effet d’oppression et le pouvoir comique de la pièce.
www.theatre-tmr.ch/tous-aux-abris/
«Tous aux abris» (1h30), jusqu’au 16 novembre au TMR, rue du Pont 32, Montreux.
