
Les jours de ce conifère dominant le quartier Sous-les-Terreaux sont désormais peut-être comptés. | R. Brousoz
«C’est l’arbre le plus haut du quartier et l’un des plus majestueux du village, il faut le préserver!» Rassemblés au pied de ce cèdre de l’Himalaya qui domine une zone résidentielle de Corsier-sur-Vevey, une poignée d’habitants affichent leur détermination. Ils se déclarent «prêts à tout» pour sauver son énorme tronc des dents de la tronçonneuse. «On serait même prêts à camper dans ses branches!», plaisantent-ils, mais qu’à moitié.
La ZAD, ce n’est pas pour tout de suite. À ce stade, c’est sur le papier que se joue le destin de ce conifère haut de quelque 20 mètres, dont l’âge est estimé à une soixantaine d’années. Au terme de la mise à l’enquête le 8 juillet dernier, plus de 200 oppositions ont été déposées contre la demande d’abattage. Une mobilisation à laquelle prennent aussi part les associations Pro Riviera et Helvetia Nostra.
De la fraîcheur
et des milans royaux
S’il est voué à disparaître, c’est en raison d’un projet immobilier prévu sur cette parcelle privée. L’actuelle maison, aujourd’hui désertée, doit en effet laisser la place à une «villa urbaine» de quatre étages. «Nous ne sommes pas contre les nouvelles constructions, précise Emmanuela Fontana, l’une des membres de ce noyau de résistants. Mais que l’on construise en préservant la biodiversité!» Car à leurs yeux, outre l’ombre et la fraîcheur qu’offre ce cedrus deodara à l’heure du réchauffement climatique, il est aussi un abri pour la faune. «Nous avons pu observer que des milans royaux venaient y nicher», relèvent-ils.
Selon eux, nul doute que ce cèdre entrerait dans la catégorie des «arbres remarquables», dont la défense est désormais renforcée par la Loi vaudoise sur la protection du patrimoine naturel et paysager, entrée en vigueur en 2023. Leur proposition? «Il faudrait déplacer de quelques mètres le bâtiment prévu, et réduire légèrement sa surface.»
La Municipalité face à une «pesée d’intérêts»
«Nous nous attendions à ce que cette demande suscite des réactions», commente Arianne Rouge, syndique de Corsier-sur-Vevey. La Municipalité doit encore se prononcer sur ces oppositions. «C’est une pesée d’intérêts à faire. Notre commune étant surdimensionnée, nous ne pouvons pas construire ailleurs qu’au village.» Et l’édile d’évoquer un «déficit de logements». «Cela signifie que des gens qui travaillent dans la région ne peuvent pas toujours y habiter et doivent penduler.
Cela n’implique donc pas qu’un seul arbre.» Soit. Mais quid du caractère potentiellement «remarquable» de ce cèdre? «L’inventaire de notre patrimoine arboré est en cours de réalisation, répond la syndique. Mais je ne suis pas certaine que le simple fait qu’un arbre soit grand fasse de lui un spécimen remarquable.» Arianne Rouge rappelle en outre que la nouvelle loi permet l’abattage pour des impératifs de construction.
De toute façon menacé par les travaux
Si le cèdre vient contrecarrer les plans du promoteur (la société CimmEco, installée à Ollon) ne peut-on pas redessiner ces derniers, comme le suggèrent les opposants? «Le bâtiment prévu ne peut pas être déplacé au vu de la réglementation en vigueur, et ce en raison notamment des distances aux limites», indique Hervé Martinez, chef de service adjoint au Bureau technique intercommunal. «Sa dimension pourrait être réduite, mais cela irait à l’encontre du principe de densification dans un périmètre de centre proche des transports publics et des écoles.» Et le responsable d’ajouter: «Même si l’emplacement de la construction pouvait être modifié, l’arbre serait de toute façon abîmé par les travaux.» La bataille pour le cèdre de Corsier ne fait donc que commencer. Et elle n’est pas près de se terminer. Le noyau dur des opposants a déjà averti qu’il irait jusqu’aux tribunaux pour sauver son écorce.
